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LA BIBLE ET LES FEMMES 7/9
 

Des femmes importantes du Nouveau Testament : la Samaritaine

la Samaritaine

Jésus et la Samaritaine
Étienne Parrocel dit le Romain
Musée Fesch (Ajaccio)

Lire : Jean 4, 1-42

Nous connaissons tous et toutes l’histoire de cette femme de Samarie à qui Jésus demande à boire. Là aussi, le souvenir de la femme aux cinq maris vient hanter notre imaginaire. Mais depuis quelques années, une autre interprétation laisse entrevoir une façon différente de lire et de comprendre ce texte. Elle nous est fournie par Sandra M. Schneiders, une religieuse américaine spécialisée en études bibliques, en théologie et en spiritualité. Je vous présente brièvement une interprétation possible du texte de la Samaritaine à partir de l’analyse de cette auteure.

     La Samaritaine serait à ses yeux un personnage symbolique qui joue le rôle d’apôtre et de disciple. Elle représente les Samaritains revenus à Jésus grâce au témoignage de la communauté de Jean. Nous sommes loin de la fille facile ayant eu cinq maris... D’ailleurs le dialogue sur les cinq maris n’est pas, selon elle, un discours d’ordre moral puisqu’une telle situation était inconcevable dans cette culture. Il s’agit plutôt d’un discours symbolique : les cinq maris y rappelleraient davantage le culte aux dieux des cinq tribus étrangères constituant la Samarie et rapporté dans le deuxième Livre des Rois (2 R 17,24). Le fait qu’elle n’ait pas de mari est, pour cette théologienne réputée, une image, une « métaphore prophétique » pour décrire la situation religieuse de son peuple à la recherche de son Dieu. C’est une image comme on peut en retrouver abondamment chez l’évangéliste Jean.

     Au-delà de l’interprétation donnée à la question des cinq maris, une interprétation possible que j’aime bien, il ressort clairement des éléments éloquents et difficilement contestables dans ce texte de la Samaritaine. Nous allons les regarder.

     Tout d’abord, Jésus s’adresse directement à une femme, ce qui est contraire à la coutume. Un juif ne peut adresser directement la parole à une femme dans l’espace public. Il ne peut être seul en présence d’une femme qui n’est pas la sienne. Et Jésus agit sans se préoccuper de cet interdit. Les évangiles évoquent régulièrement le fait que Jésus soit centré sur l’esprit de la loi plus que sur la lettre de celle-ci. Il franchit ici un tabou en demandant à boire à cette femme. Ce qu’il veut transmettre est suffisamment important pour qu’il aille au-delà d’une coutume établie.

     Dans un deuxième temps, Jésus accepte de passer à un autre niveau d’échange et de participer à la discussion que la femme propose : c’est elle qui mène la conversation, qui amène les sujets. Avec elle, une femme, il a une discussion d’ordre théologique. Elle l’interroge sur son infraction à la loi juive et, à travers la conversation qui se déroule, elle devine qu’il est le Messie, qu’Il dépasse la loi juive. Elle affirme ses convictions et l’interroge sur le sens de ce qu’il dit. Ils échangent d’égal à égale jusqu’à ce qu’il lui révèle qui il est et qu’elle le reconnaisse comme prophète et messie. C’est à elle, une femme, qu’il se définit le plus clairement. Il lui dit qu’il est le Messie (v. 25, 26),  le Christ (v. 29), le Sauveur du monde (v. 42) [1].

     Cette Samaritaine devient la disciple qui écoute ce que le Maître a à lui apprendre, puis va enfin annoncer aux autres qui Il est. Elle laisse sa jarre, son instrument de travail, comme d’autres ont abandonné leur filet pour aller dire à ses frères et sœurs : « Ne serait-ce pas le Christ? » Elle, une femme, devient ainsi apôtre auprès de son peuple. Ce n’est pas rien! Ils crurent à cause d’elle. Tel qu’il est écrit : « Beaucoup de Samaritains de cette ville lui avaient fait confiance sur la foi de la femme qui témoignait. » (Jn 4,39) Bref, sa parole permet à un groupe de gens d’en venir à croire en Jésus. Ils la suivent. Son ministère s’avère très efficace en Samarie, le pays des hérétiques aux yeux des Juifs. Si elle eût été un homme, nous aurions probablement entendu parler de son engagement comme d’un ministère important…

     Un autre élément est intéressant à regarder, soit le groupe des disciples. Quand ils reviennent, ils sont étonnés de retrouver Jésus en discussion avec une femme. Ils ignorent la teneur des propos échangés, mais le message de considération pour cette femme traverse l’attitude de Jésus. Il existe une autre hypothèse sur le sens de ce texte, hypothèse que je me permets de vous livrer [2]. Cet événement pourrait être lié à la vie de la communauté de Jean à cette époque : le problème du rôle de la femme suscite probablement encore un chaud débat. L’épisode du retour des disciples manifeste le malaise de ceux-ci parce que la femme y est prise trop au sérieux et qu’ils craignent de perdre l’initiative et le contrôle de la mission de l’Église. Mais les paroles et les gestes de Jésus viennent redire aux hommes qu’ils ne peuvent revendiquer un privilège exclusif dans la mission. Les femmes en font partie.

     En plus d’évoquer de façon plus intense le besoin que Dieu/e a de nous qui est exprimé à travers le « Donne-moi à boire » de Jésus, ce texte renferme un autre point qu’il m’apparaît important de souligner, soit l’absence de limitation reliée au sexe de la personne dans la mission confiée. Jésus ne dit pas : « Seul un individu de sexe masculin peut être envoyé » [3] ou « peut être mon apôtre ». Elle est femme, il le sait et il ne se préoccupe pas de l’interdiction transmise par la loi juive de lui adresser la parole pour en faire son apôtre. Il est important de se le rappeler.

[1] Olivette Genest (2000, hiver). Bible et féminismes. Cours donné à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal.

[2] Sandra M. Schneiders (1995). Le texte de la Rencontre (trad. : Jean-Claude Breton & Dominique Barrios-Delgado). Paris : Éditions du Cerf. (L’ouvrage original a été publié en 1991).

[3] Référence au no 1024 du Code de droit canonique : « Seul un homme baptisé reçoit validement l'ordination sacrée. »

Pauline Jacob

Début de l'article :
L’apport des femmes à l’exégèse et à la théologie

Suite de l'article :
D'autres femmes du Nouveau Testament

Chronique précédente :
La Samaritaine : une femme hors norme

 

 

 

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