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Récitatif biblique

 

récitatif
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chronique du 18 septembre 2017

 

« Avant que souffle le jour et que s’enfuient les ombres, j’irai vers moi » (Ct 4,6)

récitante

« Lève-toi ma compagne, ma belle, et va vers toi » (2,10) ; « j’irai vers moi » (4,6).

La pointe de l’île d’Orléans, à Sainte-Pétronille, s’avance fièrement dans le fleuve, libérant une vue imprenable sur Québec et la rive Sud. Claire se rend souvent là pour chanter des récitatifs, surtout le matin, mais aussi lorsque le soleil couchant enflamme la Côte-de-Beaupré. Elle aime particulièrement réciter le Cantique des Cantiques, un texte qui entre en résonance profonde avec sa vie et l’appelle constamment : « Avec moi, du Liban, mon épouse, avec moi du Liban, viens! » (Ct 4,8). Le vent transporte vers le large la voix du bien-aimé (2,8) et la plainte de la bien-aimée : « Sur ma couche dans mes nuits, j’ai cherché celui qu’aime mon être. Je l’ai cherché, mais ne l’ai pas trouvé. » (3,1) Les grandes eaux du fleuve accueillent le ruissellement des « fontaines de jardins » et des « puits d’eaux vives » qui descendent du Liban (4,15). La beauté du paysage fait écho à la beauté de la bien-aimée.

L’endroit est propice à la flânerie. Des bancs invitent marcheurs et cyclistes à s’arrêter un instant et à contempler. Ils tombent parfois sur Claire et sa présence les intrigue. Que fait donc cette dame qui chante tout en s’accompagnant de gestes? Certains prêtent l’oreille aux mots que leur porte la brise.

« C’est beau ce que vous faites! Qu’est-ce que c’est? » C’est souvent ainsi que s’engage la conversation. Les gens goûtent la poésie du texte, la grâce des gestes de Claire. Elle leur parle du récitatif biblique et, bien sûr, du Cantique des Cantiques. Certains s’étonnent de découvrir que c’est un texte de la Bible. « Il y a des textes comme cela dans la Bible? » Ainsi, laissé libre de parler par lui-même, sans passer par le possible filtre de vieux préjugés, le texte touche, déclenche une émotion.

Un cycliste d’une trentaine d’années écoute attentivement, assis sur un banc, les yeux fermés, recueilli. Visiblement, quelque chose le rejoint. Puis il se lève, incline légèrement le buste en joignant les mains et murmure « merci, merci beaucoup ». Il repart avec, qui sait, la trace d’une parole à conserver.

Certains observent Claire quelques fois avant de se risquer à l’aborder.

Parfois, la conversation s’enclenche si bien qu’elle dure et entre dans une autre profondeur, comme avec ces deux femmes qui se sont attardées un bon moment. L’une d’elles a même souhaité faire l’expérience du récitatif biblique et elle s’est jointe pour un certain temps au groupe que Claire anime toutes les semaines.

Il arrive que des confidences s’échangent, que les questions deviennent plus personnelles. Car on perçoit bien que la Parole et la beauté, unies si intimement à une vie humaine, ne peuvent faire autrement que la travailler.

Claire accueille ces rencontres comme des cadeaux du ciel. Elle n’a préparé aucun « plan » d’évangélisation et ne nourrit aucune ambition de prosélytisme. Simplement, la Parole chante en elle et elle se donne la liberté de se laisser conduire par elle. « Je suis un troubadour de la Parole » dit-elle. La Parole appelle, Claire répond. Le reste ne lui appartient pas!

Anne-Marie Chapleau

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