INTERBIBLE
Les Écritures
les évangiles de l'ACÉBACla Bible en français courantexplorationglossairesymboles
off Nouveautés
off Cithare
off Source
off Découverte
off Écritures
off Carrefour
off Caravane
off Scriptorium
off Artisans

 

 
Symbole biblique
  montagne
Imprimer
chronique du 13 janvier 2006
 

Le symbolisme de la colombe au Proche-Orient ancien
 

Au moment du baptême de Jésus, l’Esprit se manifeste sous forme de colombe. Ce symbole commun à l’Orient et à la Bible a de nombreuses valences. Dans l’Égypte ancienne, dans le monde juif et chrétien, la démarche spirituelle pour évoquer Dieu présente des points communs. Les limites du langage humain obligent les croyants à avoir recours à des symboles.
 

Horus

     Le code animalier est connu en Égypte où Horus, l’oiseau divin qui déploie ses ailes et veille sur le monde, est le messager ailé de la parole prononcée par Celui qui est. Le christianisme de son côté évoque les quatre évangélistes par un code animalier emprunté à l’Ancien Testament. Le monde classique avait volontiers recours aux fables où la société des bêtes était organisée à l’image de la communauté humaine. Même le monde juif du second siècle avant le Christ ne boudait pas ce genre de représentations. En particulier les milieux apocalyptiques relisaient la Bible en mettant en oeuvre le symbolisme animal. Les chapitres 85 à 90 du livre d’Hénoch éthiopien qui offrent un panorama de l’histoire sainte dans cette perspective ont mérité le nom d’« Apocalypse au bestiaire ». La Bible elle-même aime recourir au symbolisme des animaux : il suffit de rappeler la colombe de Noé et les corbeaux du prophète Élie. Le Nouveau Testament, lorsqu’il reprend le symbolisme de la colombe pour évoquer l’Esprit Saint, s’inscrit ainsi dans une longue tradition.

Ishtar

     On sait que certains cultes orientaux attribuaient un caractère sacré à la colombe. L’historien Lucien témoigne de la vénération dont était entourée la colombe parmi les Syriens : « De tous les oiseaux la colombe est celui qui leur paraît la chose la plus sainte : défense est faite d’y toucher et ceux qui les touchent involontairement sont impurs durant la journée. Aussi cet oiseau demeure-t-il avec les hommes, entre dans les maisons et mange presque toujours à terre. » La déesse de l’amour, Atargatis en Syrie et Ishtar à Babylone, était également mise en rapport avec la colombe. Bref la colombe était devenue le symbole de l’amour. Des pièces de monnaie samaritaine représentant la colombe témoignent de la diffusion du symbole en Samarie.

     Dans le monde juif hellénisé la colombe était considérée comme un animal pur. Philon d’Alexandrie dans son traité Somn II,212-214 admet que les oiseaux sont des messagers des dieux. Dans son traité Her 126-128 il présente la colombe comme le symbole de la sagesse humaine : « Prends une tourterelle et une colombe (Gen 15,9), la sagesse divine et la sagesse humaine, toutes deux ailées, bien exercées à bondir vers le haut, mais différentes l’une de l’autre, comme diffèrent le genre de l’espèce, l’image du modèle. La sagesse divine aime l’isolement : à cause du Dieu seul et unique à qui elle appartient, elle chérit la solitude; aussi est-elle appelée symboliquement tourterelle. L’autre au contraire est douce, apprivoisée, grégaire : elle parcourt les villes des hommes et se plaît à fréquenter les mortels : on la compare à la colombe ».

colombe

     Le Liber Antiquitatum Biblicarum 23,7 attribué au Pseudo-Philon offre une relecture intéressante du même texte de Gn 15,9-10. « Je te comparerai à la colombe, parce que tu as pris pour moi la cité que tes fils se mettront à bâtir en ma présence; je comparerai à la tourterelle les prophètes qui naîtront de toi. » Abraham est semblable à la colombe, parce qu’il a pris la cité de Sion. La tourterelle figure les prophètes et plus spécialement Moïse le premier des prophètes.
 

Noé et la colombe
 

     Dans la Bible elle-même, la colombe est un animal qui peut être offert en sacrifice (Nb 6,10 et Lv 5,7) surtout par les pauvres. Des deux colombes apportées au Temple, la première était offerte en holocauste, la deuxième en sacrifice expiatoire. Le traité de la Mishna intitulé Kinnim (les nids) décrit en détail les sacrifices de colombes. Dans le Psaume 74,19, la tourterelle est le symbole de l’Israélite persécuté : « Ne livre pas aux bêtes l’âme de ta tourterelle. » Le Psaume 55,7 voit dans la colombe un modèle de rapidité : « Qui me donnera des ailes de colombe? » Pour Osée 7,11, Ephraïm est comparé à une colombe simple et sans intelligence. Dans le récit du déluge Noé envoya trois fois la colombe. La deuxième fois elle revint avec un rameau d’olivier, symbole de la paix, dans son bec. La version synagogale de la Bible ajoute que ce rameau provenait du Mont des Oliviers. Quant au Cantique des cantiques 1,15 et 5,2, il célèbre la colombe comme symbole de la beauté, de l’innocence et de la pureté. L’appellation « ma colombe, ma parfaite » est adressée à l’épouse de Yahvé, le peuple d’Israël.

     Fréquemment la colombe évoque le peuple de Dieu. En Osée 11,11, la colombe est mise en rapport avec la restauration eschatologique : « Ils accourront, tremblants comme un oiseau, de l’Égypte et, comme une colombe, du pays d’Assour et je les ferai habiter dans leurs maisons. » Lorsque le prophète Isaïe 60,8 décrit la gloire de la nouvelle Jérusalem, il parle des fils d’Israël qui reviennent en ces termes : « Qui sont ceux-là qui volent comme des nuées, comme des colombes vers leur colombier? » Dans la littérature rabbinique il faudra attendre des textes tardifs comme le Targum du Cantique des Cantiques 2,12 pour trouver l’assimilation de l’Esprit à une colombe.

     Les Pères de l’Église, Tertullien en particulier dans son De Baptismo 8, rapprochent la scène du déluge et celle du baptême de Jésus. Noé est devenu le symbole du fidèle sauvé par la puissance et la bonté divine des dangers de ce monde et de la mort éternelle. La colombe devient ainsi le symbole de la paix du royaume dans l’autre monde que l’on souhaite au défunt.

Frédéric Manns, OFM

Source : La Terre Sainte juillet-août 2001, pp. 214-215.

Chronique précédente :
Le bâton de Moïse