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chronique du 20 avril 2012
 

Les mille femmes de Salomon
1 Rois 11, 1-3

L'idolâtrie de Salomon

L'idolâtrie de Salomon
Nicolas Vleughels
Esquisse, 30 x 21 cm, circa 1720
Collection privée (Allemagne)

La tradition voit Salomon, le fils de David, comme le plus grand roi d’Israël après son père. C’est lui qui bâtit le Temple, qui agrandit le territoire à des dimensions jamais égalées et qui épouse le plus grand nombre de femmes! En plus de ses femmes juives, il conclut des mariages avec un grand nombre d’étrangères, des Moabites, des Ammonites, des Édomites, des Sidoniennes, des Hittites et même la fille de Pharaon.

Elles étaient originaires des nations dont le Seigneur avait dit aux fils d’Israël : « Vous n’entrerez pas chez elles et elles n’entreront pas chez vous, sans quoi elles détourneraient vos cœurs vers leurs dieux. » C’est justement à ces nations que Salomon s’attacha à cause de ses amours. Il eut sept cents femmes de rang princier et trois cents concubines. (1 Rois 11,2-3)

     La polygamie était acceptée dans le monde biblique. Tous les rois d’Israël vivaient avec beaucoup d’épouses, mais Salomon est le champion, avec ses sept cents femmes et ses trois cents concubines. Imaginez, il pouvait disposer d’une femme différente dans son lit, chaque soir, pendant trois ans, avant de revoir la première!

     Le roi Salomon épousa-t-il réellement autant de femmes? Le nombre 1000 possède une valeur symbolique dans la Bible; il signifie tout simplement une très grande quantité. Ce nombre se veut impressionnant parce que le but de l’auteur est justement de nous émerveiller. Au chapitre précédent, le rédacteur décrit toutes les richesses de ce grand roi. Les femmes font partie de ses richesses. Car pour entretenir autant de femmes, il fallait avoir beaucoup d’argent : elles réclamaient garde-robes, bijoux et… beaucoup de patience!

     Le premier verset de notre récit précise que plusieurs de ces femmes provenaient de nations étrangères. Il s’agissait bien entendu de mariages « politiques », dans le but de faire alliance avec des chefs d’États voisins. C’était la coutume. Mais il n’y avait pas que de bons côtés à vivre avec de nombreuses épouses…

À l’époque de la vieillesse de Salomon, ses femmes détournèrent son cœur vers d’autres dieux; et son cœur ne fut plus intègre à l’égard du Seigneur, son Dieu, contrairement à ce qu’avait été le cœur de David son père.

Salomon suivit Astarté, déesse des Sidoniens, et Milkôm, l’abomination des Ammonites. Salomon fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur et il ne suivit pas pleinement le Seigneur, comme David, son père.

C’est alors que Salomon bâtit sur la montagne qui est en face de Jérusalem un haut lieu pour Kemosh, l’abomination de Moab, et aussi pour Molek, l’abomination des fils d’Ammon. Il en fit autant pour les dieux de toutes ses femmes étrangères : elles offraient de l’encens et des sacrifices à leurs dieux. (1 Rois 11,4-8)

     Salomon n’a donc pas seulement construit le temple du Seigneur à Jérusalem, il éleva des sanctuaires dédiés à d’autres divinités et destinés à ses femmes ainsi qu’aux commerçants étrangers, pour favoriser les bons contacts avec les nations voisines. Cette pratique met en péril la pureté de la foi au vrai Dieu d’Israël. Le problème de Salomon n’est pas vraiment son grand nombre de femmes, mais le fait qu’elles le détournent du seul vrai Dieu.

     On retrouve ici les préoccupations de ceux qui complètent la rédaction de la Bible, au retour de l’exil à Babylone. Quand les Juifs reviennent à Jérusalem et reconstruisent le Temple, il est crucial de fonder l’identité du peuple sur sa foi en YHWH, avec qui il a fait alliance. Le récit des femmes de Salomon est alors raconté pour discréditer les mariages mixtes.

     Les recherches archéologiques ont bien montré que les cultes aux autres divinités de la région étaient bien présents en Israël. La Bible ne cessera pourtant de mettre le peuple en garde contre la pratique de ces cultes contraires à la foi au vrai Dieu. Le meilleur exemple se trouve dans les dix commandements qui interdisent de servir d’autres dieux ou de fabriquer des idoles. Au retour de l’exil, les mariages avec des femmes étrangères sont perçus comme une menace à l’intégrité de la race et de la foi.
À deux reprises dans le texte, Salomon est comparé désavantageusement à son père : David, lui, a toujours été fidèle au Seigneur. On sait pourtant que David n’était pas un ange. Cependant, malgré son adultère et son meurtre, il n’a jamais construit de sanctuaires aux dieux étrangers. Pour cette raison, David reste le modèle du roi fidèle à son Seigneur, un modèle à suivre pour les autres rois qui viendront après lui. Ne sont-ils pas appelés « fils de Dieu »?

Sébastien Doane

Texte complet dans :
Mais d’où vient la femme de Caïn. Les récits insolites de la Bible
Sébastien Doane, Montréal, Novalis ; Paris, Médiaspaul, 2010.

Article précédent :
Un roi adultère et meurtrier