Le baptême du centurion Corneille. Fonts baptismaux de Renier de Huy (début du XIIe siècle), église Saint-Barthélemy, Liège (Wikipedia).

1. Visite à Césarée

Roland BugnonRoland Bugnon, CSSP | 19 septembre 2022

Roland Bugnon propose une série sur les origines du Christianisme. Il ne le fait pas à la manière de l’historien ou du philosophe mais a choisi l’approche du romancier. C’est donc à une fiction littéraire que nous sommes conviés dans les textes de cette série, textes qui tentent de se faire l’écho des nombreuses questions qui se sont posées à l’époque de l’émergence du mouvement initié par Jésus et ses premiers disciples.

Avant-propos

Comment parler de tout ce qui s’est passé, voici bientôt deux mille ans et qui donna naissance au Christianisme? La mort en croix de Jésus de Nazareth, suivie de l’annonce de sa résurrection par ses disciples, sont à l’origine d’un mouvement qui a transformé le monde. Pour comprendre cet événement, on peut relire les livres qui nous en parlent, en particulier le Nouveau Testament, et en faire éventuellement une lecture critique. On peut aussi, à partir de tout ce que l’on sait de cette époque, en faire un récit libre et romancé qui permet de faire surgir toutes les questions qui ont pu se poser à l’époque et qui continuent à se poser aujourd’hui.

Corneille ou Cornelius est une personne évoquée dans les Actes des Apôtres. Il fait venir chez lui Pierre et l’invite à parler. Ce dernier accepte l’invitation. À la suite de son témoignage, Corneille et tous les habitants de la maison se convertissent. Pierre reconnaît en eux l’action de l’Esprit Saint et demande qu’on leur donne le baptême (Actes 10). Cet événement est capital dans l’histoire du Christianisme. Pour la première fois, des païens incirconcis sont accueillis dans la communauté des disciples de Jésus, sans conditions. C’est le début d’une grande aventure. Le message de Jésus retentit dans le monde non-juif. Cela ne se fera pas sans problèmes.

J’ai imaginé les questions qui ont pu se poser aux uns et aux autres. Lorsque Flavia et Lucius, personnages imaginaires de ce récit, arrivent en visite chez leur frère et beau-frère Corneille à Césarée. Ils vivent séparément depuis de longues années et n’imaginent pas ce qui a pu se passer dans sa vie. Ils vont le découvrir progressivement et ce sera l’occasion de nombreuses et profondes discussions. Ce cheminement progressif des uns et des autres forme la trame de mon récit. Je laisse à chacune et chacun la possibilité de s’y intégrer et de poursuivre la discussion en termes plus contemporains.

Arrivée à Césarée

Lorsqu’un homme de la garde lui annonce que la trirème impériale est en phase d’approche de Césarée, Cornelius, centurion en charge de la sécurité de la résidence du procurateur romain, se lève en toute hâte, appelle ses gardes de service et rejoint le port. Dans cette lointaine province de l’empire, l’arrivée d’un bateau venant de Rome est pour tous un événement. Les curieux sont nombreux. Les uns espèrent recevoir les dernières nouvelles de la famille, d’autres viennent récupérer les produits commandés au capitaine du navire ou tout simplement sont curieux d’apprendre les derniers potins de la cour impériale. Cornelius doit garantir la sécurité des officiels venus pour une visite en Palestine, prendre livraison du courrier impérial et parer à toute éventualité. Mais ce jour-là, un autre motif de réjouissance le fait trépigner d’impatience. Sa sœur Flavia et son mari Lucius devraient être du voyage. Désireux de connaître la lointaine province dont il leur parle dans ses lettres, ils ont décidé de venir lui rendre visite, dès que seraient rétablies les liaisons maritimes du printemps.

Sans tarder, Cornelius se rend dans le secteur du port réservé aux navires de la flotte impériale. Vêtu de sa longue tunique rouge, à la tête de la garde, il demeure attentif à la manœuvre. L’arrivée dans un port est délicate. Trouver son chemin entre des embarcations d’origines et de tonnages très différents, éviter toute collision et réduire la vitesse au minimum avant de toucher le débarcadère nécessite des manœuvres délicates. Debout sur le pont du navire, un groupe d’hommes et de femmes regardent cette terre sur laquelle beaucoup accostent pour la première fois. Le temps est au beau, le soleil radieux et les vents favorables. Selon toute probabilité, la traversée s’est bien passée. Cornelius cherche à distinguer le visage des voyageurs. Son regard s’arrête sur une silhouette blanche ; il s’agit bien de Flavia vêtue de sa longue tunique et, à côté d’elle, Lucius. Tous deux semblent avoir bien supporté le voyage et paraissent en pleine forme. Le navire accoste enfin. Les marins du port l’amarrent solidement au quai de débarquement avec de grosses cordes. Une passerelle est avancée. Les passagers quittent le bord.

Cornelius dispose ses hommes de part et d’autre. Tout doit se passer selon un ordre précis et il faut éviter que les curieux ne s’approchent de trop près. Les premiers voyageurs se pressent vers la sortie, les bras chargés de bagages ; des mains s’agitent, des appels sont lancés depuis le rivage. Cornelius n’est pas le seul à recevoir de la visite… Il attend patiemment, contrôle que les formalités de débarquement se passent normalement, mais, intérieurement, il bouillonne d’impatience ; il a hâte de pouvoir enfin serrer dans ses bras Flavia, cette sœur très aimée avec laquelle il partage tant d’histoires et de souvenirs remplis d’émotion. La voilà qui pose le pied sur la passerelle, suivie de Lucius. Son regard cherche son frère et s’éclaire d’un large sourire lorsqu’elle l’aperçoit. Cornelius vient au-devant de ses hôtes, confie leurs bagages à deux de ses serviteurs venus au port avec lui et serre enfin dans ses bras sa sœur et son beau-frère. Son visage est rayonnant de joie. La visite de ses proches, dans cette lointaine province de Palestine, est un événement rarissime. Cornelius a hâte de pouvoir conduire ses invités jusqu’à sa demeure où les attend Aurelia, son épouse. Le capitaine du navire est également descendu et s’approche de lui. Cornelius demande un peu de patience à ses visiteurs et vient à sa rencontre pour recevoir de ses mains le courrier qu’il doit transmettre au gouverneur. Son travail achevé, il peut quitter le port avec eux. Quelques hommes de sa garde restent sur place pour assurer le bon ordre du déchargement de la cargaison.

Comme toute maîtresse de maison, Aurelia ne veut pas être prise au dépourvu et entend bien vérifier que tout soit prêt avant l’arrivée des voyageurs. Ils seront probablement désireux de prendre un bon bain et de pouvoir partager un vrai repas. Les conditions de navigation sont rudes à cette époque. Il faut trouver un espace de vie sur le pont ou entre les bagages et manger la nourriture que l’on emporte avec soi ou l’acheter, le soir, à l’escale : olives, fruits secs, poissons séchés et galettes de pain. Aurelia n’attend pas longtemps. Voilà qu’arrivent les serviteurs avec les bagages ; Cornelius ne tardera plus maintenant, d’autant que le port n’est pas loin de la villa qu’ils habitent depuis de longues années. Aurelia sort. Elle a entendu les pas de la cohorte qui regagne son poste. Cornelius et ses invités sont proches. À les entendre, elle les sait en pleine discussion. Elle est impatiente de les embrasser et de connaître elle aussi les dernières nouvelles de Rome et de la famille. Dès qu’ils pénètrent dans le jardin, elle descend l’escalier pour courir au-devant d’eux ; elle lance, d’une voix claire et joyeuse, un salut vigoureux.

- Ave Flavia ! Ave Lucius ! Bienvenue à Césarée !

Ils s’étreignent longuement l’un contre l’autre, comme pour combler la longue période de temps qui les a séparés depuis la nomination et le départ de Cornelius pour Césarée. Les retrouvailles sont chaleureuses et les premières questions fusent de part et d’autre. Aurelia est particulièrement désireuse d’avoir des nouvelles de la famille. Passé le premier contact, elle interrompt brusquement tout le monde, se tourne vers son mari et ajoute :

- Après un voyage si éprouvant, je pense que Flavia et Lucius aimeraient pouvoir se rafraîchir et se reposer. La chambre est prête et un bon bain les attend, ainsi que du linge propre. Dès que vous le voudrez nous nous retrouverons pour le repas. Maintenant que vous êtes arrivés, nous aurons tout le temps pour discuter de tout. Venez avec moi, je vous montre votre chambre.

Gravissant l’escalier, ils traversent la terrasse et entrent dans la maison construite sur le modèle classique des villas romaines. Un petit couloir les conduit jusqu’à l’atrium, l’espace ouvert autour duquel sont construites les différentes pièces de la demeure. Après leur avoir indiqué le rôle et la fonction des premières pièces, Aurelia ouvre la porte d’une des chambres d’angle, en leur disant :

- Cette chambre a été préparée pour vous. Elle devrait vous convenir pour la durée de votre séjour ici. Vous y disposez de toutes les commodités. S’il vous manque quelque chose, n’hésitez pas à me le dire. Prenez le temps de vous installer de vous rafraîchir, de vous reposer et de manger quelques fruits. Cornelius doit certainement aller porter le courrier impérial au palais du gouverneur et moi je vais organiser le repas de ce soir.

- Magnifique ! répond Flavia. J’ai hâte de pouvoir retrouver la caresse de l’eau douce et de changer de tenue. Tu connais les conditions de vie à bord d’un bateau…

Après un dernier échange très joyeux, Aurelia et Cornelius quittent leurs visiteurs.

Roland Bugnon est membre de la congrégation du Saint-Esprit. Après 17 ans de ministère pastoral et d’enseignement en Centrafrique, il est revenu dans son pays, la Suisse. D’abord à Bâle, puis à Fribourg, il s’est  investi dans des tâches d’animation spirituelle et biblique. 

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Les événements de la vie nous confrontent et suscitent des questions. Si la Bible n’a pas la réponse à toutes nos questions, telle une lampe, elle éclaire nos existences et nous offre un certain nombre de repères.