
La femme adultère. Illustration réalisée dans le cadre de la Semaine de la Parole (image © Nouha, 2026).
Recevoir l’Évangile en plein cœur

Anne-Marie Chapleau et Francine Vincent | 9 mars 2026
Nos oreilles écoutent parfois distraitement les textes devenus trop familiers, comme celui de la femme adultère (Jean 8,1-11). Les mots usés peuvent glisser sur nous sans laisser d’empreinte. Mais là, non. Comme le dit une participante à la session de récitatif biblique offerte en deux rencontres durant la Semaine de la Parole 2026, « L’Évangile était devenu vivant, c’est comme si je voyais Jésus avec tous ces gens et la femme qu’il veut sauver [1] ».
Moi, la femme au milieu
Plusieurs d’entre nous ont senti une connexion s’établir avec la femme adultère. Nous nous avons tous connu des moments de vulnérabilité, éprouvé la douleur des pierres de blâmes ou de reproches qui nous ont été jetées, ressenti la honte ou la culpabilité. Alors, « la tendresse dans l’attitude de Jésus envers la femme » devient la tendresse qu’il manifeste envers nous, envers moi. Nous l’avons ressentie dans les gestes du récitatif. Jésus se baisse par deux fois, demeure longtemps silencieux. « Il sauve sans paroles ! » Là, au ras du sol, il écrit « avec beaucoup de liberté ». « Il s’est groundé, lui le Verbe matérialisé ». Oui, le Verbe fait chair (Jean 1,14) nous rejoint dans notre matérialité la plus concrète. Dans une situation d’urgence pleine de périls, il prend son temps. Il donne du temps. « Il rejoint la femme là où elle est », au milieu, comme une pièce à conviction. Le texte ne dit jamais qu’elle est au sol [2], mais on la sent émotivement, psychologiquement et spirituellement écroulée. C’est bien là que Jésus la rejoint et nous rejoint aussi, quand nous osons lui exposer nos failles les plus profondes.
En reprenant « les gestes brusques des scribes et des pharisiens » — femme amenée sans ménagement devant Jésus, doigt accusateur pointé vers celui-ci — nous avons été transpercés par leur mépris. Ils n’ont pas daigné dire un mot à la femme ; Jésus, au contraire, lui adresse la parole. Pas de blâme ni de jugement dans sa bouche, mais deux questions qui la font advenir comme sujet de la parole : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée? » (v. 10).
Un geste fort
« Ne pèche plus », dit Jésus (v. 11). Nos deux mains se déplacent tout d’abord vers notre côté le moins favorable, puis viennent se poser sur notre ventre. Nous prenons un temps de pause sur chaque geste [3]. Nous devenons tout à coup celle ou celui qui, empruntant un chemin de traverse, avait marché loin de son centre, s’était égaré, avait erré sur un chemin de mort. Puis nous renaissons par la grâce miséricordieuse de Jésus qui nous réintègre dans notre pleine dignité et nous invite à repartir sur des chemins neufs : « va » ! La peinture qui accompagne ce texte, réalisée par une participante, l’exprime bien.
Moi, le scribe et le pharisien
Jésus a pris soin de la femme d’une manière admirable, mais aussi de ses accusateurs, les scribes et les pharisiens. Leur expérience rejoint la nôtre. Au petit scribe et au petit pharisien qui habitent parfois en nous, Jésus laisse le temps de la réflexion, puis accorde le don de sa parole plus tranchante que le glaive (Hébreux 4,12). Celle-ci redirige notre regard vers ce qui grouille et s’agite dans nos recoins intérieurs les plus sombres. « J’ai été impressionnée par le geste des plus vieux ». Ici, nous nous sommes courbés vers la gauche, comme si nous étions appuyés sur une canne. Le poids de nos propres fautes peut être lourd et nous faire nous éloigner un moment. Mais ce n’est que le premier temps d’un cheminement. « J’ai senti dans les gestes que la femme s’abandonnait à Jésus ». Oui, et il souhaite que tous les pharisiens du monde viennent eux aussi s’abandonner, un jour, au feu rayonnant de sa lumière.
« MOI JE SUIS [4] la lumière du monde »
Le verset 12b [5] peut, à première vue, sembler sans rapport avec l’épisode de la femme adultère qui vient juste avant. Notre expérience nous a démontré le contraire. Nous aurions tous pu signer ce témoignage : « l’évolution des personnages m’invite à évoluer, soit d’accusatrice vers une attitude sans jugement, soit d’accusée à pardonnée, et c’est la Lumière, la Présence de Jésus qui ‘fait la job’ ». Puissions-nous toutes et tous accueillir dans nos vies cette lumière vivifiante !
Anne-Marie Chapleau, Diocèse de Chicoutimi
Francine Vincent, Diocèse de Saint-Jean–Longueuil
[1] Les bouts de texte entre guillemets indiquent des citations des propos ou des commentaires écrits des personnes qui ont participé à la session de récitatif biblique.
[2] Elle demeure tout le temps debout puisque Jésus doit se redresser pour lui parler (v.10)
[3]
C’est ce que nous appelons un « arrêt sur geste ».
[4]
Dans l’Évangile de Jésus, « MOI JE SUIS » renvoie à l’identité divine de Jésus, le Verbe ou la Parole de Dieu faite chair.
[5]
« MOI JE SUIS la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ! » (Jn 8,12b).
