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Les Psaumes

 

David
     
chronique du 28 octobre 2011
 

Heureux l'homme : Psaume 1

Il s’agit d’un psaume composé après l’exil à Babylone, vers 500 avant notre ère. Ce psaume déclare que le bonheur de l’homme repose sur la méditation de la Torah (la Loi). Le contraire entraîne son malheur. La structure est simple. On pourrait l’appeler le psaume des deux voies : la voie du juste, et la voie de l’impie. Le juste est celui qui marche droit, sans hypocrisie. Quant à l’impie, il louvoie dans la vie. Le bonheur étant le but de notre agir, le mot « heureux » éclaire non seulement ce psaume mais tout le psautier.

Heureux l'homme qui ne va pas dans l'assemblée des méchants
qui ne suit pas la voie des égarés,
qui ne s'assied pas à la table des rieurs...

     Mais qu’est-ce que le bonheur? En hébreu, le mot heureux se dit « ashré » et en grec il se dit « makarios », mot que toutes les Bibles françaises traduisent par « heureux » ou « bienheureux ». Dans l'Ancien Testament, surtout dans les psaumes et la littérature sapientielle (Siracide, Proverbes, Qohélet) il y a tout plein de makarismes. Dans le Nouveau Testament, les béatitudes de Jésus sont autant de makarismes aussi : « Heureux les pauvres de cœur », « Heureux les cœurs purs ».

     Au point de départ, il y a un problème de traduction. Même si les évangiles ont été écrits en grec, Jésus n'a peut-être jamais utilisé le mot makarios. Quand il priait en hébreu, il utilisait le mot ashré. Or, l’hébreu a un sens beaucoup plus riche que le grec. Quand on dit de quelqu'un qu'il est heureux, on peut penser à deux aspects : l'état dans lequel il se trouve et la cause de son bonheur.

     Le grec comme le français et l’ensemble des langues vernaculaires indiquent un état. L’hébreu indique la source du bonheur. Le passage d'une langue à une autre a affaibli la portée du mot heureux. Makarios, c'est le terme utilisé par les épicuriens pour désigner un état de bien-être. À la limite, ça peut indiquer un bonheur « à fleur de peau », selon l'expression un peu facile « d'être bien dans sa peau ». C'est le même mot pour exprimer le bonheur d'un petit chien à qui l’on donne la viande du Dr Ballard! Est-ce juste cela que Jésus nous promet, « d'être bien dans sa peau »? Je suis heureux de faire une croisière. Je suis sur le bord d'un lac; il fait beau; je me la coule douce avec une petite bière près de mon hamac! Je suis makarios. Je suis en bonne santé; je viens d'acheter une nouvelle voiture; j'ai décroché un bon travail : je suis makarios. J'ai gagné à la loto, je suis makarissimos!

     Ashré  nous oriente sur une autre piste. Selon son étymologie, ashré signifie quelque chose qui est « droit ». Même en hébreu moderne, pour dire à quelqu'un d'aller tout droit, on utilise la même racine : Lakh iashar! Parmi les mots de la même famille, on rencontre Ashéra, la déesse de la fertilité, dans le panthéon cananéen. Dans les temples dédiés à Ashéra, on érigeait un pieu sacré au sommet duquel était fixée la déesse. Juges 6,25 évoque justement ces fameux pieux sacrés contre lesquels se sont insurgés les juges et les prophètes.

     Le bonheur, au sens hébraïque, prend sa source dans une vie droite. Il ne s'agit pas d'un vague bonheur épidermique, mais d'un bonheur qui découle d'une rectitude de vie. André Chouraqui, traduit « heureux » par « En avant »  c'est-à-dire continue à marcher droit malgré les épreuves de la vie.

     Le bonheur n'est pas le fruit du hasard. Ce n'est pas un coup de chance. Le bonheur n'est pas lié aux astres ni aux signes du zodiaque. Le bonheur n'est pas d'abord lié aux talents ni à la condition sociale. Sur ce point, la psychologie rejoint la Bible, dans le sens que chacun est un peu maître de son bonheur. Ne dit-on pas parfois que l'on fait son propre bonheur.

Commentaire du psaume

L’homme juste (définition négative) : celui qui ne se tient pas avec les ricaneurs. Les « railleurs » selon Chouraqui. La raillerie est pire qu’un poison de vipère.

L’homme juste (définition positive) : celui qui s’adonne constamment et joyeusement à l’étude de la Torah… expression de la volonté de Dieu. Celui qui ne s’alimente pas seulement au TV Hebdo,  aux lignes ouvertes, ou aux romans Arlequin.

Le juste est comparé à un arbre qui produit des fruits. Une image commune au Moyen Orient. « On jugera un arbre à ses fruits. » On jugera un homme à ce qu’il fait et non à ce qu’il dit, encore moins à ce qu’il promet.

Le méchant est comparé à la bale chassé par le vent. Cette image vient du gros chardon qui roule sur le sol quand il se dessèche (le gal-gal).

Le méchant est … léger. Il n’a pas de poids. Il est inutile, vide et creux.

Les deux voies proposées renvoient à une manière de vivre. La justice, ce n’est pas un mot, c’est un comportement. C’est le « fais-cela et tu vivras ».

La voie du juste par rapport à celle du méchant peut se comparer aussi à un chemin de lumière par opposition à un chemin de ténèbres. Ce sont des chemins incompatibles. Le juste va réussir; il va prospérer. Le méchant va se perdre. Il retournera au néant.

     Le livre de Job va ébranler ce schéma peut-être trop simpliste, car on y voit un homme qui vit bien mais qui subit toutes sortes de tribulations. Ce livre avec sa réflexion sur le problème du mal bouscule le schéma de ce psaume. Il ne faut donc pas tomber dans une interprétation dualiste de ce psaume. En résumé : pour vivre heureux, il importe de marcher droit.

Gérard Blais

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Hymne au Christ : Philippiens 2, 6-11