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chronique du 14 septembre 2012

 

Babylone, ville du mal ou ville lumière?

Babylon on Sunset

Raphael Lacoste, Babylon on Sunset (deviantART)

Babylone est une ville bâtie sur les rives du fleuve de l’Euphrate au sud-ouest de l’actuel Bagdad en Irak. Ses ruines sont immenses : elles couvrent près de 10 km2. Lors de son apogée, Babylone est un symbole de beauté et ses jardins suspendus font partie des merveilles du monde. On y trouvait d’importants monuments tels que la ziggourat de l’Ésagil, le temple de Marduk qui s’élevait à 90 mètres et dominait la ville. Avec ces sept étages, on la désignait comme la « porte de dieu ». Cette ziggourat inspirera de la fameuse tour de Babel du livre de la Genèse (11,1-9). Ce récit qui se termine dans le chaos linguistique fit de Babel le symbole de la confusion. On peut aussi comprendre cette histoire comme une critique de la civilisation urbaine et l’excès de grandeur dans les constructions humaines. 

Ville du mal

     Sous la gouverne de Hammurabi (1718-1676), Babylone devient le centre d’un empire qui couvrira l’entière Mésopotamie. Marduk est leur dieu national. Leur expansion vient bouleverser le peuple de la Bible. Jérusalem, son Temple et son palais seront détruits par l’armée des Babyloniens conduite par Nabuchaudonosaur. Ce moment marquera Israël pour toujours. D’un coup, les Israélites ont perdu l’indépendance de leur royaume, leur roi, leur Temple et l’élite de la population est déportée à Babylone en exil. Cet exil prendra fin lorsqu’en 539 Cyrus de Perse va prendre Babylone. La chute de Babylone permettra aux Juifs de revenir à Jérusalem et reconstruire le Temple.

     On retrouve plusieurs traces de l’exil à Babylone dans la Bible. Le Psaume 137 est un bon exemple. Il rappelle la nostalgie des exilés au bord du fleuve de Babylone assis tout éploré pensant à Jérusalem. Ce psaume porte aussi des marques de la haine et de la violence de la destruction subie.

     Babylone restera le symbole de tous les empires opposés à Dieu et à son peuple. Dans le livre de l’Apocalypse, on va l’appeler la « grande prostituée », alliée de l’Antéchrist (Ap 18,9-24). Au temps des premiers chrétiens, Rome est qualifié de « grande Babylone » pour les persécutions qu’elle leur fait vivre. Leur espoir c’est qu’un jour elle soit anéantie comme l’a été Babylone.

     Pour les Pères de l’Église, Babylone est devenue symbole du pêché et du mal. Par exemple, saint Augustin va opposer dans La Cité de Dieu (413-424) la cité profane de Babylone à la ville sacrée de Jérusalem. À l’époque de la Réforme, Martin Luther et les protestants, font de la ville du Pape la cité du pêché, reprenant l’image de Babylone, la Grande Prostituée de l'Apocalypse.

     Ce portrait négatif du terme Babylone a traversé le temps. Ainsi, divers groupes messianiques et millénaristes actuels utilisent encore la métaphore babylonienne pour qualifier l'origine de ce qui est vécu comme une persécution, et New York est parfois désignée comme une « Babylone moderne ». On retrouve aussi cet emploi du nom de la ville antique pour condamner l'oppression et la corruption dans des discours du mouvement rastafari. Un exemple se trouve dans la célèbre chanson Rivers of Babylon chantée par plusieurs artistes et dont les paroles sont reprises du Psaume 137.

Ville lumière

     À partir du XVIIIe siècle, certains auteurs critiques des autorités religieuses nuancent l'image négative de Babylone, par exemple Voltaire qui fait référence à cette ville dans plusieurs de ses écrits. Les découvertes archéologiques sont alors prises en compte pour mettre en lumière la grandeur de cet empire qui se développe comme un centre spirituel et intellectuel important de l’époque.

     Aujourd’hui, Babylone apparaît dans différentes formes d'expression artistique (littérature, arts plastiques, cinéma, jeux vidéo, etc.) qui s'inspirent selon les cas plutôt des traditions bibliques présentant la ville comme symbole du mal ou bien des acquis des recherches archéologiques qui montre Babylone comme une ville importante pour son époque.

Sébastien Doane

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L’usage du sel et son symbolisme