
Le couronnement d’épines. Antoine van Dyck, 1619-1620.
Huile sur toile, 233 x 196 cm. Musée du Prado, Madrid (Wikipédia).
Prétoire
Sylvain Campeau | 23 mars 2026
Grec : praitorion
Latin : prætorium
Dans les récits de la passion, le prétoire est associé aux scènes entourant le procès de Jésus. On rencontre le terme chez Marc (un verset repris par Matthieu) et quelques fois dans l’évangile selon Jean. Dans les deux cas, le prétoire désigne un bâtiment civil de la ville de Jérusalem.
Le terme est dérivé du latin prætorium et désigne un bâtiment (une tente dans les camps militaires) mis à la disposition du préteur, un magistrat nommé par Rome, qui commandait les forces militaires et rendait la justice.
Dans les évangiles selon Marc et Matthieu, le prétoire est le lieu du couronnement d’épines en présence des soldats qui se moquent de Jésus (Marc 15,16 ; Matthieu 27,27). Dans l’évangile selon Jean, le prétoire est plutôt lié au procès devant Pilate et désigne le lieu où le procurateur rend la justice (18,28.33; 19,9). Dans les deux cas, le prétoire se réfère à un même bâtiment où le procès civil de Jésus s’est déroulé.
Le prétoire était probablement situé dans la résidence utilisée par Pilate quand il séjournait à Jérusalem. Le procurateur était présent lors des grandes fêtes juives pour surveiller les foules qui se massaient alors autour et dans le Temple. Les archéologues ont tenté de préciser le lieu exact du prétoire mais deux lieux entrent en concurrence.
Hérode le Grand avant fait construire la forteresse Antonia entre 37 et 35 avant notre ère. Selon le témoignage de l’historien juif du premier siècle Flavius Josèphe, nous savons que les procurateurs Sabinus, Pilate, Ventidius Cumanus et Gessius Florus résidaient dans ce palais quand ils venaient dans la Ville sainte [1]. Cette forteresse est située dans l’angle nord-ouest de l’esplanade du Temple et facilitait, pour les troupes, la surveillance du sanctuaire et en facilitait l’accès en cas de besoin. Les archéologues du 19e siècle sont allés plus loin en précisant que le prétoire était situé à l’endroit où on peut voir un dallage imposant. Mais cette proposition est abandonnée aujourd’hui car ce pavement appartient à un forum romain aménagé après l’année 135. Il n’existait donc pas à l’époque de Jésus.
Un autre lieu possible est un palais, aussi construit sous le règne d’Hérode le Grand, à l’ouest de la ville, près de la porte de Jaffa. Il est adossé au mur de la ville et n’offre pas les avantages (pour la surveillance des activités du Temple) de la forteresse Antonia. Mais il demeure un candidat possible car les procurateurs avaient tendance à utiliser le palais des rois locaux. L’emplacement de ce bâtiment antique est aujourd’hui occupé par le musée de la Tour de David et par un poste de police. Par contre, il ne subsiste presque rien du palais-forteresse Antonia qui a été détruit par l’armée romaine en 70 de notre ère.
Diplômé de l’Université de Montréal, Sylvain Campeau est bibliste et responsable de la rédaction.
[1] Flavius Josèphe, Guerre des Juifs 2,39-54.175-177.301s.
