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Albert Carpentier ou la recherche des profondeurs humaines

Une exposition du père Carpentier est toujours une découverte, car son esprit de recherche nous amène à découvrir, en plus des techniques nouvelles qu'il a mises au point, un autre monde : celui de la Bible… tout un univers qui laisse à l'artiste une liberté de créativité surtout lorsque celui-ci consacre sa vie à vivre et à scruter la Parole de Dieu.

Les connaisseurs européens parlent de son art en termes élogieux. On verra volontiers en lui un artiste expressionniste qui cherche à rejoindre et à exprimer la vie intérieure de l'homme. Nous ne pouvons pas demeurer indifférent devant ses œuvres, et certains se plaisent à trouver « l'angoisse » dans quelques-uns de ses personnages. Mais, à cela, l'artiste ne répond pas, car ce qu'il exprime est marqué par une recherche qui ne saurait s'arrêter à un temps et à un lieu. Son art exige, de celui qui regarde ses œuvres, une observation directe et pénétrante. Il doit se rappeler que l'art, avant d'être une expérience visuelle, constitue, dans l'évolution humaine, un ordre qui se refuse à toute assimilation. L'univers de Carpentier ne peut se limiter à l'angoisse humaine, car la foi et la lecture de la Bible communiquent aussi la confiance en un Christ plein de tendresse. Les crucifixions de l'artiste, en particulier, montrent un Sauveur rempli d'amour. L'Art n'est pas, pour l'artiste, qu'un monde où il nous redit la Bible, mais aussi une technique. La technique d'Albert Carpentier est une découverte qu'il a perfectionnée pendant une période de trois ans, avant de produire ce qu'il a appelé « paperprint » en raison du matériel qu'il utilise : un papier d'environ un millimètre d'épaisseur qu'il travaille en gravé, en découpé, et en bandes de papier enlevées. C'est justement ces bandes de papiers enlevées à demi-épaisseur laissant un fond rugueux qui lui permettent d'atteindre des demi-teintes et des variations de couleurs qui se complètent de lignes plus fortes en différentes couleurs.

technique

À cette technique, il y a du « pour » et du « contre ». La difficulté en est que l'on ne peut obtenir qu'un petit tirage (maximum de cinquante). Mais l'avantage, nous dit l'artiste, est que le papier nous donne la possibilité d'effets graphiques que l'on ne peut réaliser avec aucun autre medium tel le bois ou la linogravure, la lithographie ou l'eau-forte.

Cette technique, peut-on dire, est adaptée à l'art de l'artiste Carpentier, car elle nous permet de retrouver son influence de maître verrier et aussi celle d'artiste expressionniste. Un critique néerlandais le comparait aux maîtres expressionnistes de ce pays : « Il nous apporte donc une recherche améliorée sur papier de ce qu'un Frans Masereel et Josef Cantré avaient réalisé sur bois. » L'art de Carpentier s'exprime par la force du style et de la couleur. Un choix de couleurs qui se révèle une force, peut-être mal connue mais réelle, agissant sur le corps humain. À plus forte raison peut-on dire que l'association de celles-ci explique l'action sur l'âme. Et comme le formule Kandinski : « L'artiste, lui, est la main qui, à l'aide de telle ou telle touche, obtient que l'harmonie des couleurs ne doit reposer que sur le principe du contact efficace. L'âme humaine, touchée en son point le plus sensible, répond. » Ce texte explique un des aspects de sa recherche des profondeurs humaines. L'artiste nous dit de son art que la forme des yeux et l'importance des mains de ses personnages rejoint l'art bysantin qui, par ces points spécifiques, donnent un dynamisme venant de l'intérieur des personnages pour rejoindre et provoquer l'intériorité de ceux qui regardent. Sur la signification des mains, il explique qu'elles ont une expressivité et une flexibilité que le visage ne peut atteindre. Dans la société, il est vrai que les sentiments ne sont pas toujours exprimés par le visage; les mains, par contre, conservent une tension d'émotion qui s'exprime par elles.

Nous connaissons les théoriciens de l'art religieux en occident, c'est-à-dire Maurice Denis et son disciple Marie-Alain Couturier, o.p. Ceux-ci eurent une production importante, mais sans comparaison à celle de Carpentier qui communique en occident et en orient ses théories qu'il n'emprunte à personne et qu'il traduit en son art. Ses théories, puis-je dire, sont l'expression d'un principe très simple : « que l'art religieux est le produit d'une intériorité qui doit correspondre à ce qui est illustré ou traduit par l'artiste ».

L'originalité de l'artiste n'a rien de farfelu, mais prend racine dans une âme qui poursuit sa route vers les profondeurs, par une spiritualité attachée à la « pâte humaine », car c'est là que s'accueille et se réalise le salut chrétien tel que le Christ-Jésus l'a révélé.

L'orientation qu'Albert Carpentier a choisie cherche moins à plaire et à répondre à une mode qu'a s'imposer par une originalité et une recherche technique et esthétique. Difficulté d'autant plus grande que l'art religieux a des exigences que l'art en général ne rencontre pas. Car dans ce domaine l'art devient le medium d'une pensée théologique. Il lui faut donc exprimer avec justesse cette pensée. L'art peut également devenir l'expression d'une intuition qui en se faisant permet d'identifier et de comprendre ce que les saintes Écritures essaient de nous transmettre. L'art de Carpentier se lie par ses attaches à une renaissance chrétienne et il n'est pas défendu d'y voir l'annonce d'un art chrétien nouveau. Je n'affirme pas par cela l'existence d'un art spécifiquement chrétien, car s'il n'y a sans doute pas de technique artistique qui soit spécifiquement chrétienne, on peut bien admettre qu'il existe une sensibilité chrétienne. C'est d'elle que nous parlons lorsque nous disons qu'un tableau de Carpentier est une œuvre religieuse. Cette sensibilité varie avec les époques et notre époque a la sienne qui trouve, nous semble-t-il, une heureuse manifestation dans l'art du Père Albert Carpentier, o.p.

 

 

 

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