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L'artiste et son oeuvre

Albert Carpentier, o.p.citation

Appréciation de mes oeuvres

On me demande parfois de parler de mes œuvres et de les expliquer. Rien n’est plus difficile que d’essayer d’expliquer une œuvre d’art! Lorsque la raison a tout dit, que tient-on en mains, sinon un papillon mort? L’art est comme la vie. C’est la somme de tous les éléments et plus encore. C’est justement ce « plus » qui est inexplicable. Sans essayer, donc, d’expliquer mes œuvres, je vais en indiquer trois éléments : le sujet, le sentiment, la matière.

Le sujet. Le sujet, pour moi, est important. Je suis un figuratif. Le sujet peut être une chose vue, lue, entendue ou imaginée. Ce sont surtout les sujets religieux qui m’inspirent. Certes, le sujet est important, mais il n’est que le point de départ de l’œuvre; il n’en est jamais la fin. Il déclenche le sentiment artistique, lequel comprend l’imagination, la mémoire, la volonté créatrice, toutes les facultés humaines.

Le sentiment. Je veux que mes œuvres soient l’expression sincère de mes sentiments. Je suis un expressionniste. Je ne le suis pas par mode mais par nécéssité. Selon moi, l’œuvre artistique doit exprimer l’homme tout entier et non seulement son instinct (art non-figuratif), ou ses mouvements musculaires (art cinétique), ou son seul subconscient (surréalisme), ou les réflections de la lumière (impressionnisme), ou la forme des choses sur le nerf optique (« Op Art »). L’homme qui s’exprime par son art, c’est l’homme avec son âme et son corps, son passé et son présent, ses joies et ses douleurs, sa foi et son espérance, l’homme total, en contact avec l’histoire et avec son temps.

La matière. Pour moi, la matière elle-même exerce une grande influence sur le fini de l’œuvre. Chaque matière a ses possibilités et ses limites. Les couleurs de l’aquarelle ont d’autres reflets que celles de la peinture à l’huile, la touche du marbre est différente de celle du bronze, les possibilités de l’eau forte en gravure ne sont pas les mêmes que celles de la lithographie et les gravures sur papier diffèrent des gravures sur bois. Si je coupe le papier « Ibori » avec le cutter, je dois conserver des lignes très fortes et éviter le détail; mais, en épilant la première couche de ce papier, je peux obtenir des effets semblables à ceux de la lithographie. Cependant je suis convaincu que la matière ne détermine pas l’artiste. C’est l’artiste qui cherche une matière adaptée à sa vision, c’est lui qui la trouve comme je l’ai trouvée ou qui, encore, l’invente.

 

 

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