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chronique du 8 février 2005
 

Mercredi des Cendres

La vieille dame

... ton Père qui est là... (Matthieu 6, 18)

 

Il y a longtemps que je l'observe. Elle est généralement assise sur un banc public entre les deux bouches de métro de mon lieu de travail. Elle attend ... ou bien, si elle en a besoin, elle quête en présentant une petite boîte rectangulaire pour qu'on y dépose notre don. D'abord je ne la vois pas, je suis trop pressé par mes courses. Puis, un jour, je croise furtivement son regard. Je suis mal à l'aise et je ne lui donne rien comme à la plupart des itinérants de la rue. Enfin, un peu plus tard, je m'approche et j'ose glisser quelques pièces de monnaie dans sa boîte. Son sourire et ses yeux brillants me remercient chaleureusement. Mon cœur bat un peu plus fort. Je reconnais mon père qui est là. Il me sourit et me remercie du regard. Ses yeux sont brillants.

LIEN : Notre Père du ciel n'est pas un Dieu aveugle, il voit tout ce que l'on fait dans l'humilité et il sait nous le rendre ... souvent plus vite qu'on ne le pensait.

 

* * * * *

Le devoir du pommier

     Il était une fois un pommier qui se sentait peu apprécié. Les gens venaient prendre de ses fruits sans même lui dire un mot de gratitude. Un jour, un prêtre vient s'asseoir à l'ombre de l'arbre pour se reposer. Le pommier saisit donc cette chance de lui faire entendre ses doléances. « Je suis, comme vous pouvez le constater, un pommier. Les gens, jeunes et vieux, viennent et prennent de mes fruits sans même me dire un seul merci pour tous les efforts que je fais pour les produire. Comment peuvent-ils être si insensibles? »

     Le prêtre réfléchit un instant à la question, puis répond : « Les gens ne sont peut-être pas insensibles, leur manque de gratitude s'explique probablement de différentes manières. Comme ils s'attendent à ce que le soleil brille et que le vent souffle, ils s'attendent aussi à ce que vous produisiez des pommes. Il ne fait aucun doute que produire des pommes est votre devoir » dit le prêtre avec un sourire narquois. (Adaptée de William R. White, Stories for Telling, p. 75)

LIEN : Comme le pommier, nous attendons souvent de la reconnaissance et de la gratitude des personnes qui sont autour de nous. Pourtant, notre Père qui est là voit tout ce que nous réalisons de beau et de grand. La certitude que son regard attentif est constamment sur nous devrait nous combler de paix.

 

* * * * *

Premier dimanche de Carême

La fascination du soupçon

Le serpent dit à la femme: ... Vous ne mourrez pas! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal (Genèse 2, 4-5).

L'histoire se passe pendant la guerre. Un prisonnier est libéré. Sa fiancée va l'attendre à la gare, avec une impatience dont on n'a peut-être plus l'idée aujourd'hui : retrouver son fiancé qui était prisonnier. « Voilà le moment de bonheur de mon existence » se dit-elle. Alors elle se regarde dans une glace. Et, tout à coup, elle se trouve horrible avec ses galoches du temps de guerre, crottées et lourdes. Elle les enlève et les enveloppe dans un journal qui traîne là, n'importe lequel, elle ne regarde même pas de quel journal il s'agit.

     Et son fiancé arrive ... enfin! Cela va être le moment de bonheur tant attendu. Mais voici que la première chose qu'il voit : c'est le journal. Et son visage change. Et dans l'instant, elle se rend compte que pour elle, son fiancé devient autre. C'est comme un coup décisif. Car il ne trouve à lui dire comme premières paroles que cette phrase : « Ah, tu lis le journal de l'ennemi? » Elle qui n'avait même pas vu que c'était le journal de l'ennemi! Elle ne répond rien, elle n'explique rien, elle ne se défend pas. Comment son fiancé a-t-il donc pu douter d'elle?

LIEN: Que s'est-il passé dans l'histoire d'Adam et Ève (1ère lecture). Le récit du fruit défendu nous dit sous une forme imagée, simple mais d'une profondeur extraordinaire ce qu'est le drame du soupçon. Dieu avait laissé à Adam et Ève l'usage de tous les fruits du paradis, à l'exception de ceux de l'Arbre du bien et du mal. Alors survient le serpent. Et la femme vit que le fruit de l'arbre était bon à manger. Et vous savez la suite.

     Où se situe la faute? Très précisément au moment où Ève s'ouvre à la fascination du doute, à l'instant où elle a commencé à soupçonner l'autre d'une arrière-pensée ou d'une arrière-intention. « Ah, tu lis le journal de l'ennemi? ». La faute n'était pas d'avoir entendu le serpent, ni même d'avoir cueilli le fruit, mais dans le fait d'avoir prêté l'oreille, d'avoir enfin préféré l'hypothèse la plus improbable, la plus affreuse : qu'elle ait pu être le jouet de celui qui l'aimait, de Dieu. Ils ont cessé d'être innocents, au moment où ils ont accepté l'éventualité du doute sur l'autre (B. Bro, Surpris par la certitude, pp. 38-40).

     C'est en ce sens aussi que nous pouvons comprendre la seconde tentation de Jésus : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre (Matthieu 4, 6).

     Nous pouvons dire de cette tentation qu'elle est celle du soupçon : Qui te dit que tu es vraiment fils de Dieu? Exige un signe! Si tu es son fils, que Dieu le prouve! Elle consiste à mettre en doute la protection de Dieu et la confiance qu'on peut lui faire. Jésus refuse de mettre son Dieu à l'épreuve, de le soupçonner. Jésus reste ferme dans la confiance; il sait qu'il n'est pas le jouet de celui qui l'aime. Il a parfaitement conscience d'être le Fils et personne ne le détournera de cette certitude.

 

Chronique précédente :
Lumière aveuglante

 

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