
(Aaron Oommen / Unsplash)
Le Psaume 11 (10), pour nourrir la confiance
Jean Grou | 30 mars 2026
Lire le psaume (version liturgique)
Le Psaume 11 (10) ne figure qu’une seule fois dans le Lectionnaire de l’Église catholique romaine, dans le volume pour les messes en semaine, le samedi de la septième semaine de Pâques. Et encore, on n’en a retenu que trois petits versets. Difficile d’expliquer cette quasi-absence, ce court psaume ayant pourtant de quoi nourrir la prière.
Avertissement!
Ce psaume donne l’impression de surprendre une conversation entre deux amis, l’un cherchant à prévenir l’autre d’un danger imminent. Il commence en fait par la réplique de celui à qui on vient de servir cet avertissement : « Auprès du Seigneur j’ai mon refuge. Comment pouvez-vous me dire : oiseaux, fuyez à la montagne! » (v. 1) Son interlocuteur précise alors la nature du risque : « Voici que les méchants tendent l’arc : ils ajustent leur flèche à la corde pour viser dans l’ombre l’homme au cœur droit. Quand sont ruinées les fondations, que peut faire le juste? » (v. 2-3) L’autre n’est manifestement pas impressionné : « Mais le Seigneur, dans son temple saint, le Seigneur, dans les cieux où il trône, garde les yeux ouverts sur le monde. Il voit, il scrute les hommes ; le Seigneur a scruté le juste et le méchant : l’ami de la violence, il le hait. » (v. 4-5) Les deux versets suivants continuent sur cette lancée.
Une confiance inébranlable
Ce psaume dépeint en fait le portrait de la personne qui, au cœur des tourments, garde une confiance inébranlable en Dieu. Celui-ci, en effet, est son « refuge » (v. 2), il est présent « dans son temple saint » (v. 4) et est attentif au sort des humains (v. 4). Il porte un regard lucide sur les agissements de tout un chacun (v. 5) et est toujours prêt à intervenir pour repousser « les méchants » (v. 6). Le mot de la fin récapitule les motifs énumérés jusqu’ici : « Vraiment, le Seigneur est juste ; il aime toute justice : les hommes droits le verront face à face. » (v. 7)
Une mise en garde
Au-delà de la situation particulière qui a pu l’inspirer, ce psaume consiste, pour ainsi dire, en une mise en garde. Il proclame en effet que le plus grave « danger » serait de nous imaginer que Dieu est indifférent à nos malheurs et de nous réfugier dans des sécurités illusoires. La vie ne nous épargne pas d’épreuves et de souffrance ; la tentation est forte de baisser les bras et de tomber dans le cynisme ou de chercher à nous esquiver. Le Psaume 11 (10) est un appel à la persévérance et à la résilience, un antidote à la résignation.
Appel à l’action
Cela dit, aborder ce psaume au sens premier, littéral, conduit rapidement à une impasse. En effet, comment admettre que le Seigneur hait « l’ami de la violence » (v. 5) alors qu’« il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons » (Matthieu 5,45)? Est-il raisonnable d’espérer que Dieu « fera pleuvoir ses fléaux sur les méchants » (Psaume 11,6)? Si c’était le cas, les dictateurs et chefs d’États autoritaires auraient depuis longtemps disparu de la planète et ce n’est malheureusement pas le cas…
L’idéal pour aborder ce psaume (comme bien d’autres d’ailleurs) est sans doute de se livrer à un petit exercice de transposition. Il s’agit de voir ceux qu’il désigne par les expressions « l’ami de la violence » (v. 5) et « les méchants » non pas comme des personnes que nous voudrions éliminer mais comme les manifestations du mal, les systèmes d’exploitation et de domination qui règnent en notre monde.
De plus, il faut garder à l’esprit que pour faire justice, Dieu ne veut pas agir seul. Il désire faire équipe avec les hommes et les femmes qui entendent ses appels à lutter contre tout ce qui contribue à bafouer la dignité humaine ou risque de rendre notre planète de moins en moins accueillante. Prier le Psaume 11 (10), c’est nous rappeler que le Seigneur nous fait confiance pour lutter à ses côtés contre le mal, afin que la justice triomphe.
Jean Grou est bibliste et rédacteur en chef de Vie liturgique et Prions en Église.
