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Justice sociale
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chronique du 21 juin 2013

 

Baptiste est toujours vivant !

Baptiste

Saint Jean le Baptiste
Matthias Grünewald (circa 1480 – 1528)
Huile sur panneau, entre 1510 et 1515
Unterlinden Museum, Colmar


La Fête nationale du Québec, c’est la St-Jean Baptiste de toutes les Québécoises et de tous les Québécois! Le rendez-vous de l’année! (Programmation de la fête nationale)

     Dans nos débats sans fin sur l’identité québécoise et dans l’attente d’une charte de la laïcité, il est curieux de constater que saint Jean-Baptiste n’ait pas encore perdu la tête. Un prophète juif, le dernier de l’Ancien Testament, préside la fête du Québec, ceint d’un pagne de peaux et mangeant sauterelles sautées au miel au fond d’un désert! Quand, tout petit, tante Gertrude m’amenait voir la parade à Montréal, j’attendais avec fébrilité le dernier char allégorique où un tout jeune garçon aux boucles blondes accompagné d’un agnelet tout blanc nous faisait des bye bye. Un saint juif vénéré par les catholiques, n’est-ce pas un pire accroc à la sacrosainte laïcité que de faire trôner un crucifix à l’Assemblée nationale? Si nous faisions une pause sur ce personnage folklorisé pour savoir qui il était vraiment, peut-être aurions-nous envie de l’imiter. Voyons voir.

     Marc nous présente le baptiste dans l’introduction de son évangile. Citant Isaïe, l’évangéliste décrit Jean l’immergeur (c’est ça un baptiste) comme un « crieur dans le désert » Et qu’est-ce qu’il crie? Qu’il faut rendre droits nos chemins! Il appelle à un revirement des consciences, à la rectitude et la droiture.

     Fils du prêtre Zacharie, la place de Jean aurait dû être dans le Sanctuaire de Jérusalem, au service de l’autel et du pouvoir. Mais Jean avait rompu avec Jérusalem et ses élites sacerdotales constituées en une théocratie corrompue qui avait fait du temple de Jérusalem une caverne de bandits. Et l’Évangile nous rappelle que le peuple sortait de Jérusalem et de tous les alentours pour se faire immerger. Un mouvement populaire de contestation comme il s’en produit encore de nos jours, s’amorce alors en Israël : au lieu d’un pèlerinage triomphal vers le Sanctuaire, les foules se regroupent dans la marge de la société, au désert, dans le but de changer l’ordre établi.

     Jean est pénétré par le feu du prophète Élie dont le peuple attendait le retour pour rétablir la justice dans le pays : « Je brûle, je brûle pour YHVH » (1 Rois 19,14). Huit siècles plus tôt, Élie s’était réfugié au désert, près du Jourdain (1 Rois 17). Il s’opposait au modèle économique d’Achab, le roi de Samarie, qui s’enrichissait aux dépens des paysans. Il déclencha une sécheresse dans le but de ruiner les politiques royales d’exportation de blé, de vin et d’huile. Quand Élie ira défier le roi, celui-ci l’apostrophera ainsi : « Te voilà, toi, le fauteur de troubles en Israël. » (1 Rois 17,17) Élie était furieux de voir le roi se prosterner devant des fétiches d’or et d’argent et rompre l’alliance que Dieu avait scellée avec son peuple, tandis que les pauvres de la terre étaient condamnés à la famine. 

     Jean annonce l’arrivée d’un plus fort que lui, quelqu’un qui nous plongera dans le Souffle sacré d’Élie et des prophètes. Jésus prend la succession de Jean au moment où celui-ci est assassiné par Hérode. Au chapitre 6 versets 14 à 29, nous est racontée l’exécution de Jean décidée durant un banquet pour célébrer l’anniversaire d’Hérode. « Il fait un dîner pour ses grands courtisans, pour ses officiers et pour les premiers de Galilée. » (Marc 6,21) Un banquet comme il s’en fait encore lors des rencontres des G-8, G20 ou à Davos, avec les chefs d’États et les grandes multinationales. Le vin coule, de belles femmes viennent égayer ces rencontres au sommet et des accords secrets sont scellés. Le texte de Marc est d’un humour grinçant : le roi prend ses décisions en état d’ébriété et de lubricité sous la pression d’une danseuse affriolante. Voilà comment les grands de ce monde prennent leurs sages décisions. « Je veux que tu me donnes tout de suite sur un plat la tête de Jean l’immergeur. » (Marc 6,25) Voilà leur menu! C’est ainsi que sont sacrifiées encore aujourd’hui les multitudes délaissées par les pouvoirs qui leurs imposent des mesures d’austérité, tout cela pour sauvegarder les intérêts des banquiers, des producteurs d’armements et des actionnaires multimillionnaires. Et l’empire, qui n’est plus à Rome depuis belle lurette, continue à imposer sa loi, sa justice et sa logique violente en utilisant des avions sans pilotes pour assassiner ses ennemis, sans égards pour les milliers de victimes civiles.

     Oui, Jean le baptiste est vivant. Hérode l’avait bien compris lorsqu’il entendit parler de Jésus : « Celui que j’ai décapité, Jean, c’est lui qui s’est réveillé. » (6,16) Le Souflle de Jean s’est aussi répandu sur la jeune Église. Pierre, de poltron qu’il avait été, est devenu solide comme le roc et devant la cour suprême, il apostrophe le grand prêtre qui voulait le faire taire : « S’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu, jugez-en. Non, nous-mêmes, nous ne pouvons cesser de parler. » (Actes 4,20) Tous les trois, Jean, Jésus et Pierre, seront exécutés; c’est comme cela que l’on traite les prophètes.

     À l’occasion de notre fête nationale, réjouissons-nous de notre printemps érable, de la lutte contre la pauvreté, du mouvement des femmes pour l’égalité, des mobilisations étudiantes, du ralliement Finie l’inertie (Idle no more!) des autochtones, des luttes pour la défense de l’environnement face aux minières et aux pétrolières, etc. C’est le souffle de Jean qui crie dans le désert : rendez droits le chemin. Un souffle de résistance soulève notre peuple et nous invite à la vaillance et à la vigilance.

     La commission Charbonneau nous révèle les mécanismes de collusion et de corruption des élites. L’Évangile, c’est Marc qui nous le proclame, consiste à construire un droit chemin. Jean et Jésus se sont unis pour annoncer le Régime de Dieu, un régime sans exclusions. Ils exigent la repentance : on ne peut continuer ainsi à piller le bien commun et à laisser dans l’indigence et la pauvreté tant d’êtres humains. Jean prédit le renversement du statu quo et annonce un ordre social complètement nouveau. Mais pour cela, il faut être prêt à y laisser sa peau.

     Que Baptiste soit une inspiration et que son Souffle nous habite tous, Québécoises et Québécois, sans distinctions aucunes. Un Québec tout autre est possible. Bonne fête nationale.

Claude Lacaille

Source: Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

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