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Pantocrator

 

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Albert Carpentier ou la recherche des profondeurs humaines

 


Le Christ Pantocrator est une image privilégiée dans la tradition iconographique chrétienne. Il est le Seigneur ressuscité, qui siège sur son trône, dans la toute-puissance universelle, image offerte à notre contemplation et à notre adoration. C’est une figure impressionnante. Mais ici, l’artiste l’adoucit. Les symboles qui l’entourent disent sa grandeur : il domine sur l’univers, le ciel et la terre; il tient le livre de la Parole, lui qui est l’alpha et l’omega, lui qui est le Verbe fait chair. Mais aussi, le sens de sa vie est évoqué par le pain, la coupe et le poisson : sa vie fut don et communion, au souffle de l’Esprit. De plus, c’est un Christ jeune, nous disant l’éternelle jeunesse du Dieu vivant, qui partage la vie en abondance. Et sur lui se trouve le signe de la croix, clé de compréhension de sa personne, disant le cœur de son mystère. C’est ce Jésus, celui qui est passé par la croix, qui est le Seigneur de l’univers. Et il nous regarde.

     Dans l’hymne au serviteur de la lettre aux Philippiens, saint Paul condense l'essentiel du mystère chrétien. Il rappelle l'incarnation, la passion et la résurrection, évoquées par le dépouillement, la croix et l'élévation, et il termine par une proclamation de foi liturgique. Mais aussi il exprime le bouleversement que cela opère dans notre image de Dieu. À travers une condition humaine vécue dans le don, jusqu'au bout, c’est la condition divine qui est révélée. Le serviteur dépouillé, qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix, c'est lui que Dieu a exalté : il lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom ... pour que toute langue proclame de Jésus Christ qu’il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.

     Paul parle ici du Christ Pantocrator, mais faisant bien saisir le lien entre le dépouillement de la croix et l’élévation. Celui qui révèle la gloire de Dieu, c’est celui qui a renoncé à sa divinité, qui a assumé complètement notre humanité et est mort sur la croix. Voilà le vrai visage de Dieu. Le Très-Haut en fait s’est manifesté dans le Très-Bas. Le visage de ce serviteur Seigneur, par l'extrémité de son décentrement, donne accès au visage du Dieu vivant.

     Nos images de Dieu sont multiples, mais souvent elles réfèrent spontanément à des figures de puissance et de force, ou d'indifférence et d'éloignement. Dans cet hymne, au contraire, il est question de faiblesse et de service. Il n'est pas étonnant que ce renversement de perspectives, depuis ses origines, soit difficilement accueilli et adopté. Il appelle en même temps à un retournement de soi, à un dépassement de notre religiosité plus ou moins naturelle. Il n'est saisissable qu'au prix d'une conversion, toujours à reprendre, tout au long d'un itinéraire spirituel incessant. Par moments, nous en entrevoyons la bouleversante nouveauté, qui nous émeut et nous fascine. Mais elle nous effraie aussi car elle met en cause nos systèmes de sens et de valeurs. En annonçant, comme bonne nouvelle, la révélation de Dieu en Jésus le serviteur, elle nous invite à entrer dans son expérience de décentrement.

     Si Dieu n'est pas le tout-puissant qui domine, ni la grande machine à énergie qui ronronne en nous, qui donc est-il? Paul nous invite à nous remettre en travail d'enfantement, pour donner naissance à un autre visage du mystère divin et de la condition humaine. Dans le drame d'un juste condamné, dans la figure d'une divinité qui se vide et d'une humanité qui se fait service, des repères nous sont offerts, lueurs intermittentes mais qui guident plus qu'une lumière envahissante.

     Au cœur de la foi chrétienne se trouve le mystère d'un passage, d'un dépouillement qui mène à la gloire, mystère pascal dont le mouvement se poursuit jusqu'en nous. À contempler dans la figure vivante et glorieuse du Christ serviteur, qui nous regarde.

Daniel Cadrin, OP

 

 

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