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La lampe de ma vie
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chronique du 11 juin 2018

 

L’invitation à rester debout dans la foi

tente de sudation

Le semeur. Vincent van Gogh, 1888. Huile sur toile. Musée Kröller-Müller, Otterlo. (photo : Wikimedia Commons)

Lire Marc 4, 26-34

Avec les premiers textes sur lesquels nous nous sommes arrêtés, Marc nous a fait entrer dans la polémique que suscitent les paroles et les actions de Jésus de Nazareth. Ce dernier n’a pas craint de mettre en valeur un Dieu très différent de celui que vénèrent les scribes et pharisiens, plus soucieux de sauvegarder un bon ordre social et religieux que de promouvoir une religion de la miséricorde demandée depuis longtemps par les prophètes.

Le lecteur est averti : la vie de Jésus ne ressemble en rien au parcours d’un fleuve tranquille. Elle est, dès ses premiers pas en Galilée, placée sous le signe de la contradiction. Ses adversaires ne le lâcheront plus, restant figés dans leur foi et leurs pratiques religieuses, imperméables à ses gestes de miséricorde et aux paroles qui les accompagnent. Une forme de paroxysme est atteinte un peu plus loin en Mc 3,22, lorsque, à bout d’arguments, des scribes descendus de Jérusalem n’hésitent pas à dire : « Il est possédé par Béelzéboul ; c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. » Tous les arguments leur semblent « bons » pour dévaloriser, aux yeux de la foule, les paroles et l’action de Jésus. Même les gens de sa famille viennent voir ce qu’il se passe ou peut-être tenter de le raisonner (3,31-32). À ce niveau également, Jésus fait sauter les verrous de la tradition pour instaurer une solidarité plus large : « Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » (Mc 3,35) Marc met en garde son lecteur. La route suivie par Jésus et ses disciples est semée d’embûches. C’est ce qu’il veut nous montrer un peu plus loin, dans la première parabole qui marque le début de l’enseignement de Jésus en Galilée (voir Mc 4,1-9).

La confiance du semeur en sa future récolte

Le semeur est sorti pour semer… Ainsi commence la première parabole. Il jette son grain de manière ancestrale sur le lopin de terre qui est le sien, préparé avec des moyens rudimentaires. Un petit chemin le traverse en partie. Ici où là affleure la roche, tandis que plus loin grandissent les ronces, entre deux, une terre sur laquelle il compte pour une bonne récolte. Le semeur s’est mis en marche et il jette la semence à poignée sur l’ensemble de son terrain. Inévitablement, du grain finit sa course sur le petit chemin, Les oiseaux profitent de l’aubaine et viennent s’en nourrir. Sur la roche qui affleure, la graine germe très vite, mais se dessèche aussitôt. Et dans les épineux, les mauvaises herbes se chargent d’étouffer son développement futur. Par bonheur, la bonne terre reçoit également de la semence et peut produire du fruit en plus ou moins grande quantité.

L’enseignement de Jésus part d’une réalité concrète que tous connaissent et qui donne à penser. C’est bien le sens de l’invitation faite au terme de la parabole : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » (Mc 4,9)Le langage de Jésus a dû paraître énigmatique, même à ses disciples et Marc estime nécessaire d’ajouter une explication mise dans la bouche de Jésus lui-même (Mc 4,13-20). La parabole prend alors une forme allégorique qui donne un sens à chacun des mots utilisés. J’estime quant à moi qu’il est aussi possible d’entendre la parabole dans sa forme première qui répond mieux aux difficultés rencontrées par Jésus lui-même et surtout par les premières communautés qui se sont constituées autour de sa Parole. La foule est dense autour du rabbi. Les curieux viennent nombreux pour « voir » ce jeune prodige dont tout le monde parle et qui guérit les malades. L’enthousiasme est grand, mais retombe peu après. Ses paroles exigeantes bousculent les esprits, déstabilisent ceux et celles qui « croyaient savoir ». Jean s’en fait l’écho en notant la réaction de beaucoup à la suite du discours sur le pain de vie : « Qui peut l’entendre ? » (Jn 6,60). Ils s’en retournent vite à leurs vieilles  certitudes et bonnes habitudes.

Ce fut aussi vrai dans les premières communautés chrétiennes. La dureté du cœur, l’absence de profondeur et les habitudes culturelles – comme le souligne la parabole du Semeur – ont eu raison du premier moment d’enthousiasme. Trivialement, je dirais que la ferveur du début est retombée « comme un soufflé au fromage ». C’est le premier constat de la parabole. Mais cela n’en constitue pas le point focal. La bonne terre est bien présente et elle produit du grain en retour. Le semeur sait qu’il va perdre de la graine mais n’en continue pas moins de semer, sûr de sa récolte. Voilà bien la leçon d’optimisme ou d’espérance à laquelle la parabole nous invite les uns et les autres. Sur la route de Jésus, comme sur celle de l’Église, tout ne se passe pas au mieux. Et pourtant, il faut rester ferme ou debout dans la foi car la Parole produira son fruit.

Seigneur, merci pour cette parabole du semeur! Elle nous parle de toutes les difficultés que tu as été le premier à traverser durant le temps de ta prédication en Galilée : l’enthousiasme passager des uns, l’inconsistance de ceux qui voudraient te suivre, la peur de prendre le chemin sur lequel tu les appelles et le haine grandissante de certains. Tu aurais des raisons de tout laisser tomber… Tu ne le fais pas parce que tu sais que, malgré les apparences, ta parole va trouver un écho favorable dans le cœur de beaucoup. Aujourd’hui, tes disciples sont confrontés à des difficultés similaires. Donne-leur ton Esprit de force pour qu’ils tiennent debout dans l’épreuve et certains que ta parole continuera à parler au cœur des femmes et des hommes de ce temps.

Prêtre spiritain, Roland Bugnon est l’auteur de Voyage de Marc en Galilée : récit imaginaire et romancé de la naissance d'un livre (Saint-Augustin, 2013).

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Le feu des pierres

 

 

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