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Symbole biblique
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chronique du 21 avril 2006
 

Deux symboles chrétiens de la Résurrection : le phénix et le coq
 

Parmi les symboles chrétiens les plus répandus il faut citer le phénix. De nombreuses sources littéraires profanes et chrétiennes évoquent la légende du phénix. Originaire de l’Inde, cet oiseau vit 500 ans. Il se rend dans la forêt du Liban. Les ailes chargées d’aromates, il gagne la ville d’Héliopolis en Égypte et là il se brûle sur l’autel des sacrifices. Le lendemain le prêtre trouve dans les cendres un ver auquel il pousse des ailes et le troisième jour l’oiseau ressuscité regagne son pays d’origine. Hérodote dans son Histoire 2,73, Ovide dans ses Métamorphoses 15,392, Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle 10,2,2 et Tacite dans ses Annales 6,28 orchestrent cette légende. L’allégorie du phénix est probablement d’inspiration stoïcienne : le feu éternel détruit tout et fait tout renaître. Ainsi le phénix figure le monde qui meurt et revit.
 

phénix
 

     Les Juifs avaient accepté la légende du phénix. Le troisième Baruch 6,1-16 en donne la description. Compagnon du soleil, le phénix le devance dans sa course. Le troisième Baruch l’associe au cycle quotidien du soleil et au cycle annuel des crues du Nil, d’où son rapport avec la régénération et la vie. La nourriture du phénix est la manne du ciel et la rosée de la terre. II Hénoch 19,6 décrit le sixième ciel : sept phénix, sept chérubins et sept séraphins à six ailes y figurent. On fit même coïncider la sortie d’Égypte avec une apparition du phénix dans la tragédie sur l’exode d’Ezéchiel le tragique.

     Symbole de la Résurrection. Les Pères de l’Église, lorsqu’ils veulent défendre la résurrection du Christ ou celle des chrétiens n’hésitent pas à faire appel à la légende du phénix. Clément de Rome dans sa Lettre aux Corinthiens 1,25, Tertullien dans son Traité sur la résurrection de la chair 13, Cyrille de Jérusalem dans sa Catéchèse 18,8 et Ambroise de Milan dans son Hexameron 5,23,79 exploitent la richesse du symbolisme. Origène se montre très circonspect sur la légende dans son Contre Celse 4,98.

     Le Pseudo Lactance est l’auteur d’un petit poème de 85 distiques intitulé Ave phoenice. Il célèbre la chasteté du phénix qui se reproduit sans amour charnel et qui trouve dans la mort son plaisir et sa naissance à une vie nouvelle. Rufin voit également dans le phénix un symbole de chasteté dans son traité Expositio symboli 9,10.

     La foi en la résurrection du Christ est fondamentale dans la religion chrétienne. Les chrétiens mettront en lumière tout ce qui, dans la nature, pouvait préparer l’acceptation de ce mystère. La légende du phénix y contribuait : « Trouvons-nous donc étrange et étonnant que le créateur de l’Univers fasse revivre ceux qui l’ont servi saintement et avec la confiance d’une foi parfaite, alors qu’il nous fait voir dans un oiseau la magnificence de sa promesse? » affirme Clément de Rome dans sa Lettre aux Corinthiens, 26.

Le coq, symbole de la Résurrection

     « Qui a donné au coq l’intelligence? » s’exclame Job (38,36). Le juif pieux bénit chaque matin Dieu « qui a donné au coq l’intelligence ». C’est le coq qui distingue en effet la fin de la nuit et l’arrivée du jour. L’auteur du troisième livre de Baruch pensait que c’était le phénix qui réveillait le coq pour qu’il ne manque pas le rendez-vous du lever du soleil. Dans la tradition juive et chrétienne, l’expression « au chant du coq » signifie « très tôt le matin ». Les Proverbes numériques contiennent ce jugement réaliste sur le coq : « Trois choses ont une belle allure et quatre ont une belle démarche : le lion, le plus brave des animaux qui ne recule devant rien, le coq qui se promène crânement parmi les poules, le bouc qui conduit le troupeau et le roi qui harangue le peuple » (30,29-31). Les textes rabbiniques n’hésitent pas à appeler le coq « geber » le mâle. Curieusement ces textes parlent de l’interdiction d’élever des coqs à Jérusalem. L’interdiction est motivée par des préoccupations de pureté (BQ 7,7 ; T.BQ 8,9 ; T. Negaim 6,2 ; Abot de Rabbi Nathan (A) 35). Elle valait avant tout pour les prêtres. Le Nouveau Testament affirmant que le coq chanta après le reniement de Pierre laisse entendre qu’en fait l’élevage des coqs n’était pas interdit.

coq

     Dans la tradition chrétienne le coq devint rapidement un symbole de la résurrection. De même que le coq annonce le jour nouveau de même le chrétien attend le jour où le Christ reviendra. Au Moyen Âge, le coq symbolise le prédicateur qui doit réveiller ceux qui sont endormis. Il occupe à partir de ce moment une place de choix sur le clocher des églises.

     Les lampes à huile de Palestine représentent volontiers ces symboles et témoignent ainsi de leur diffusion auprès du petit peuple.

Frédéric Manns, OFM

Source : La Terre Sainte novembre-décembre 2001, pp. 319-321.

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Le serpent en Orient et dans la Bible