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11e dimanche du Temps ordinaire (B) - 17 juin 2018

 

Terrains de croissance!

grains

Seeds of Change (photo : Joshua Lanzarini / Unsplash)


Semences et croissance : Marc 4, 26-34
Les lectures : Ézékiel 17, 22-24 ; Psaume 91 (92) ; 2 Corinthiens 5, 6-10
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Les Évangiles prennent plaisir à décrire ce qui se passe lorsque Dieu peut jouer pleinement son rôle dans la vie des humains. La Bible appelle cet espace d’actions et de réactions « le règne de Dieu ». Vous trouvez que cela sonne « politique »? Vous avez raison. Au temps de Jésus, tout ce qui se disait ou se passait sur la place publique avait nécessairement un impact politique. Parler de l’intervention divine en termes politiques, c’était normal. Pour être crédible et pertinent, Dieu doit modeler son insertion quotidienne dans une forme compatible avec la vie politique et sociale.

L’évangile de ce dimanche décrit l’intervention divine comme le règne de Dieu. On y précise la dimension spatiale de ce règne. Comme une semence minuscule qui finit par servir de piste d’atterrissage aux oiseaux du ciel, le règne planté en terre est à première vue la plus petite des semences. Au terme de sa croissance, cette plante dépasse toutes les plantes sagement alignées dans le potager. Quelle grandeur prendra dans notre vie le règne de Dieu? Sera-t-il petit et réservé à quelques-uns, ou assez vaste pour accommoder une diversité pleine de vie?

Pour décrire les phénomènes de communication intense qui ont cours dans le Règne de Dieu, la Bible utilise d’autres images tirées du vocabulaire de la croissance surprenante des végétaux. Nous croisons aujourd’hui dans l’évangile un homme qui plante sans trop investir d’efforts par la suite. Il ne fait pratiquement rien… et la moisson surgit malgré son inertie! Cela s’explique par la technique utilisée au pays de Jésus pour faire les semences. C’était coutume, au pays de Jésus, de lancer le grain un peu partout. Selon la qualité du réceptacle, il arrivait que la récolte finisse par lever tant bien que mal… Ainsi, l’évangile de ce dimanche de Fête des pères affirme qu’au-delà des efforts humains de croissance, l’action divine apporte une contribution majeure, une contribution qui nous dépasse…

De branche en arbre (Ézékiel 17, 22-24)

Le règne de Dieu, avec ses succès étonnants, repose avant tout sur la confiance des humains dans l’action de Dieu. En fait foi « le beau programme » de Dieu transmis par le prophète Ézékiel dans la première lecture. C’est un magnifique programme de croissance. Au sommet d’un grand cèdre, probablement un énorme cèdre du Liban, Dieu cueille une jeune tige. Il la transplante sur une montagne très élevée. À son tour, le rameau devient un cèdre grandiose. Une autre piste d’atterrissage bien visible pour les oiseaux! Avec plaisir, nous découvrons dans cette imagerie la source possible de la parabole de Jésus sur la plante potagère qui sert de refuge aux oiseaux de passage.

Il y a plus encore. La première lecture décrit un processus de bouleversement propre au règne de Dieu : Je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Autrement dit : avec Dieu, les apparences n’ont jamais le dernier mot. Il y a toujours des surprises et des bouleversements.

Des images pour dire l’amour paternel

Nous honorons nos papas en ce dimanche de la Fête des pères. Les propos de l’évangile sur le règne de Dieu conviennent pour célébrer la merveille – et le mystère – de la paternité humaine. Certes, il y a une bonne partie de volonté dans le succès d'une vie de père. Mais, vu la complexité actuelle de la vie, tout père qui réussit à soutenir ses enfants, à les insérer dans la trame de la vie autonome en société sent très bien qu'il n'a pu accomplir cela tout seul... Dieu voit toute chose, même la poussée de croissance d’un enfant lorsqu’elle est soutenue discrètement par un papa timide. Rendons grâce pour la clairvoyance de Dieu qui nous donne des pères engagés et discrets à la fois!

Plusieurs images de la Bible peuvent évoquer la surprenante expérience d’une paternité qui livre ses bons fruits. Par exemple, pour décrire la paternité qui s’exerce dans la patience au fil des événements, on reprendra cette idée de l’évangile : d’elle-même la terre produit son fruit. Il se passe de bien belles choses à l’abri de notre regard. Comme tout père en fait l'expérience lorsqu’il doit lâcher prise devant la croissance imprévisible de son ado, ...nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision... (deuxième lecture, 2 Corinthiens 5,6-10). Ces expériences étonnantes de la paternité rejoignent l’expérience de chaque personne qui fait place à la foi dans son quotidien.

Bien des papas déplorent de voir leur autorité facilement contestée. La puissance de Dieu (décrite dans la première lecture) a de quoi les faire rêver : Je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé; je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec... Quel père ne rêve pas de voir le terme de la croissance de son enfant? Ou de le protéger des dangers de la vie et de la croissance en prenant le contrôle sur tout ce qui arrive?

Un amour paternel vécu

Dans la vraie vie, ce n’est parfois qu’un rêve… mais c’est un rêve qui exprime un amour profond des pères pour leurs rejetons! J’aime beaucoup raconter cette histoire vécue. J’ai rencontré un jour dans une réunion internationale un homme à qui tout semblait facile. La quarantaine avancée, monsieur a réussi sa vie professionnelle de traducteur et d’agronome. Entre deux contrats internationaux de traduction, monsieur pouvait gérer une chaîne de cafés très courus en milieu touristique. La seule chose qu’il ne contrôlait pas dans sa vie, ce sont ses bouffées de fierté et d’angoisse quand il parlait de ses deux filles.

En père accompli, il rêvait du meilleur pour ses deux pré-ados. Au point de l’exprimer plutôt gauchement : « Je me demande parfois si je devrais m’acheter un fusil de chasse pour les protéger... » Vite, il corrige dans la phrase suivante son ton paternaliste : « N’aie pas peur, je ne ferai jamais cela… » Mais ses sentiments sont clairs : « Je les aime tellement, mes deux filles! »

Ainsi, monsieur a su me faire mesurer par une seule phrase – un peu gauche! – la profondeur de son amour de père et l’angoissant sentiment d’impuissance qui l’accompagne. Sans le savoir, il venait de réécrire la parabole de l’évangile : « Le Règne de Dieu est comparable à un père de famille qui investit sa confiance dans le terreau de la croissance de ses deux filles. Il voudrait que rien de mal ne leur arrive, mais le contrôle sur leur vie le dépasse. Sans qu’il sache comment, qu’il veille ou qu’il dorme, chacune des filles devient elle-même. À son tour, chacune multiplie les générosités qu’elle a reçues… »

Alain Faucher

[1] Camille Focant, L’évangile selon Marc, Paris, Cerf (CBNT, 2), 2004, p. 149.

[2] Ibidem, p. 151.

Source : Le Feuillet biblique, no 2581. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation du Diocèse de Montréal.

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