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30e dimanche ordinaire B - 29 octobre 2006

 

En route vers Jérusalem

Guérison de l'aveugle Bartimée Marc 10, 46b-52
Autres lectures : Jérémie 31, 7-9; Psaume 125(126); Hébreux 5, 1-6


La guérison de l'aveugle Bartimée est le dernier miracle de Jésus dans l’Évangile de Marc. Tout de suite après, l’évangéliste place l’épisode de l’entrée à Jérusalem (Mc 11, 1-11) où Jésus n’accomplit aucun miracle sinon celui du don de sa vie dans l’eucharistie puis dans sa mort et sa résurrection. Dans cet évangile la montée à Jérusalem est très courte; elle commence en Mc 10,32 et, en Mc 11,1 le groupe est déjà arrivé à Béthanie, en vue de la Ville Sainte. Elle ne comporte, en somme, que deux épisodes. D’abord une annonce de la Passion (Mc 10, 32-34), suivie de la demande des fils de Zébédée (Mc 10, 35-40) et du commentaire de Jésus sur la vraie manière de le suivre en se mettant au service de tous (Mc 10, 41-45). Tout de suite après vient l’arrivée à Jéricho (Mc 10, 46), ville dont on sort aussitôt (Mc 10, 46) pour rencontrer Bartimée, le mendiant aveugle.

     On pourrait croire que cette séquence n’a pas d’autre unité que géographique, mais, tenant compte de la manière de composer de Marc, il y a fort à parier que cet assemblage a un sens. L’aveugle qui retrouve la vue pourra suivre Jésus sur la route (v. 51) et ainsi être témoin de la Passion.

Jésus, fils de David… (vv. 47-48)
     Dans l’Évangile de Marc, Bartimée est le seul à donner explicitement à Jésus le titre de Fils de David (Jésus va attribuer aux scribes l’opinion selon laquelle le Messie est fils de David, mais lui-même semble remettre en question cette appellation : Mc 12, 35-37). La tradition juive, de manière quasi unanime, considérait que le Messie serait un descendant de David (voir, par exemple : Is 9, 5-6; 11,1; Jr 23,5-6; 30, 9 etc…); cette opinion se manifeste aussi dans la littérature extra-biblique (voir, par exemple : Psaumes de Salomon 17, 21-43). Appeler Jésus fils de David, c’est certainement beaucoup plus que constater un fait historique : Jésus appartient à la descendance du grand roi. D’ailleurs, après 1000 ans, il devait y avoir de très nombreux descendants de David dans le peuple juif. Cette appellation avait sans aucun doute une portée messianique. En la mettant dans la bouche de Bartimée, Marc ajoute un élément nouveau à la découverte progressive de l’identité de Jésus. En même temps, il prépare la scène suivante, celle de l’entrée triomphale à Jérusalem; à cette occasion la foule acclamera Jésus en criant : Béni soit le royaume qui vient, de notre père David (Mc 11,10). Comme partout ailleurs dans son évangile, Marc ne précise pas d’où Bartimée tirait sa connaissance de Jésus. Sa prise de parole, à ce moment précis, oriente le lecteur vers le caractère messianique de Jésus qui sera au cœur du drame de la Passion (voir, par exemple, la question du grand prêtre à Jésus : Es-tu le Christ, le fils du Béni? Mc 14,61).

Aie pitié de moi
     Dans l’Évangile de Marc, Bartimée est le seul à demander un miracle pour lui-même. Il le fait en employant un vocabulaire qui est également très rare dans cet évangile : Aie pitié de moi (vv. 47.48; le seul autre emploi du verbe avoir pitié est en Mc 5, 19). Tout cela accentue le caractère exceptionnel de ce récit de guérison.

     La pitié demandée aurait pu prendre bien des formes. Par exemple, si Jésus, le fils de David, s’apprêtait à prendre le pouvoir et à inaugurer son règne, il aurait pu intervenir pour améliorer le sort de l’aveugle afin qu’il ne soit plus obligé de mendier. Une telle demande n’aurait pas été plus déraisonnable que celle formulée juste avant par les fils de Zébédée, eux qui voulaient s’assurer des premières places dans le Royaume (Mc 10, 35-40). C’est pourquoi Jésus veut lui faire préciser l’objet de sa demande : Que veux-tu que je fasse pour toi? (v. 51; voir la question analogue adressée à Jacques et à Jean : Mc 10, 36).

    La pitié est une caractéristique divine (voir, par exemple : Je prends pitié de qui je prends pitié Ex 33, 19; Fais leur connaître ce que le Seigneur a fait pour toi et qu’il a eu pitié de toi Mc 5,19). En demandant à Jésus d’avoir pitié de lui, l’aveugle situe sa démarche sur le plan de la foi et non sur celui de la politique. Il espère une intervention qui va changer le cours de son existence; il veut retrouver la vue (le verbe employé laisse supposer qu’il avait déjà vu auparavant) et revenir dans la communauté sociale et religieuse dont il est exclu. Dieu seul peut l’aider à franchir cette frontière qui l’isole de ses contemporains. En adressant sa demande à Jésus, il reconnaît implicitement que celui-ci a avec Dieu une relation privilégiée. En tant que messie, fils de David, il peut se prévaloir de cette filiation que Dieu accorde à son lieutenant sur la terre : Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré (Ps 2,7).

Ta foi t’a sauvé (v. 52).
    Évidemment, il n’est pas sûr que Bartimée, un mendiant aveugle, possédait tous les concepts théologiques pour élaborer un tel raisonnement. Pourtant Jésus reconnaît en lui la foi nécessaire au salut. Ce salut se manifeste par la guérison : Aussitôt, l’homme se mit à voir (v. 52) et par son accession au statut de disciple : et il suivait Jésus sur la route (v. 52). Le verbe suivre est caractéristique de la relation du disciple avec son maître. Il exprime non seulement le fait matériel de marcher derrière quelqu’un mais surtout l’écoute et l’accueil de son enseignement (voir, par exemple : Mc 1, 18; 2,14; 6,1; 8,34 etc…). On n’entend plus parler de Bartimée dans la suite de l’évangile mais la conclusion que Marc donne à son récit laisse entendre qu’il accompagne Jésus jusqu’à Jérusalem, donc jusqu’à la Passion et la résurrection (cf : Mc 8,34).

Le Christ grand prêtre (Hébreux 5, 1-6)
     Le portrait de Jésus esquissé par l’Évangile de Marc s’enrichit du point de vue de l’auteur de l’Épître aux Hébreux (5, 1-6). Par touches successives se précise l’image du Christ en tant que grand prêtre de l’Alliance nouvelle (voir, par exemple : He 2,17; 3,1; 4,14-15).

     D’une part, son sacerdoce s’inscrit dans la tradition du culte juif : il est pris parmi les hommes et chargé d’intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu (v. 1); en ce sens, Jésus est donc bien grand prêtre. D’autre part, son sacerdoce est nouveau et radicalement différent; il n’est pas obligé, comme les autres grands prêtres, d’offrir des sacrifices pour ses propres péchés (v. 2); il ne reçoit pas sa charge par hérédité comme les prêtres juifs, mais par un appel de Dieu comme Aaron le premier grand prêtre de l’Ancienne Alliance. Il inaugure un sacerdoce nouveau, un sacerdoce éternel puisque Dieu lui dit : Tu es prêtre pour toujours selon le sacerdoce de Melchisédech (v. 6).

Je suis un père pour Israel (Jérémie 31, 9)
     Un des très rares textes de l’Ancien Testament où Dieu est présenté comme père. Dans un monde où prédominaient les cultes de la fertilité, il était important d’éviter que Yahvé soit perçu comme un géniteur, à l’exemple des dieux des nations environnantes. Même un texte comme Ps 2,7, repris en He 5,5 (voir la 2ième lecture) présentait certains risques d’une interprétation trop réaliste. Si Dieu se révèle comme Père, c’est à cause de la tendresse qu’il manifeste envers son peuple. Malgré le péché d’Israël, Dieu ne peut pas se résigner à l’abandonner; il interviendra pour le délivrer de son exil. Les personnes les plus fragiles, handicapés, femmes enceintes, jeunes mères pourront bénéficier de ce moment de grâce. En rendant la vue aux aveugles Jésus continue à révéler le vrai visage de Dieu, celui d’un père proche de chacun de ses enfants.

Source: Le Feuillet biblique, no 2072. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

 

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