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chronique du 20 décembre 2013

 

Entre le bœuf et l’âne

le chaos

Détails du sarcophage de Stilicon à Milan (IVe siècle après J.-C.), une des plus anciennes représentations de la Nativité.


L’idée de la crèche provient du récit de l’Évangile de Luc qui raconte la naissance de Jésus dans un endroit où l’on gardait les animaux. Plus spécifiquement, il est écrit que Jésus est déposé là où mangent les animaux. Ceux-ci ne sont pas décrits dans le récit, mais l’histoire de l’interprétation montre la richesse de l’imagination des lecteurs qui vont y voir, bœuf, âne, moutons et même dromadaires et girafes. Les animaux ne sont pas là pour rien. La tradition populaire les a inclus pour de bonnes raisons.

     Le premier témoin de la présence du bœuf et de l’âne dans la crèche est un bas-relief du IVe siècle. Sur le sarcophage de Stilicon à Milan, on voit Jésus entre deux animaux qu’on suppose être un âne et un bœuf. Quelque siècles plus tard, un écrit appelé Pseudo Matthieu au chapitre 14 réécrit l’histoire de la naissance de Jésus en expliquant la présence de ces deux animaux : 

Or, deux jours après la naissance du Seigneur, Marie quitta la grotte, entra dans une étable et déposa l’enfant dans une crèche, et le bœuf et l’âne, fléchissant les genoux, adorèrent celui-ci. Alors furent accomplies les paroles du prophète Isaïe disant : « Le bœuf a connu son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître », et ces animaux, tout en l’entourant, l’adoraient sans cesse. Alors furent accomplies les paroles du prophète Habacuc disant : « Tu te manifesteras au milieu de deux animaux. »

     Voilà pourquoi l’âne et le bœuf se retrouvent dans la crèche. Des chrétiens ont lu et réinterprété le texte d’Isaïe 1,3 qui, à l’origine, se lamentait que le peuple ne comprenait pas Dieu alors que le bœuf et l’âne reconnaissent leur maître et leur crèche. Le texte transmis par la traduction grecque d’Habacuc (3,2) parlait d’une manifestation du Seigneur entre deux animaux qu’anticipait le prophète. Ces deux textes ont été utilisés pour nous parler de la naissance de Jésus. Dans le texte du Pseudo Matthieu, les animaux soulignent la nature divine de Jésus.

Des animaux absents des récits de la nativité

     Le bœuf est l’animal qui tire la charrue, l’image de la droiture et du travail. Mais, c’est aussi le symbole de l’idolâtrie dans le récit du veau d’or. En fait, le bœuf accompagnait ou représentait certaines divinités au Proche-Orient ancien.

     L’âne se retrouve aussi dans des récits bibliques. Il n’a pas la symbolique négative d’aujourd’hui. Au contraire, l’âne est une bête utilisée pour le travail et, surtout, il est le compagnon de voyage par excellence. Dans le récit de l’ânesse de Balaam (Nb 22-24), l’âne voit l’ange du Seigneur alors que le prophète ne le voit pas. Dans ce récit l’âne semble un animal capable de discerner la présence de Dieu mieux que les humains. Ce lien peut nous donner à penser que l’âne de la crèche voit mieux l’identité profonde de Jésus que les humains. En même temps, pour la tradition, les animaux affirment la nature humaine de Jésus en soufflant sur lui pour le réchauffer.

Sébastien Doane

Chronique précédente :
Le chaos du tohu-bohu