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Récitatif biblique

 

récitatif
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chronique du 22 janvier 2018

 

Une rencontre inattendue qui se perpétue

En ce début d’année, j’ai envie de faire mémoire d’un évènement important dans ma vie de foi, évènement qui a eu lieu alors que j’apprenais mes premiers récitatifs bibliques. Un moment inoubliable et qui éveille encore en moi autant de joie et de reconnaissance.

À l’époque (il y a presque 25 ans déjà), je cherchais à faire plus de place à ma relation à Dieu, je désirais de toutes mes forces le rencontrer et vivre une intimité plus grande avec Lui, alors je faisais plein de choses pour m’approcher de Lui et mériter l’amour dont j’avais tant besoin, mais sans grand succès.

Et un jour tout a basculé! Dans les débuts, lorsque j’ai vu le récitatif du récit de Noël dans Luc 2,8-14, j’ai été touchée par le dernier verset, et particulièrement par le geste accompagnant le dernier mot du texte :

« Gloire dans les hauteurs à Dieu et que sur terre soit la paix
parmi les hommes de sa bienveillance. » [1] 

Comme si j’entendais ces mots pour la première fois. Plus encore, comme si quelque chose de nouveau, d’inattendu arrivait à mes oreilles et voulait poursuivre sa route jusqu’au plus profond de moi. C’était inhabituel d’être touchée par un geste tout simple et de le laisser entrer en moi comme une Parole importante à digérer… dans mon corps. J’ai dû apprivoiser ce mot, ce geste, pour écouter, découvrir et accueillir tout ce qu’il éveillait en moi.

En mémorisant les mots, la différence était d’entendre que les hommes étaient l’objet de la bienveillance de Dieu, que son amour était donné à tout humain, que le mérite et la bonne volonté n’avaient rien à voir avec l’amour de Dieu pour moi. Pour celle qui cherchait à tout faire pour être aimée de Lui, qui croyait qu’elle devait gagner son amour, voilà un message nouveau et déroutant. Malgré cette nouvelle compréhension, la première question qui a surgi fut : Que dois-je faire? Eh oui, on ne se transforme pas instantanément parce qu’on comprend quelque chose de neuf. Toutefois, il semblait bien, à force de revisiter cette histoire de bergers, qu’il n’y avait vraiment rien de spécial à faire pour mériter cet amour sinon, comme les bergers, faire son travail au quotidien, être aux aguets, ouverte à ce que la vie apporte et accueillir ce qu’elle donne. Ouais, plus facile à dire qu’à faire puisque je me débattais sans cesse avec ma question : «  Que dois-je faire ? »

C’est en apprenant les gestes que j’ai pu faire un pas de plus. Pour moi, qui n’étais pas si à l’aise avec mon corps, apprendre les gestes était un défi. Ce geste de bienveillance, tout simple à faire, était très inhabituel. Alors que dans le geste qui précède nos deux bras sont grands ouverts pour dire « parmi les hommes », nos deux mains, très éloignées l’une de l’autre, doivent venir se rejoindre lentement au centre du corps, au niveau du cœur, pour se toucher. Dans ce geste tout simple, les deux paumes (signe de notre intimité en récitatif) se rencontrent doucement. Les paumes se touchent, non pas les doigts pointés vers le ciel comme dans une prière, mais en croix pour pouvoir se serrer l’une contre l’autre avec délicatesse.

mains

Ce moment était chaque fois unique, j’étais surprise par la douceur de ce contact entre mes paumes. Comme si Dieu s’approchait lentement pour ne pas m’effrayer et, doucement pour me dire je veux être avec toi. Mais je réalisais qu’on peut se toucher sans se laisser toucher…

Cependant, avec le temps,  la Parole faisait son chemin en moi…  Comme tout processus de mémorisation comporte de la répétition,  durant l’apprentissage, chaque fois que je refaisais le geste, chaque fois que mes paumes se touchaient, j’étais émue, comme si je le sentais venir vers moi sans que j’aie d’effort à faire, rien à faire d’autre que d’être là, telle que je suis avec ma paume ouverte pour l’accueillir, le recevoir et le rencontrer.

Par contre il y avait toujours cette barrière invisible, cette partie de moi qui se demandait encore et encore s’il n’y avait quelque chose à faire… J’avais beau me dire qu’il n’y avait rien à faire, mais c’était plus fort que moi, je désirais tellement faire plus pour le rencontrer. Puis à un moment la barrière a cédé, sans que je sache comment, je me suis finalement laissée toucher et j’ai ressenti, au plus intime de moi, sa présence aimante, sa tendresse bienveillante à mon égard; mon désir était comblé, je me sentais pleine de lui.

Enfin je le rencontrais dans une intimité qui dépassait toutes mes attentes, sa présence faisait naître en moi la joie d’être là, d’être moi et je pouvais goûter la paix qui envahissait tout mon être en le sentant si proche de moi. Il était venu habiter chez moi. Mon corps le ressentait, mon esprit le savait et mon cœur vibrait. Ce jour-là, j’ai été sauvée du faire pour… Personne ne pourra m’enlever cette expérience.

Toutefois la vie bouscule et j’ai oublié de  « rester là ». Puis est venu le vide de l’absence que, bien sûr, j’ai cherché à combler en faisant… Je suis vite retombée dans mes vieilles habitudes, on ne s’en débarrasse  pas si facilement. Heureusement chaque année il y a  Noël et cette Parole, cette bonne nouvelle qui nous est redonnée et qui réveille cette expérience dont mon corps tout entier se souvient et qui me rappelle chaque fois que je n’ai pas à chercher à faire, mais à être là telle que je suis pour recevoir celui qui se donne sans retenue pour me libérer de l’esclavage du faire.  Alors, je refais ce récitatif,  je retourne à ce geste tout simple qui m’enseigne la présence au lieu de l’absence, et je reste là… avec mon désir de Lui et il me sauve à nouveau, car il m’aime telle que je suis, même quand je m’absente pour le chercher…

Merci Seigneur pour ta bienveillance à mon égard et j’ose te demander, en cette année qui commence, que chaque femme et chaque homme de la terre découvrent et goûtent à ta Présence amoureuse pour que remplis de cet amour nous puissions le partager et enfin vivre dans la paix pour la gloire de ton Nom.

[1] Traduction récitatif biblique de Marcel Jousse.

Hélène Dufresne-Loyer

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La meilleure part ne lui sera pas enlevée…