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| chronique du 17 juin 2003 | |||||
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Le symbolisme chrétien du poisson
En grec, la langue des évangiles, le mot poisson s'écrit « ichthus ». Chacune des cinq lettres grecques est le début d'un titre christologique que l'on traduit : Jésus, Christ, Fils de Dieu, Sauveur. L'interdépendance entre l'idéogramme - ICHTHUS - et la représentation graphique du poisson s'est imposée rapidement chez les premiers chrétiens. Mais dès le début du IIIe siècle, l'origine du symbole était déjà probablement oubliée. Il devient donc plus pertinent de parler de la signification du symbole en proposant deux hypothèses parmi les plus intéressantes. Le poisson comme symbole eucharistique et baptismal Les interprétations les plus anciennes
qui nous sont parvenues viennent des Pères de l'Église latine
qui ont associé au poisson un sens lié aux rites sacramentels.
Selon certains historiens, la conception du poisson-Christ serait née
du rite baptismal qui se pratiquait souvent par immersion à cette
époque. Cette interprétation s'accorde très bien
avec un texte célèbre de Tertulien (155-220) : « Nous,
petits poissons, à l'image de notre Ichthys, Jésus-Christ,
nous naissons dans l'eau. » (De baptismo, c. 1)
Pains et poissons d'une mosaïque
de Tabgha. Parmi les monuments qui nous sont parvenus, le poisson est souvent associé au pain et au vin comme en témoigne l'images ci-dessus. Saint Augustin (354-430) est le premier écrivain ecclésiastique à avoir donné une valeur eucharistique au poisson (voir son Traité sur l'Évangile de Jean, vers 416). De plus, une inscription conservée au Musée du Vatican présente le poisson-Christ comme l'aliment du banquet eucharistique. Mais c'est une exception car le symbole est habituellement associé au pain et au vin qui sont devenus, à la fin du IIe siècle, les seuls symboles de l'eucharistie. Le symbole comme protestation En 1898, Robert Mowat proposait une hypothèse
fondée sur la numismatique (l'étude des monnaies anciennes).
L'épigraphiste remarqua que la formule à laquelle l'idéogramme
renvoie se décompose en trois membres de phrase distincts :
Jésus Christ - Fils de Dieu - Sauveur. La formule respecte la structure
tripartite en usage chez les Romains. La dénomination officielle
d'un citoyen romain était composée de ses prénom
et nom, de sa filiation paternelle et de son surnom, simple ou complexe.
On retrouve ce genre d'agencement dans la légende de certaines
têtes de monnaies émises sous le règne de l'empereur
Domitien. Nous savons que Domitien était le fils de Vespasien,
un empereur divinisé. L'idéogramme serait donc un cri de
protestation chrétien contre la prétention impériale :
César, fils de Dieu! Il s'agit d'une hypothèse qui tient
compte du contexte culturel dans lequel la chrétienté vivait
autour de l'an 95.
Tête laurée de
Domitien Quelle que soit l'interprétation qu'on en donne - une juxtaposition de titres christologiques agencés sous l'influence du symbole pisciforme, un symbole sacramentel ou un cri de protestation contre la prétention divine de l'empereur - le symbole du poisson est une véritable confession de foi chrétienne. Il n'est donc pas étonnant que la représentation picturale du symbole soit encore utilisée aujourd'hui.
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