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Garder espoir — AT 43

Paul-André DurocherPaul-André Durocher | 26 février 2024

Référence biblique : Habaquq 3, 2-4.13.15-18
Liturgie des Heures : II Vendredi — Laudes

2 Seigneur, j’ai entendu parler de toi ;
devant ton œuvre, Seigneur, j’ai craint!
Dans le cours des années, fais-la revivre,
dans le cours des années, fais-la connaître!

Quand tu frémis de colère,
souviens-toi d’avoir pitié.
***

3 Dieu vient de Téman,
et le saint, du Mont de Paran ;
sa majesté couvre les cieux,
sa gloire emplit la terre.

4 Son éclat est pareil à la lumière ;
deux rayons sortent de ses mains :
là se tient cachée sa puissance.

13 Tu es sorti pour sauver ton peuple,
pour sauver ton messie.

15 Tu as foulé, de tes chevaux, la mer
et le remous des eaux profondes.
***

16 J’ai entendu et mes entrailles ont frémi ;
à cette voix, mes lèvres tremblent,
la carie pénètre mes os.

Et moi je frémis d’être là,
d’attendre en silence le jour d’angoisse
qui se lèvera sur le peuple dressé contre nous.

17 Le figuier n’a pas fleuri ;
pas de récolte dans les vignes.
Le fruit de l’olivier a déçu ;
dans les champs, plus de nourriture.
L’enclos s’est vidé de ses brebis,
et l’étable, de son bétail.

18 Et moi, je bondis de joie dans le Seigneur,
j’exulte en Dieu, mon Sauveur!
Le Seigneur mon Dieu est ma force ;
il me donne l’agilité du chamois,
il me fait marcher dans les hauteurs.

Sens original. Dans les deux premiers chapitres de son livret, le prophète Habaquq plaint la détresse d’Israël, soumis à la puissance écrasante de l’empire babylonien et réduit à l’exil. Dieu répond en invitant Habaquq à la persévérance : « Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité. » (Hab 2,4)

Son livre — très bref — conclut avec un troisième chapitre, un psaume qui se divise en trois parties (indiquées par des astérisques ci-dessus) : une invocation à Dieu pour qu’il intervienne ; la description d’une théophanie qui évoque la puissance divine ; l’affirmation de l’espérance inébranlable du prophète. Le Cantique 43 de la Liturgie des heures reprend de larges extraits de ce psaume.

Dans un premier temps, le prophète s’adresse directement à Dieu, lui rappelant les merveilles accomplies autrefois, lui demandant qu’elles soient renouvelées dans la situation dramatique du présent. Il compte sur la miséricorde de Dieu.

Dans un deuxième temps, le prophète s’adresse à son auditoire pour lui rappeler comment Dieu a manifesté sa puissance dans le passé. Des images mythologiques se mêlent à des souvenirs historiques. (Notons que notre cantique liturgique ne retient que quelques versets de ce passage.) Il nous est difficile aujourd’hui de situer Téman et le mont de Paran, mais, ailleurs dans la Bible, ces lieux sont liés au mont Sinaï où le Seigneur s’est révélé à Moïse dans une éblouissante manifestation de sa puissance. Cette évocation de l’Exode et de l’Alliance est renforcée par le verset 15 qui décrit la domination du Seigneur sur les eaux profondes, rappelant la traversée de la mer Rouge.

Enfin, dans un troisième temps, le prophète affirme son espérance en Dieu et sa fidélité dans l’épreuve. Il sait que la puissance de Dieu est terrifiante et il la craint, mais il attend que cette même puissance se tourne contre ses ennemis pour le libérer et lui ouvrir un avenir. Même au cœur de la désolation du moment présent — « pas de récolte dans les vignes… l’enclos s’est vidé de son bétail » — il attend patiemment le jour de la victoire de Dieu. Déjà, il s’en réjouit et il exulte en Dieu, son Sauveur et sa force.

À la lumière des Évangiles. Dans le quatrième chapitre de sa lettre aux Romains, saint Paul décrit la fidélité exemplaire du patriarche Abraham. Il rappelle comment Abraham, malgré son grand âge et l’infertilité de son épouse Sarah, crut en la promesse de Dieu de susciter pour lui une descendance nombreuse. « Espérant contre toute espérance, il a cru […] Devant la promesse de Dieu, il n’hésita pas, il ne manqua pas de foi, mais il trouva sa force dans sa foi et rendit gloire à Dieu. » (Romains 4,18-19)

De façon semblable, l’auteur de la lettre aux Hébreux invite ses lecteurs et lectrices à persévérer dans la fidélité, alors que tout semble voué à l’échec. De même, l’auteur du livre de l’Apocalypse loue la fidélité de ceux et celles qui ont accepté le martyr et les donne en exemple pour les communautés qui seraient tentées d’abandonner face à la persécution.

Nous voyons ainsi que les sentiments de Habaquq trouvent de nombreux échos chez les auteurs du Nouveau Testament. Il ne faudrait pas s’en surprendre, étant donné que le témoignage le plus radical d’une telle fidélité nous est donné par Jésus lui-même. Face à la mort qu’il voit venir, il n’abandonne pas. Il célèbre un dernier repas pascal avec ses disciples pour leur faire comprendre que sa mort sera un acte d’amour salvifique. Dans son agonie, même s’il est tenté de s’esquiver, Jésus embrasse le plan du Père et accepte de passer par cette horrible épreuve. Sur la croix, il fait preuve d’un courage et d’une fidélité inouïe, se confiant au Père juste avant de mourir : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » (Luc 23,46)

Dans ma vie. Mes premières années d’engagement dans l’Église durant mon adolescence se sont avérées une merveilleuse aventure. Ma paroisse était vivante, pleine de jeunes familles, animée par des prêtres engagés qui collaboraient avec les laïcs dans un esprit de coresponsabilité dynamique. Les mouvements d’Église comme le Cursillo, Développement et Paix et le Renouveau charismatique créaient un élan irrésistible où de nombreux jeunes et adultes cheminaient joyeusement dans la foi. Les défis financiers se relevaient en un coup de main, la générosité des gens permettait de lancer de nouveaux projets créatifs et innovateurs.

On dirait que, depuis cette époque, l’Église s’est un peu essoufflée, tout comme le monde qui l’entoure. Tant de gens s’en sont éloignés, des prêtres dynamiques ont abandonné, des communautés ont vieilli. La crise des abus sexuels cléricaux a ébranlé les assises, la méfiance s’est installée, la sécularisation grandissante de la société a sapé les énergies. Aujourd’hui, il me semble que l’aventure a perdu beaucoup de son lustre. Comment dans ce contexte garder vive mon espérance, nourrir mon engagement et ranimer mon enthousiasme ? Peut-être le cantique d’Habaquq peut-il inspirer ma prière, me rappeler l’importance de la fidélité et de l’espérance en ces moments où je risque de me décourager. Avec le prophète, je peux me remémorer les merveilles que Dieu a déjà réalisées et méditer ses promesses. Peut-être suis-je obligé de traverser un Vendredi saint, mais avec Jésus je peux espérer Pâques.

Dans le plan de Dieu. On aimerait bien pouvoir comprendre le plan de Dieu pour nous, pour l’Église et pour le monde. Pourquoi les gens doivent-ils subir de grandes épreuves dans leurs vies ? Pourquoi des populations se retrouvent-elles victimes de cataclysmes naturels et de guerres dévastatrices ? Pourquoi le monde doit-il osciller entre des époques pleines de promesses et d’autres, semées d’anxiété ? Sachons que ce n’est pas Dieu qui manipule ainsi l’histoire. Croyons plutôt qu’il nous y accompagne et nous soutient. Son silence est peut-être la discrétion nécessaire pour que nous prenions notre responsabilité et devenions pleinement adultes. Dans l’épreuve, il nous accompagne et nous donne la force de son Esprit, source de fidélité, de persévérance et d’espérance.

Justement, dans sa lettre aux Galates, Paul nous rappelle certains fruits de l’Esprit parmi lesquels il souligne la paix, la patience, la fidélité et la maîtrise de soi (5,21). Ouvrons notre cœur à cet Esprit, le même qui habitait Habaquq dans sa grande détresse. Avec lui, nous pourrons chanter, malgré tout : « Je bondis de joie dans le Seigneur, j’exulte en Dieu, mon Sauveur ! »

Mgr Paul-André Durocher est archevêque de Gatineau (Québec).

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Trésors de la prière juive et chrétienne, les psaumes n'en demeurent pas moins des textes qui demandent parfois d'être apprivoisés. Cette chronique propose une initiation aux psaumes et à la prière avec les psaumes.