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chronique du 19 mars 2018

 

 

Un sceau ancien portant le nom d’Isaïe

bulle

Agrandissement de la bulle qui ne fait qu’un (1) cm de largeur
(photo : Ouria Tadmor / ©Eilat Mazar)

En 2015, des archéologues avaient annoncé la découverte à Jérusalem d’une bulle [1] où est gravé le nom du roi Ézéchias qui a régné sur la Judée de la fin du 8e siècle au début du 7e siècle avant notre ère. À trois mètres du petit objet, l’équipe de fouilles a trouvé une autre empreinte où on peut lire le nom d’Isaïe. S’agit-il du prophète du 8e siècle?

La nouvelle n’est pas récente mais si elle refait surface dans l’actualité, c’est parce que l’archéologue Eilat Mazar vient de signer un article dans la Biblical Archaeology Review où elle tente de justifier l’identification du propriétaire du sceau avec le prophète Isaïe.

Une empreinte incomplète

L’empreinte provient d’un groupe de 34 bulles découvertes en 2009 sur le site de l’Ophel, un espace fortifié dans l’antiquité, situé entre le mont du Temple (ou l’Esplanade des mosquées) et la cité de David. Le problème pour identifier le propriétaire du sceau vient du fait que la bulle est abimée dans sa partie supérieure, comme on peut le constater en regardant la photo. Le registre supérieur est absent mais on voit quelques lignes et l’archéologue pense qu’il s’agit des pattes d’un animal, une biche. Le nom d’Isaïe apparaît sur le registre central où il est possible de lire : leYesha‘yah[u]. La dernière lettre est entre crochets car elle est absente sur la bulle. Quand on observe attentivement le contour de l’empreinte, on remarque que son contenu est délimité, au bas et à droite, par une double ligne. Si on complète ce pourtour, on obtient un ovale et il y a assez d’espace à gauche pour reconstituer la lettre manquante qui complète le nom d’Isaïe. Mais Yesha‘yahu. était un nom assez commun au 8e siècle et il faut poursuivre l’analyse. Sur le registre inférieur, trois lettres sont facilement identifiables : nvy. La chercheuse associée de l’Université hébraïque de Jérusalem postule une autre lettre manquante dans la partie brisée pour reconstituer le mot nvy’ ou prophète. Elle arrive ainsi à lire l’inscription comme suit : [Appartenant] à Isaïe, [le] prophète.

Obstacles de cette lecture

Christopher Rollstone, professeur de langues sémitiques à l’Université George Washington, signale que l’absence du aleph à la fin du mot prophète est un obstacle majeur pour identifier le propriétaire du sceau. Les trois lettres nvy se retrouvent sur d’autres sceaux et désignent alors un nom de famille. L’autre problème est que le mot prophète en hébreux est habituellement précédé d’un article défini, une autre lettre absente sur l’empreinte. Eilat Mazar est consciente de ces problèmes mais l’espace à gauche permet la reconstitution qu’elle propose. Elle reste toutefois prudente en signant un article dont le titre est à la forme interrogative : « S’agit-il de la signature du prophète Isaïe? » [2]

Le roi et son conseiller

Ézéchias a régné de 727 à 698 environ avant notre ère, à l’époque où son voisin du nord, le royaume d’Israël, est tombé aux mains des Assyriens (721). Vingt ans après cet événement, il a résisté au siège de Jérusalem par les même conquérants grâce à des fortifications et à un système d’aqueduc souterrain qui sont encore visibles aujourd’hui. La Bible parle à plusieurs reprises de la relation particulière qu’Isaïe entretenait avec le roi : il était son conseiller principal (voir 2 Rois 19-20 et Isaïe 37-39). On retrouve d’ailleurs à quinze reprises, dans un même verset, les noms du roi et du prophète [3]. Et devant la menace assyrienne, le prophète Isaïe semble avoir joué un rôle crucial.

En résumé, le prophète Isaïe était un personnage de haut rang qui devait probablement posséder un sceau personnel et il est possible que la bulle retrouvée lors des fouilles de l’Ophel soit son empreinte. Les obstacles mentionnés plus haut ne permettent pas une identification formelle mais plusieurs indices convergent vers le prophète Isaïe et le contexte archéologique de la découverte soutient cette hypothèse : la bulle a été trouvée à quelques mètres d’une bulle du roi Ézéchias et dans la même strate ou couche de sol. Mais il faut demeurer prudent et considérer que l’identification n’est pas définitive.

[1] Une bulle est un petit morceau d’argile portant l’empreinte d’un sceau.

[2] Eilat Mazar, « Is this the Prophet Isaiah’s Signature? », Biblical Archaeology Review 44/2-3 (2018) 64-73.

[3] 2 Rois 19,5.20 ; 20,1.8.14.16.19 ; 2 Chroniques 32,20.32 ; Isaïe 1,1 ; 37,5.21 ; 39,3.5.

Sylvain Campeau

Article précédent :
Qumrân : un nouveau manuscrit décrypté

 

 

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