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Don
de Dieu, tombeaux ouverts !
Le tombeau vide : Matthieu
28, 1-10
Autres lectures : Ézéchiel
36, 16-17a.18-28;
Psaume
41(42); Romains
6, 3b-11
Pâques fait partie de la
liste des fêtes que nous prenons trop facilement pour acquises.
Nous croyons tout savoir du message biblique qui y est rattaché.
La nouveauté introduite au cur de notre humanité
par le don de la Résurrection du Fils de Dieu semble banale,
car elle nétonne plus la conscience chrétienne.
Attention cependant ! La place centrale de ce jour
de fête dans lannée chrétienne est moins
perceptible quautrefois pour la plupart des baptisés.
Ce brouillage est causé par des gens à lagenda
différent du nôtre : ils ont décidé den
tirer profit. Comme cest souvent le cas pour Noël, les
médias semploient à prouver que cette fête
na rien de religieux. Excellente stratégie pour détourner
lattention de lessentiel et intéresser le plus
grand nombre à consommer les produits des commanditaires!
Chez les chrétiens bousculés par la vie de famille
et de travail, ce discours engourdit le réflexe de curiosité
qui devrait nous animer lorsque la Parole est proclamée au
matin de la fête.
Alors, munissons-nous dun antidote contre limpression
de déjà vu qui nuit à notre écoute de
lévangile rattaché au dimanche des dimanches!
Nous observerons dabord lactivité des personnages
mis en scène dans lévangile. Des détails
de leur interaction, nous pourrons en tirer quelques questions fascinantes
pour notre quotidien.
La fête de Pâques jouera alors pleinement
son rôle dans notre vie : illuminer les multiples circonstances
où se déverse la générosité de
Dieu à notre égard.
Des
détails qui font la différence
Marie-Madeleine et lautre Marie étaient
convaincues de la mort de Jésus, puisquelles visitent
un tombeau bien identifié. Elles ne vivent pas sur lillusion
que Jésus serait simplement inconscient ou caché en
attendant de revenir sur scène. Pour elles, Jésus
est bel et bien un mort. Sa nouvelle adresse est un tombeau. Affaire
classée, qui appelle un comportement de personnes en deuil.
Mais surprise : un tremblement de terre, et un grand,
vient perturber la tranquillité de leur marche nocturne.
Un tremblement de terre, dans un texte biblique, nest pas
seulement un incident géologique. Cest un élément
de langage qui affirme à quel point les événements
qui y sont associés concernent tout lunivers créé.
Dit dans nos mots : « Nous voici dans les ligues majeures!
»
À la manière des grands récits
de rencontre avec Dieu dans le Premier Testament, lAnge du
Seigneur en personne se déplace depuis la maison de Dieu
(le ciel) jusquà la lourde pierre du tombeau. Il la
roule pour sen faire un siège. Revêtu de la luminosité
dun éclair et de la blancheur de la neige, ce personnage
est porteur des signes normaux pour un personnage rattaché
à la divinité. Encore une fois, nous assistons à
une rencontre au sommet : Dieu sest invité et va parler
pour gérer la situation. Peu étonnant que les gardes
prennent laspect de cadavres ! Ils perdaient leur temps à
garder une sépulture, et les voilà relégués
au rang de celui quils pensaient garder. Belle ironie ! Devant
celui qui contrôle la mort et la vie, ces pauvres gardes sont
dépassés par les événements.
LAnge du Seigneur véhicule un message
très dense. Il évacue la crainte. Il donne la clef
de labsence de Jésus : il est ressuscité comme
il lavait lui-même dit. Il faut désormais changer
despace. Les disciples sont invités à se rendre
dans la région dont les gens de Jérusalem se méfiaient
le plus : la Galilée. Cest là que le Ressuscité
se laissera voir.
Les deux femmes passent aussitôt à laction
: elles quittent le tombeau, tremblantes et joyeuses. Elles courent
porter la nouvelle aux disciples. Jésus lui-même vient
alors à leur rencontre et les salue. Les femmes le reconnaissent
comme un être divin : elles lui prennent les pieds et se prosternent
devant lui. Jésus redit lessentiel des propos de lAnge
: il ne faut pas craindre; il faut annoncer aux frères que
la Galilée est le prochain lieu de contact visuel.
Dans lAncien Testament, il ne pouvait être
question de voir Dieu, tant sa grandeur et son éclat risquaient
de tuer le croyant soumis à pareille expérience. Dans
lévangile de Pâques, il est fascinant de constater
que Jésus est honoré comme un personnage divin. En
effet, il a le pouvoir de confirmer les propos du messager de Dieu
en répétant que la Galilée sera le lieu où
il se laissera voir aux disciples.
Des
détails qui changent notre vie
De tels propos nous propulsent comme lecteurs et auditeurs
à un niveau jamais espéré. Nous sommes invités
à vivre désormais la plongée dans la vie avec
Jésus, commencée lors de notre baptême, avec
lintensité ressentie par les deux femmes et les disciples
de Jésus.
Quand avons-nous senti le séisme de la présence
du Ressuscité ? Question fondamentale sil en est une
! En théorie, chaque personne baptisée a vu au moins
un moment de sa vie complètement bouleversé par la
sensation claire et nette dune brèche définitive
dans tout ce qui conduit à la mort. Cest lexpérience
de base qui justifie la demande dêtre baptisé
: savoir quen plongeant dans une situation de mort avec Jésus,
la vie aura le dernier mot. Sentir que ce retournement de situation
nest pas dû à nos seules forces, mais quil
est un don transmis par amour divin.
Pâques est loccasion de célébrer
cette brèche radicale dans la mort. Nous voilà loin
du gentil réveil de la nature, du glouglou des ruisseaux
qui saffranchissent de leur chape de glace et du retour des
petits oiseaux. Lévangile de Pâques nous parle
de rupture, dun après totalement différent de
lavant. Il y avait un cadavre au tombeau. Il y a désormais
un vivant qui rencontre et qui invite à aller plus loin grâce
à lui. Pâques ne célèbre pas léternel
retour des choses, mais plutôt la nouveauté du perpétuel
élan vers lailleurs et le meilleur.
Pâques nous aspire au-delà des apparences
de la routine et du déjà vu. Célébrer
la Résurrection révèle le vide de certaines
situations. Quelles zones de notre existence pouvons-nous considérer
comme un tombeau désormais risible, parce que vidé
de ses cadavres ? Quels espaces jusque là inexplorés
pouvons-nous envisager comme nôtres ?
La Résurrection réoriente notre marche.
Où nous mèneront ses propositions de vie ? Et quel
est notre enthousiasme à nous mettre en route sur ces chemins
neufs? Sommes-nous lents à démarrer ? Ou sommes-nous
remplis dune énergie nouvelle pour annoncer à
notre tour que la mort na pas eu le dernier mot ce jour-là...
et pour toujours ?

Source: Le Feuillet biblique,
no 2136. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins
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biblique de Montréal.
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