maison bâtie sur le roc

(photo : leekris / 123RF)

La maison bâtie sur la pierre : un regard synoptique

AuteurAuteurHélène Pinard et Hélène Boudreau | 29 octobre 2018

Dans l’approche intégrative des récitatifs bibliques, il est parfois révélateur de poser un regard synoptique sur une péricope. Chaque évangéliste développe un point de vue qui tient compte des préoccupations de ses destinataires. En comparant les textes, on arrive ainsi à saisir des particularités et à approfondir le message spécifique que Matthieu, Marc, Luc ou Jean ont voulu laisser à leurs communautés.

Voyons l’exemple du récitatif des deux maisons en Matthieu 7,24-27 et Luc 6,47-49. Cette péricope se situe à des moments semblables dans les Évangiles de Matthieu et de Luc. Elle conclut un discours initial majeur : sur la montagne en Matthieu, (chapitres 5 à 7) et sur un plateau en Luc (6,17-49).

regard synoptique

Prenez le temps de chercher les différences entre ces deux textes avant d’aller plus loin. Ce qui suit contextualise trois de ces différences.

On est dans deux mondes différents. Matthieu s’adresse à une communauté d’origine juive de Palestine alors que l’auditoire de Luc est plutôt de tradition grecque. Ceci explique les différences dans la construction des maisons. En Palestine, on construit sur le roc : nul besoin de fondations. Les jours d’orage, des torrents [1] se forment et peuvent emporter une maison bâtie sur le sable (Mt 7,27). « Luc adapte au monde grec le tableau palestinien de Matthieu... Il vise un pays où il faut creuser profond pour jeter les fondations, où les rivières sont permanentes et ne menacent les maisons que par leurs crues [2] ».

Une deuxième différence, qui peut paraître anodine dans un premier temps, est l’article devant le mot maison. Remarquez le glissement de sens entre : bâtir SA maison  et  bâtir UNE maison.  En Matthieu, l’homme construit SA maison (sa vie). Luc parle d’un homme qui bâtit UNE maison. Dans le contexte enseigneur-disciples de Luc (voir ci-dessous), on peut comprendre qu’il prend en compte la communauté chrétienne qui s’organise autour d’un enseigneur, d’un transmetteur. En effet le mot grec oikos (maison – maisonnée) peut prendre une signification plus ou moins large selon le contexte.

Une autre différence relève de l’intention de chaque auteur. Matthieu situe son texte en vue du jugement dernier. La comparaison est pour le futur : « à quoi sera-t-il comparable? » Il faut être avisé, sage, faire les bons choix durant sa vie afin d’avoir part au banquet final. La TOB commence la péricope avec l’adverbe : « AINSI, tout homme qui entend…. »  Il est donc important de vérifier ce que Matthieu dit juste avant. En parlant des disciples, il explique : « beaucoup me diront en ce jour-là (v. 23)  …   Ainsi tout homme qui entend et met en pratique SERA comparable…. à un homme qui A BÂTI (v. 24). » En ce jour-là est une expression qui renvoie au jour du Seigneur, au jugement final. L’action ou les choix faits au cours de la vie auront une conséquence finale. Ainsi, mettre en pratique les paroles de Jésus équivaut à réussir sa vie.

Luc, quant à lui, situe son texte dans le présent. La parabole des deux maisons fait partie d’une parabole plus large, en huit images (v 39 : « il leur dit encore une parabole »). Celle-ci concerne le lien entre un maître-enseigneur (didaskalos) et ses disciples (v. 40).  Les verbes, au présent, invitent à voir le résultat de situations concrètes:

 « Un aveugle peut-il guider un aveugle? Ne vont-ils pas tous deux, tomber dans un trou?...  De ton œil retire d’abord la poutre et alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l’œil de ton frère. Car il n’y a pas de bel arbre qui fasse un fruit pourri… car chaque arbre se connaît à son propre fruit…  pas de figue sur des épines, pas de raisin sur un buisson… un homme … a creusé, approfondi et a posé un fondement sur la pierre… le torrent s’est jeté sur cette maison et n’était pas assez fort pour l’ébranler » (Lc 6,39-49).

Le Jésus de Luc propose une lecture de la réalité. Il invite à regarder autour de soi et à voir ce qui se passe. Il ne vient pas juger. Il donne des exemples pour faire observer les résultats produits par diverses situations. On peut faire le lien avec l’impact de l’agir d’un maître-enseigneur sur ses disciples. « Une fois formé, chacun sera comme son maître-enseigneur » (Lc 6,40). Cette personne a une influence certaine sur la maison-communauté (oikos) qui lui est confiée.

Pour aller plus loin : vous pouvez essayer de faire le même exercice à partir du texte de la brebis perdue (Lc 15,4-7) ou égarée (Mt 18,12-14). Bonnes découvertes!

Hélène Pinard et Hélène Boudreau sont transmetteures pour l’Association canadienne du récitatif biblique.

[1] Matthieu 7, 25 : note de la TOB, édition de 1973.
[2] Luc 6, 48 : note de la TOB, édition de 1973.

Jousse

Récitatif biblique

L'Association canadienne du récitatif biblique propose une chronique mensuelle pour comprendre la discipline spirituelle qui rassemble ses membres. Axée sur la Parole et sur son effet sur l'ensemble de la personne, le récitatif biblique est une forme de méditation où tous les sens sont sollicités.