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La lampe de ma vie
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chronique du 10 mars 2017

 

La croix, signe de la victoire de l’amour sur la violence 3/3

Le Christ en croix

Le Christ en croix
Georges Rouault, 1936
Collection privée

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Les paroles de Jésus sur le pardon et sur l’amour de l’ennemi ne susciteront que peu d’écho tout au long de l’histoire si ce n’est dans le cœur de personnes qui prendront l’Évangile au sérieux, comme une parole à mettre dans sa propre vie. Par ailleurs, le résultat semble voué à l’échec. Le pouvoir religieux et le pouvoir romain s’entendent pour faire taire et supprimer cet homme qui dérange l’ordre établi. Jésus est condamné à mort par Pilate et subit l’horrible supplice de la crucifixion. Contrairement à ce que ses disciples croyaient pouvoir attendre de lui, il ne fait rien pour tenter d’échapper à sa condamnation. Il les a pourtant avertis par trois fois – selon Marc – de la mort ignominieuse qui l’attend à Jérusalem. Eux ne le comprennent pas, rejetant de toutes leurs forces cette éventualité. Ce qu’ils attendent, c’est de pouvoir participer à son triomphe. Pensant qu’il est le Messie promis, ils refusent obstinément toute autre éventualité. À leurs yeux, la victoire de Dieu passe par une victoire militaire sur l’occupant romain et la restauration du royaume davidique. La passion, la crucifixion et la mort de Jésus marquent la fin de tous leurs espoirs. Marc n’est pas tendre avec les disciples. Au pied de la croix, il n’y a plus personne. C’est la débandade dans leurs rangs.

L’angoisse de Jésus

Jésus ne marche pas de gaité de cœur vers la mort. Comme tout homme qui sait sa mort proche, il ressent frayeur et angoisse. Dans le jardin des oliviers, Pierre, Jacques et Jean l’entendent dire (Mc 14,34) : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » Sa prière exprime tout ce que peut ressentir d’angoisse le condamné à mort, mais il continue à s’en remettre à Dieu son Père (14,36) : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » Jésus s’en remet à son Père. Il perçoit que le chemin qu’il a accepté de prendre le conduit au cœur des ténèbres, la terreur l’étreint. Mais si la mission que Dieu lui a confiée passe par là. Il l’accepte dans un acte ultime de liberté. Lorsque surviennent les gardes et les soldats, il ne fait pas un geste pour résister et s’enfuir, il reste debout et ferme face à ses accusateurs et ses bourreaux. Alors qu’il est crucifié, tous s’acharnent encore pour l’humilier, le défier une dernière fois et décrier définitivement le message dont il s’est fait le porteur :

Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient. (Mc 15,29-32)

Ultime défi lancé à Jésus! Pour nous prouver la vérité de ton message et ta véritable identité, utilise donc les grands moyens! Fais-nous voir ta puissance et ta force. Jésus ne relève pas l’ultime défi. Il se tait s’en remettant encore une fois à son Père. Ses derniers mots, il les emprunte à un psaume qui exprime toute la souffrance et l’incompréhension du juste persécuté, en même temps que la réitération de sa confiance en Dieu.

La Croix, de la haine à l’amour

Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lema sabactani? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » (Mc 15,34-39)

L’évangéliste ne cherche pas à édulcorer la mort de Jésus. Elle apparaît dans toute son horreur et semble dans un premier temps donner raison à tous les détracteurs de Jésus, intimement convaincus d’avoir accompli la volonté de Dieu en condamnant à mort celui qui, par ses paroles et ses actes, donnait une autre image de Dieu. L’impuissance de Jésus à se sauver de cette mort atroce est pour eux la preuve qu’il n’est pas le Messie. Marc suggère en fait toute autre chose. La déchirure entière du rideau du sanctuaire marque une rupture définitive entre les deux conceptions du divin. En acceptant librement sa mort, en mettant en Dieu sa confiance jusqu’au bout de la déréliction, Jésus manifeste sa présence à son côté. La fin du récit l’annonce par la profession de foi d’un centurion romain, témoin de toute la scène: « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu! » La croix, l’instrument symbolique de la haine et de la violence, devient brusquement le signe de la victoire de l’amour donné jusqu’au bout. Au lendemain de Pâques, les disciples vont le comprendre dans l’expérience de la rencontre avec le Ressuscité victorieux de la haine et de la mort et proclamer sur les places : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » (Ac 2,36)

La faiblesse comme puissance de Dieu

Quelques années plus tard, alors qu’il parcourt les routes de l’Asie Mineure, Paul écrit ses premières lettres aux jeunes communautés chrétiennes tentées par la division ou le découragement :

Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. (1 Co 1,22-25)

De tout temps, les hommes seront tentés d’utiliser la violence pour imposer leurs idées ou leur religion. Pour s’imposer, dit Paul, Dieu n’a d’autre puissance que celle de l’amour. Ce qui semble folie ou faiblesse aux yeux des hommes est en réalité manifestation de la puissance de Dieu. L’affirmation est fondamentale et je vous invite à la retenir. La violence est une réalité qui appartient à la condition humaine depuis les origines et nous ne la supprimerons pas d’un coup de baguette magique. Jésus nous apprend un chemin seul capable de nous en libérer, c’est le chemin de l’amour donné jusqu’au bout. Il est chemin de vie et de résurrection.

Sommes-nous capables de comprendre ce langage et de partager cette conviction?

Roland Bugnon

Article précédent :
L’attitude de Jésus face aux « pécheurs »

 

 

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