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chronique du 28 mai 2004
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Regard sur les personnages féminins de La Passion du Christ
Depuis sa sortie en salle, le film de Mel Gibson, La Passion du Christ, a suscité et suscite toujours de nombreux débats. Dans cet article, nous porterons un bref regard sur la façon dont les personnages féminins sont présentés dans ce film. Le parallèle entre le jardin d'Éden et le jardin des Oliviers Dans le film de Gibson, plusieurs scènes
semblent suggérer une interprétation plutôt dévalorisante
des femmes. Par exemple, on peut s'interroger sur le choix de Gibson de
présenter le Tentateur sous les traits d'une femme plus ou moins
androgyne. En ce sens, choisir de présenter Satan, le Tentateur,
comme un être androgyne à l'aspect davantage féminin
que masculin peut laisser sous-entendre que le « féminin »
représente un danger de chute et de perdition.
Satan (Rosalinda Celentano) Cette interprétation se retrouve dès le début du film de Gibson. En effet, dans la scène du jardin des Oliviers, un jardin qui rappelle étrangement celui décrit dans Gn 2,4bss, le Tentateur (disons plus précisément la Tentatrice) nargue Jésus, affirmant l'impossibilité et l'insurmontable difficulté de supporter une souffrance comme celle qu'il s'apprête à affronter. Puis nous voyons un serpent qui émerge de la Tentatrice et qui se dirige vers Jésus. À notre avis, le serpent associé à la figure de la Tentatrice fait directement allusion à Gn 3,1-24 où la femme donne du fruit à l'homme. Rappelons que le texte de Gn 3,15 parle de la descendance du serpent et de la femme en hostilité l'une par rapport à l'autre. C'est pourquoi, dans la scène du jardin des Oliviers, Jésus écrase la tête du serpent. Cette allusion nous conduit à estimer que Gibson souhaite illustrer une certaine interprétation de Gn 3,15 qui met l'accent sur la correspondance entre l'homme et la femme désobéissant à Dieu mais où nous voyons également une préfiguration de Marie et Jésus qui, se soumettant au Père, luttent et triomphent de la Tentatrice et de sa descendance. Or, une autre lecture du récit de la Genèse est possible, en le considérant plutôt comme une illustration du processus qui rend davantage humain et qui se poursuit avec Jésus de Nazareth. À la différence de Gibson, nous pouvons lire le récit comme celui de la construction de l'identité humaine qui se développe peu à peu par la relation à l'autre (homme-femme). Conséquemment, ce n'est ni dans la fusion ni dans la soumission que se réalise l'être humain mais bel et bien dans la relation égalitaire. Poursuivons cette interprétation : le couple, une fois qu'il a atteint un certain niveau de conscience, (évoqué par la manducation du fruit en Gn 3,5-7), se perçoit comme conscient et fragile (symbolisé par « la nudité » dans le récit). Dieu intervient alors afin de les mettre sur les routes du monde pour poursuivre l'uvre de co-création. La confrontation entre Marie et Satan Dans le film de Gibson oppose la Tentatrice
à Marie. Cela apparaît très clairement lors de la
longue scène du chemin de croix où Marie suit Jésus
derrière une rangée de badauds, son regard apparemment porté
sur son fils; du côté opposé à Marie, en parallèle
avec celle-ci, on aperçoit la Tentatrice se faufilant dans la foule,
suivant également Jésus des yeux, avec la même posture
et le même rythme que Marie; cet effet de « miroir déformant »
est tellement saisissant qu'on a vraiment l'impression que Marie et la
Tentatrice s'affrontent du regard le long du chemin de croix. Par ce biais,
Gibson parvient à établir une sorte de confrontation entre
Marie et la Tentatrice. Ceci est d'autant plus renforcé que ces
deux personnages portent des vêtements très similaires (leurs
tuniques sont de couleur sombre et la capuche de la Tentatrice est ramenée
sur sa tête de façon à imiter le voile de Marie).
La mère de Jésus
(Maia Morgenstern) Cette dynamique se retrouve également dans une autre scène-clé du film, celle de la flagellation. Un plan de cette séquence montre la Tentatrice tenant dans ses bras un nourrisson hideux et grimaçant. Satan est ici clairement associé à une mère présentant son fils (l'Antéchrist), ce qui est en contraste frappant avec le binôme Marie/Jésus. Ces derniers sont donc présentés comme le reflet positif d'une même réalité. Jésus et Marie, en ayant choisi d'opter pour la « fidèle obéissance au Père », permettent d'assurer le salut de l'humanité par l'acceptation du « sacrifice sanglant de la croix ». Cette « obéissance » à un Dieu qui peut être perçu comme un tyran sanguinaire exigeant le sacrifice et la souffrance définit la trame même du film de Gibson. Correspond-il au Dieu amour qui prend soin de l'humanité tels que la pratique et le message de Jésus le dépeignent? Cette valorisation de l'obéissance renforce une certaine image de Marie qui légitime la soumission aux hommes. N'est-ce pas là un renversement complet de la pratique de Jésus qui libère et relève les exclus-es et les opprimés-es ainsi que celle des premières communautés chrétiennes qui font une grande place aux femmes? En réponse à cette question, voir Rm 16,1ss où la fonction de Phébée est décrite avec le même mot (diakonos) que Paul utilise pour décrire son propre ministère! Marie-Madeleine dans le film de Gibson Marie-Madeleine représente un personnage
important dans La Passion du Christ. Dans le film, au cours
d'un « flash-back », Jésus se souvient qu'il
est parvenu à éviter à une femme adultère
une condamnation à la lapidation. La Passion du Christ reprend
une tradition souvent véhiculée par d'autres films bibliques
et identifie cette femme à nul autre que Marie-Madeleine.
Marie-Madeleine (Monica Bellucci) Mais Marie-Madeleine était-elle vraiment cette femme adultère, aux murs légères, voire dépravées? Il est vrai que dans une certaine tradition chrétienne, Marie-Madeleine a été identifiée à une « femme fatale » repentie et à la « pécheresse » dans Lc 7,36-50. Toutefois, dans Lc 8,2 on nous spécifie seulement que Marie-Madeleine a été guérie par Jésus qui en avait chassé sept démons. Le texte biblique suggère que Marie-Madeleine était plutôt très malade. Rien n'indique qu'il s'agissait d'une vie désordonnée portée sur la luxure. Ce n'est qu'avec les siècles postérieurs que la figure de Marie-Madeleine a fini par symboliser une figure débauchée. Conclusion On peut dénoncer le souhait implicite de La Passion du Christ d'un retour aux valeurs dites « traditionnelles » concernant la place des femmes dans la société. Jésus de Nazareth a tenté pendant sa vie de créer de nouvelles relations de réciprocité entre les personnes, en particulier entre les femmes et les hommes. Pour nous, chrétiennes et chrétiens, c'est une invitation faite aux femmes et aux hommes de poursuivre en partenariat la construction d'une société égalitaire fondée sur la justice sociale, l'égalité, la liberté, l'amour et la tendresse. Patrice Perreault
La douloureuse passion du Christ selon Mel Gibson
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