Loth fuit Sodome. Gravure sur bois, 1432. Chronique de Nuremberg (Wikipedia).

Sodome, une ville de sodomites ?

Sébastien DoaneSébastien Doane | 25 novembre 2019

L’histoire de l’interprétation du récit de la destruction de Sodome en Genèse 19 a tellement été marquée par la question de l’homosexualité que le nom de cette ville a engendré le mot désignant la pénétration anale (sodomie). Pourtant, le texte est loin d’être aussi explicite à cet égard qu’on ne le croit. Conscient des enjeux éthiques associés à l’interprétation de ce passage, examinons la nature du crime de Sodome.

Voici ce fameux récit qui commence avec deux anges ayant pris l’apparence d’hommes. Ils visitent Sodome de la part de Dieu, qui a entendu de fortes doléances contre cette ville.

Les deux anges arrivèrent le soir à Sodome alors que Loth était assis à la porte de Sodome. Il les vit, se leva pour aller à leur rencontre et se prosterna face contre terre. Il dit : « De grâce, mes seigneurs, faites un détour par la maison de votre serviteur, passez-y la nuit, lavez-vous les pieds et de bon matin vous irez votre chemin. » Mais ils lui répondirent : « Non ! Nous passerons la nuit sur la place. » Il les pressa tant qu’ils firent un détour chez lui et arrivèrent à sa maison. Il leur prépara un repas, fit cuire des pains sans levain et ils mangèrent.

Ils n’étaient pas encore couchés que la maison fut cernée par les gens de la ville, les gens de Sodome, du plus jeune au plus vieux, le peuple entier sans exception. Ils appelèrent Loth et lui dirent : « Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous pour que nous les connaissions. » Loth sortit vers eux sur le pas de sa porte, il la ferma derrière lui et dit : « De grâce, mes frères, ne faites pas de malheur. J’ai à votre disposition deux filles qui n’ont pas connu d’homme, je puis les faire sortir vers vous et vous en ferez ce que bon vous semblera. Mais ne faites rien à ces hommes puisqu’ils sont venus à l’ombre de mon toit. » Ils répondirent : « Tire-toi de là ! » et ils dirent : « Cet individu est venu en émigré et il fait le redresseur de torts ! Nous allons lui faire plus de mal qu’à eux. Ils poussèrent Loth avec violence et s’approchèrent pour enfoncer la porte. Mais les hommes tendirent la main pour faire rentrer Loth à la maison, près d’eux. Ils fermèrent la porte, et frappèrent de cécité les gens qui étaient devant l’entrée de la maison, depuis le plus petit jusqu’au plus grand ; ils ne purent trouver l’entrée. (Gn 19,1-11)

Le récit se termine avec la destruction de la ville par une pluie de soufre et de feu (19,24). L’homosexualité n’est tout simplement pas au cœur de ce récit. Aucun acte sexuel n’est commis. Les habitants de la ville veulent connaître les deux étrangers. On pourrait comprendre que les habitants veulent s’informer au sujet de l’origine et des intentions des étrangers. Mais le sens biblique du verbe connaître invite à comprendre que les habitants veulent avoir des relations sexuelles avec ces anges ayant pris les traits d’hommes. D’ailleurs, la proposition de Loth de livrer ses deux filles vierges à la foule inscrit aussi ce récit dans le champ de la sexualité.

Cependant, la ville est jugée et détruite sans qu’un acte sexuel soit commis. C’est que cette destruction est reliée à un crime qui a bien eu lieu : celui d’inhospitalité. Dans une région semi-désertique où les hôtels, taxis et restaurants n’existaient pas, l’hospitalité était une question de vie ou de mort. Ce récit n’est pas nécessairement une condamnation de l’homosexualité, mais bien un exemple extrême d’inhospitalité et du jugement réservé par Dieu aux personnes qui n’accueillent pas l’étranger et s’en prennent à son intégrité physique.

En effet, le chapitre précédent du livre de la Genèse montre justement un exemple à suivre en matière d’hospitalité. Abraham et Sarah ont accueilli les mêmes étrangers divins en leur donnant nourriture, boisson et sécurité. Le récit de Sodome suit immédiatement en tant que contre-exemple. L’inhospitalité est telle que les étrangers sont presque violés par les habitants.

Sébastien Doane est professeur d’exégèse biblique à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval (Québec).

Extrait de Sortir la Bible du placard : la sexualité de Genèse à l’Apocalypse, Sébastien Doane, Montréal, Fides, 2019.

Curieuse Bible

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