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Mercredi des Cendres
La vieille
dame
... ton Père qui est là... (Matthieu 6, 18)
Il y a longtemps que je l'observe. Elle est généralement
assise sur un banc public entre les deux bouches de métro
de mon lieu de travail. Elle attend ... ou bien, si elle en a besoin,
elle quête en présentant une petite boîte rectangulaire
pour qu'on y dépose notre don. D'abord je ne la vois pas,
je suis trop pressé par mes courses. Puis, un jour, je croise
furtivement son regard. Je suis mal à l'aise et je ne lui
donne rien comme à la plupart des itinérants de la
rue. Enfin, un peu plus tard, je m'approche et j'ose glisser quelques
pièces de monnaie dans sa boîte. Son sourire et ses
yeux brillants me remercient chaleureusement. Mon cur bat
un peu plus fort. Je reconnais mon père qui est là.
Il me sourit et me remercie du regard. Ses yeux sont brillants.
LIEN : Notre Père du ciel n'est pas un Dieu aveugle, il
voit tout ce que l'on fait dans l'humilité et il sait nous
le rendre ... souvent plus vite qu'on ne le pensait.
* * * * *
Le devoir du pommier
Il était une fois un pommier
qui se sentait peu apprécié. Les gens venaient prendre
de ses fruits sans même lui dire un mot de gratitude. Un jour,
un prêtre vient s'asseoir à l'ombre de l'arbre pour
se reposer. Le pommier saisit donc cette chance de lui faire entendre
ses doléances. « Je suis, comme vous pouvez le constater,
un pommier. Les gens, jeunes et vieux, viennent et prennent de mes
fruits sans même me dire un seul merci pour tous les efforts
que je fais pour les produire. Comment peuvent-ils être si
insensibles? »
Le prêtre réfléchit
un instant à la question, puis répond : « Les
gens ne sont peut-être pas insensibles, leur manque de gratitude
s'explique probablement de différentes manières. Comme
ils s'attendent à ce que le soleil brille et que le vent
souffle, ils s'attendent aussi à ce que vous produisiez des
pommes. Il ne fait aucun doute que produire des pommes est votre
devoir » dit le prêtre avec un sourire narquois. (Adaptée
de William R. White, Stories for Telling, p. 75)
LIEN : Comme le pommier, nous attendons souvent de la reconnaissance
et de la gratitude des personnes qui sont autour de nous. Pourtant,
notre Père qui est là voit tout ce que nous réalisons
de beau et de grand. La certitude que son regard attentif est constamment
sur nous devrait nous combler de paix.
* * * * *
Premier dimanche de Carême
La fascination
du soupçon
Le serpent dit à la femme: ... Vous ne mourrez pas! Mais
Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront,
et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal
(Genèse 2, 4-5).
L'histoire se passe pendant la guerre. Un prisonnier est libéré.
Sa fiancée va l'attendre à la gare, avec une impatience
dont on n'a peut-être plus l'idée aujourd'hui : retrouver
son fiancé qui était prisonnier. « Voilà
le moment de bonheur de mon existence » se dit-elle. Alors
elle se regarde dans une glace. Et, tout à coup, elle se
trouve horrible avec ses galoches du temps de guerre, crottées
et lourdes. Elle les enlève et les enveloppe dans un journal
qui traîne là, n'importe lequel, elle ne regarde même
pas de quel journal il s'agit.
Et son fiancé arrive ... enfin!
Cela va être le moment de bonheur tant attendu. Mais voici
que la première chose qu'il voit : c'est le journal. Et son
visage change. Et dans l'instant, elle se rend compte que pour elle,
son fiancé devient autre. C'est comme un coup décisif.
Car il ne trouve à lui dire comme premières paroles
que cette phrase : « Ah, tu lis le journal de l'ennemi? »
Elle qui n'avait même pas vu que c'était le journal
de l'ennemi! Elle ne répond rien, elle n'explique rien, elle
ne se défend pas. Comment son fiancé a-t-il donc pu
douter d'elle?
LIEN: Que s'est-il passé dans l'histoire d'Adam et Ève
(1ère lecture). Le récit du fruit défendu nous
dit sous une forme imagée, simple mais d'une profondeur extraordinaire
ce qu'est le drame du soupçon. Dieu avait laissé à
Adam et Ève l'usage de tous les fruits du paradis, à
l'exception de ceux de l'Arbre du bien et du mal. Alors survient
le serpent. Et la femme vit que le fruit de l'arbre était
bon à manger. Et vous savez la suite.
Où se situe la faute? Très
précisément au moment où Ève s'ouvre
à la fascination du doute, à l'instant où elle
a commencé à soupçonner l'autre d'une arrière-pensée
ou d'une arrière-intention. « Ah, tu lis le journal
de l'ennemi? ». La faute n'était pas d'avoir entendu
le serpent, ni même d'avoir cueilli le fruit, mais dans le
fait d'avoir prêté l'oreille, d'avoir enfin préféré
l'hypothèse la plus improbable, la plus affreuse : qu'elle
ait pu être le jouet de celui qui l'aimait, de Dieu. Ils ont
cessé d'être innocents, au moment où ils ont
accepté l'éventualité du doute sur l'autre
(B. Bro, Surpris par la certitude, pp. 38-40).
C'est en ce sens aussi que nous pouvons
comprendre la seconde tentation de Jésus : Si tu es le
Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: il donnera
pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur
leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre (Matthieu
4, 6).
Nous pouvons dire de cette tentation
qu'elle est celle du soupçon : Qui te dit que tu es vraiment
fils de Dieu? Exige un signe! Si tu es son fils, que Dieu le prouve!
Elle consiste à mettre en doute la protection de Dieu et
la confiance qu'on peut lui faire. Jésus refuse de mettre
son Dieu à l'épreuve, de le soupçonner. Jésus
reste ferme dans la confiance; il sait qu'il n'est pas le jouet
de celui qui l'aime. Il a parfaitement conscience d'être le
Fils et personne ne le détournera de cette certitude.
Chronique
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Lumière aveuglante
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