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Sainte famille (année B) - 31 décembre 2017

 

Une visite au Temple et dans l’Ancien Testament

L’Annonciation

Siméon, Anne et l’enfant Jésus
Benjamin West, circa 1796
Huile sur toile, 122 x 90 cm
Flint Institute of Arts (Flint, MI)
(photo : Wikiart)


Jésus est présenté au Seigneur dans le Temple : Luc 2, 22-40
Les lectures : Genèse 15, 1-6; 21, 1-3 ; Psaume 104 (105) ; Hébreux 11, 8.11-12.17-19
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Matthieu et Luc, les deux évangiles qui racontent la naissance de Jésus, le font en racontant une histoire tissée à partir des récits de l’Ancien Testament. Après 2000 ans de christianisme, lire ces chapitres est très important pour nous aider à recontextualiser la venue de Jésus dans sa société et sa culture d’origine. Le récit de la visite au Temple de Joseph et Marie permet dès le début de l’Évangile selon Luc de situer Jésus par rapport aux traditions d’Israël. Voyons donc l’ancrage biblique de ce récit.

La purification de Marie

Accoucher dans la culture biblique était une expérience de contact avec la vie et la mort. Ainsi, selon les lois du Lévitique (12,1-8), la femme qui met un enfant au monde est considérée comme impure pour sept jours. Contrairement à l’usage du mot « impur » en français, il ne s’agit pas d’un péché, mais d’une situation extraordinaire qui requiert du temps et un rituel pour qu’une personne réintègre le peuple et renouvelle l’alliance avec le Seigneur.

Dans le récit de Luc, Marie offre deux tourterelles ou pigeons au Temple de Jérusalem. Cette offrande correspond à ce qui est prévu pour accommoder les personnes trop pauvres pour offrir l’agneau requis (Lv 12,8). Ce détail montre bien que dans le récit de Luc, Jésus naît parmi les gens ordinaires et non dans l’élite sociale de l’époque.   

La présentation de Jésus

Luc précise que l’objectif de la visite au Temple était de présenter le petit bébé au Seigneur. Dans l’Ancien Testament, ce geste ne fait pas partie des obligations reliées à la naissance d’un enfant. Il montre que Joseph et Marie font quelque chose de plus que ce qui est demandé pour marquer la présence de Dieu avec l’enfant qui vient de naître.

Cette présentation reflète un récit bien connu de l’Ancien Testament dans lequel une femme nommée Anne devient mystérieusement enceinte. Après la naissance de son fils Samuel, elle l’amène au temple de Silo (1 S 1,20-28). Anne laisse alors son enfant Samuel au temple pour qu’il y grandisse et serve le Seigneur à cet endroit. Elle chante alors un cantique qui a sans doute inspiré le Magnificat : « J’ai le cœur joyeux grâce au Seigneur... » (1 S 2,1-10) Lorsqu’il devint adulte, Samuel assumera le leadership religieux et politique d’Israël. Il consacrera notamment Saül et David, les deux premiers rois d’Israël.

Luc fait aussi référence à une loi particulière pour expliquer la présentation de Jésus au Temple : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur. Ce passage évoque la loi du rachat du premier né (Ex 13,13; Nb 18,15-16). Dans plusieurs cultures anciennes, on offrait à la divinité les premières récoltes, le premier animal, mais aussi le premier enfant en sacrifice. Cette loi encadre et remplace les sacrifices humains. Au lieu de sacrifier son premier enfant, les Israélites étaient encouragés à faire une offrande au Temple. Cela dit, dans le récit de Luc, cette présentation marque surtout la consécration de Jésus au Seigneur dès sa naissance.

Syméon, le prophète biblique

Au Temple, ce n’est pas la rencontre d’un prêtre ou d’un lévite qui est racontée. Dans les mots d’aujourd’hui, on dirait que Syméon est un laïc engagé. Dans les mots de Luc, il s’agit d’un homme juste et pieux qui attend la consolation d’Israël. Cette caractérisation est très importante puisqu’elle relie la naissance de Jésus avec les attentes messianiques du peuple d’Israël. Sous domination étrangère depuis des siècles, les Juifs attendaient la restauration de l’autonomie de leur peuple et le renouvellement de l’alliance avec le Seigneur. Cet espoir s’est cristallisé sur la figure du Christ/Messie. Le rôle du personnage de Syméon est de témoigner que Jésus est ce Messie tant attendu. La bénédiction qu’il fait reprend un vocabulaire qu’on retrouve dans les chapitres 40 à 52 du livre d’Isaïe. Ces chapitres articulent la restauration d’Israël comme lumière pour les autres peuples. Cette allusion permet à l’Évangile selon Luc d’évoquer pour la première fois que l’événement raconté concerne aussi bien les Juifs que les personnes d’autres nations. Cet évangile raconte comment le peuple de Dieu s’ouvre pour que tous et toutes puissent jouir des promesses du Seigneur.

La joie et la croix

Si l’émotion dominante dans le récit de la naissance de Jésus en Luc est la joie, le dialogue entre Syméon et Marie est marqué par l’annonce de la souffrance. Jésus est présenté comme le salut d’Israël, mais cette présentation indique que cela ne va pas de soi. En effet, une bonne partie du peuple ne reconnaîtra pas Jésus comme Messie. Dans les mots de Syméon, Jésus est « un signe contesté » qui provoquera en même temps le relèvement de certains et la chute d’autres personnes. L’image du glaive qui percera le cœur de Marie est même proposée comme anticipation de la douleur de la croix. Ainsi, il est faux de voir une joie naïve dans les récits de naissance de Jésus en Luc. Cette joie est bien présente, mais elle est lucide. Même lorsqu’il raconte la naissance, ce récit de Jésus est bien celui qui atteindra son sommet dans la mort et la résurrection.

Anne, la prophétesse

Au Temple, la famille rencontre aussi une vieille dame entièrement dévouée au Seigneur. Attention, il ne faut pas mêler la mère de Samuel dont on a parlé précédemment avec ce personnage portant le même nom : Anne. Contrairement à Syméon, le récit de Luc ne transmet pas les paroles de celle qui est qualifiée de prophétesse. Par contre, il indique qu’elle anticipe le rôle des apôtres après Pâques puisqu’elle témoigne de Jésus à toutes les personnes qu’elle rencontre.

De Jérusalem à Nazareth

Ce passage se termine avec une notice de déplacement de Jérusalem à Nazareth. Bien plus qu’une indication géographique, cet élément porte un aspect théologique. Alors que Jérusalem est le centre du pouvoir politique et religieux, Nazareth est un village obscur et éloigné. Si ses parents ont amené Jésus à Jérusalem pour accomplir la loi, c’est à Nazareth qu’il recevra sa formation humaine et spirituelle. Jésus ne provient pas des cercles de pouvoir associé au Temple, il est un enfant né dans une famille à la foi ordinaire et extraordinaire.

S’il nous est impossible de visiter le Temple de Jérusalem détruit en 70 par les Romains, la visite de l’Ancien Testament est essentielle pour comprendre qui est Jésus. La maxime de saint Jérôme le dit bien : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ. » À nous de suivre cette invitation en ouvrant nos bibles pour mieux comprendre le contexte de la venue de Jésus.

Sébastien Doane

Source : Le Feuillet biblique, no 2557. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Diocèse de Montréal.

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