Les Très Riches Heures du duc de Berry, folio 66v.
Psaume 37 (Vulgate). Musée Condé, Chantilly (Wikimedia).

Un soupçon d’espérance au cœur de la détresse : le Psaume 38 (37)

Jean GrouJean Grou | 26 janvier 2026

Lire le psaume (version liturgique)

Le Psaume 38 (37) compte parmi les rares du psautier à figurer nulle part dans le lectionnaire de l’Église catholique. C’est peut-être en raison de son ton passablement sombre, qui laisse à peine poindre une lueur d’espoir. Mérite-t-il pour autant d’être laissé de côté pour la prière? Probablement pas, s’il a trouvé place dans le paysage des écrits inspirés. Alors, voyons de plus près.

Ce psaume consiste essentiellement en une complainte d’une personne sérieusement éprouvée par la vie. Le motif est vraisemblablement une grave maladie qui mène la personne au bord du désespoir. Les conséquences psychologiques et sociales sont clairement dépeintes : l’entourage du psalmiste le tient à l’écart et des inconnus cherchent même à l’accabler encore davantage (v. 12-13). Pourquoi de tels malheurs?

Même Dieu s’acharne!

Ce qui est particulièrement troublant ici, c’est que même Dieu semble s’acharner sur le psalmiste. Celui-ci, en effet, déclare, en s’adressant au Seigneur : « Tes flèches m’ont frappé, ta main s’est abattue sur moi. » (v. 3) Il faut se rappeler ici qu’à l’époque et dans ce contexte socioreligieux, on considère que tout ce qui nous arrive est d’origine divine. Ainsi, la maladie est généralement vue comme une sorte de punition en conséquence d’une faute. Cette logique sera cependant remise en question dans d’autres écrits bibliques, notamment dans le récit de l’aveugle-né de l’Évangile selon saint Jean. À ses disciples qui lui demandent si son péché ou celui de ses parents est la cause de la cécité de l’homme, Jésus répond qu’il n’en est rien (Jean 9,1-3).

Châtiment mérité

Quoi qu’il en soit, au cœur de son désarroi, le psalmiste ose néanmoins s’en remettre à la bonté divine, implorant Dieu de ne pas s’attarder à son cas. Contrairement à Job – le juste sur lequel le malheur s’est abattu –, il ne conteste pas le fait qu’il mérite ce qu’il éprouve : « Oui, mes péchés me submergent, leur poids trop pesant m’écrase. Mes plaies sont puanteur et pourriture : c’est là le prix de ma folie. » (v. 5-6) De quelle « folie » s’agit-il? On n’en sait rien. Mais c’est sans doute une faute assez grave pour qu’il évite de remettre son sort en question.

Comme le serviteur

Ce psaume comporte d’évidents rapprochements avec les chants du serviteur dans le livre d’Isaïe, particulièrement le quatrième (52,13 – 53,12) « Il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme » (Isaïe 52, 14) ; « Rien n’est sain dans ma chair sous ta fureur, rien d’intact en mes os » (Psaume 38, 4). « Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance » (Isaïe 53,3) ; « Ceux qui veulent ma perte me talonnent, ces gens qui cherchent mon malheur » (Psaume 38,13). « Comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche » (Isaïe 53,7) ; « Comme un muet, je n’ouvre pas la bouche, pareil à celui qui n’entend pas, qui n’a pas de réplique à la bouche » (Psaume 38,14-15).

Le quatrième chant du serviteur du livre d’Isaïe et le Psaume 38 (37) sont en fait deux exemples de nombreux passages bibliques où retentit un cri de détresse, de souffrance et d’incompréhension. Mais toujours, il subsiste un soupçon d’espérance en l’indéfectible bonté de Dieu. Comme si les auteurs ne pouvaient se résoudre à penser que l’être humain est condamné à affronter des épreuves sans possibilité de relèvement.

Garder vivante l’espérance

La passion et la résurrection du Christ Jésus révélera définitivement que Dieu n’abandonne pas les humains à la souffrance et à la mort. C’est ce qu’il convient de garder à l’esprit en priant avec le Psaume 38 (37). Son vocabulaire résolument sombre ne doit pas masquer la touche de lumière qui s’en dégage.

D’ailleurs, le Christ, lorsqu’il chantait ou récitait ce psaume – ce qu’il a sans doute fait –, se reconnaissait-il dans l’expérience éprouvante de son auteur? Peut-être bien, dans une certaine mesure, surtout lorsque ses adversaires cherchaient à l’éliminer, quand un de ses compagnons l’a renié, qu’un autre l’a trahi et que tous se sont enfuis : « Amis et compagnons se tiennent à distance, et mes proches, à l’écart de mon mal. Ceux qui veulent ma perte me talonnent. » (v. 12-13)

Enfin, ce psaume est aussi une invitation à nous faire solidaires de toutes les personnes souffrantes sur le plan physique, psychologique ou moral et qui semblent avoir perdu tout repère. Souhaitons-leur de pouvoir trouver la petite lumière qui finit par poindre même au cœur des jours les plus sombres : « C’est toi que j’espère, Seigneur : Seigneur mon Dieu, toi, tu répondras. » (v. 16)

Jean Grou est bibliste et rédacteur en chef de Vie liturgique et Prions en Église.

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Psaumes et cantiques

Trésors de la prière juive et chrétienne, les psaumes n'en demeurent pas moins des textes qui demandent parfois d'être apprivoisés. Cette chronique propose une initiation aux psaumes et à la prière avec les psaumes.