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Justice sociale
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chronique du 19 mars 2018

 

Avidité : au cœur de la misère

Tête de Christ

(photo : Brian Jackson / 123RF)


L’avidité compresseur. C’est comme cela que j’aurais le goût de nommer l’esprit qui anime la nouvelle Ère économique que nous vivons et les nouveaux administrateurs de compagnies. Comme un rouleau désigné du même adjectif, elle aplatit tout sur son passage et détruit les moindres avancées sociales qui, depuis plus de 60 ans, étaient le signe entre sociétés développées et celles en développement. De plus, cette nouvelle Ère ne s’occupe point des plus faibles, comme l’invite pourtant l’Évangile de Jésus, dans le fameux épisode du jugement dernier : « J’étais nu et vous m’avez vêtu, j’avais faim et vous m’avez nourri… » (Mt 25,31-46)

Pourquoi tant d’avidité? Parce que l’argent est un dieu, un veau d’or qui courtise le cœur. Et tous, sans aucune exception, nous pouvons tomber sous ses charmes. Loin de moi de caricaturer comme des monstres ces amoureux de l’argent qui tombent dans les bras de l’avarice. Par exemple, le milliardaire numéro un dans le monde est père de quatre enfants. Selon la fameuse liste mondiale dressée par le magazine Forbes chaque année, c’est le grand patron d’Amazon qui remporte la palme avec une fortune évaluée à 112 milliards de dollars. Bien sûr, j’imagine qu’il est sûrement généreux et qu’il doit probablement faire des dons à diverses causes. Mais, pourquoi diable est-il nécessaire qu’il soit le dépositaire de tant d’argents alors que, dans son pays – les États-Unis – les inégalités sociales augmentent d’année en année et que le salaire moyen d’un travailleur demeure extrêmement modeste, avec un peu plus de 31 000 $ (Bureau of Labour Statistics, 2016). Au Canada, c’est un peu plus de 49 000 $ — avant impôts — qu’un travailleur gagne en moyenne par année. Cet écart n’empêche pas les 100 dirigeants les mieux payés au pays de gagner 209 fois le revenu moyen, c’est à dire en moyenne 10,4 millions de dollars, selon un rapport du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) sorti en janvier dernier. David MacDonald du CCPA a indiqué au site web de Radio-Canada International que les échappatoires fiscales auxquels ces dirigeants ont droit devraient être revues afin que ces personnes paient leurs justes parts d’impôts.

C’est d’ailleurs là que le bât blesse : l’évasion fiscale. Si personne n’a rien contre la richesse et l’enrichissement individuel [1],  il devient de moins en moins facile de faire une telle affirmation sans penser à l’injustice que constituent les paradis fiscaux. Ils représentent, ni plus ni moins qu’une affirmation de non-partage de la richesse, une façon légale, mais tout à fait immorale, de gérer son bien au détriment du bien commun. Dans son livre Une escroquerie légalisée, le philosophe et chercheur Alain Denault affirme ceci : « Lorsque s’effondre un viaduc faute d’entretien, lorsque ferme un centre d’aide aux toxicomanes, lorsqu’une commission scolaire abolit son programme d’aide aux élèves en difficulté, lorsqu’une compagnie de danse se voit incapable de rétribuer ses artistes pour leurs répétitions, lorsqu’une télévision d’État supprime son service d’informations internationales, c’est à cause des paradis fiscaux. » [2]

L’avidité est érigée en système et crée la misère. Une ancienne publicité disait très justement : Parce que plus le monde en a, plus le monde en veut. Le cœur humain est ainsi fait qu’il peut préférer l’avidité à la bonté. Personnellement, je suis fatigué, écœuré, démotivé par un discours ambiant – provenant de nos élites Seigneur! – qui tend à nous laisser croire que notre meilleure chance est de tout prendre pour soi, maintenant, ici, pour le moi, le Je et le nombril. Pourtant, quelques passages bibliques nous rappellent que l’avidité est tout, sauf une amie du Dieu de l’Évangile et de la Bible. Amen! 

  • Le Seigneur ne laisse pas le juste mourir de faim, il rejette l’avidité des méchants. (Pr 10,3)

  • L’œil de l’avare n’est pas satisfait de ce qui lui revient; une avidité malsaine dessèche l’âme. (Si 14,9)

  • Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. » (LC 12,15)

  • Amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. (Mt 6,20)

Y croyons encore? Ou bien avons-nous abandonné notre cœur à l’avidité qui rend la bête de l’apocalypse plus forte?

[1]  « Avec moi, la richesse et la gloire, fortune durable et juste prospérité. » (Pr 8,18)

[2] Alain Deneault, Une escroquerie légalisée, Écosociété, 2016.

Mario Bard

Chronique précédente :
L’hospitalité : Jésus et les Samaritains

 

 

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