L’Alliance entre Dieu et son peuple

Depuis des temps anciens, Israël exprime, en termes d’alliance, son rapport avec Dieu. Cette notion va contribuer à structurer et à définir la foi juive et chrétienne; l’ensemble de la Bible en est marqué. Aussi, l’alliance constitue-t-elle une clé de lecture essentielle pour les Écritures.

Origine

Le concept d’alliance trouve son origine dans la vie sociale et politique :

  • contrat bilatéral par lequel deux partenaires nouent leur destinée, de façon plus ou moins permanente;
  • le mariage représente ainsi une de ses formes les plus anciennes et les plus courantes.

D’autres types d’alliances unissent des individus ou des peuples entre eux : un souverain peut conclure une alliance avec ses sujets.

Vocabulaire

En hébreu, le terme que nous traduisons par « alliance » se dit berit; on pourrait le traduire par
« entre deux ». Conclure une alliance s’écrit k­_rat berit, c’est-à-dire « couper en deux ». L’expression fait référence au rite par lequel on concluait parfois une alliance, à savoir couper en deux un animal sacrifié :

  • les contractants passaient entre les deux moitiés du cadavre de la bête, signifiant par là   leur engagement à respecter les clauses de l’entente.
  • Le rite symbolisait que si l’un des partenaires transgressait l’alliance, il aurait à subir le   même sort que la victime animale.

Le traité de vassalité

Les alliances peuvent prendre plusieurs formes et survenir en différents contextes. Le traité de vassalité demeure cependant le plus utile pour cerner la réalité de l’alliance entre Dieu et Israël.

  • Ce type de contrat prévoit qu’un souverain offre sa protection au chef d’un autre peuple, moyennant certaines obligations de sa part : le paiement d’un impôt, par exemple.
  • Si le chef et son peuple manquent à leurs engagements, ils perdent la protection du souverain et peuvent subir des représailles.

« Le traité de vassalité, connu des Israélites dès l’époque prémonarchique, impose au vassal une allégeance exclusive et une fidélité absolue à son suzerain. Les termes d’un tel accord se prêtent donc admirablement à formuler les rapports entre un peuple et un Dieu exclusif dans ses exigences. Il en va de même de l’alliance matrimoniale qui requiert de la femme un attachement total à son mari et est donc particulièrement apte à exprimer les rapports entre Israël et Yahvé. » (E. Lipinski, Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Montréal, Brepols-Iris diffusion, 1987, p. 35).

Le schéma des traités de vassalité

En consultant des documents anciens, des spécialistes ont identifié un schéma commun aux traités de vassalité. Il comporte habituellement sept étapes :

1. Identification des contractants
On nomme les partenaires et on les situe dans le temps et dans l’espace.

2. Prologue historique
Rappel de l’histoire commune aux deux partenaires :

  • un contrat d’alliance vient en général structurer une relation déjà établie que les partenaires souhaitent prolonger dans l’harmonie.

3. Code de loi
Les partenaires s’entendent sur les mesures qui permettront de maintenir la qualité des relations :

  • règles, lois et obligations imposées à chacun des contractants.

4. Mention des témoins
Pour donner un caractère sacré à l’entente, chaque partenaire mentionne son dieu et fait appel à lui pour veiller au respect de l’alliance.

5. Mention d’exigence de publication
Le texte présentant les clauses de l’entente doit pouvoir être consulté en tout temps par les parties :

  • il sera déposé en lieu sûr, au temple ou dans les archives royales.

6. Conséquences
Le contrat doit mentionner ce qui arrivera en cas de respect ou de non-respect de l’alliance:

  • le partenaire fidèle à l’engagement sera béni;
  • l’infidèle subira la malédiction :
    • on trouve ici des formules d’imprécation, c’est-à-dire des souhaits de malheur envers la personne fautive.

Le ton très violent de certains passages bibliques s’explique par l’usage d’imprécations typiques des contrats d’alliance :
« ... que ses jours soient réduits, qu’un autre prenne sa charge, que ses fils soient orphelins, que sa femme soit veuve, que ses fils soient vagabonds et suppliants, qu’ils mendient hors de leurs ruines, qu’un usurier saisisse tous ses biens, que des étrangers raflent ses gains » (Psaume 109,8-11).

7. Rituel de conclusion
Un rituel vient sceller l’alliance :

  • le caractère religieux du geste symbolise que les dieux sont témoins de l’entente.
    Il existe deux types de rituels :
  • le rituel positif symbolise la bonne entente :
    • échange de sang entre les deux parties, partage d’un même repas, sacrifice au Temple, etc.;
  • le rituel négatif symbolise la rupture d’alliance :
    • on inflige des blessures à un animal ou on le met à mort; illustration du sort réservé à celui qui enfreindra l’alliance. (Gn 15,10.17)

L’Alliance entre Dieu et Israël

Israël connaît bien ces documents juridiques que sont les contrats d’alliance. Ce qui lui est particulier, c’est d’avoir adopté cette formule comme modèle pour les relations entre lui et Dieu. Israël vit et comprend sa relation avec Dieu à partir de son histoire.

Au premier plan apparaît l’événement fondateur de la sortie d’Égypte :

  • Israël croit que s’il a réussi à sortir d’Égypte, à résister à cette super-puissance - dont le pharaon se prétend être le dieu! - c’est parce qu’il n’était pas seul dans cette aventure;
  • il a bénéficié de la protection d’une puissance encore plus grande que celle du pharaon, celle du Dieu des ancêtres.
  • Cette protection serait la réalisation d’une alliance que Dieu a voulu conclure avec son peuple.

Les récits d’alliance

Si l’alliance entre Dieu et son peuple traverse l’ensemble de la Bible, quelques récits en font apparaître des facettes plus précises :

  • alliance avec Noé, conclue après le déluge et certifiée par l’arc-en-ciel (Gn 9,8-17);
  • alliance avec Abraham (Gn 15,7-18; 17);
  • alliance avec David et sa dynastie (2 Samuel 7, 11-16; 23,5);
  • alliance avec la caste sacerdotale (Nb 25,12s);
  • alliance avec le peuple, au Sinaï (Ex 19-34), renouvelée périodiquement (Josué 24; Néhémie 8-9).

Les rassemblements d’alliances

La Bible présente trois moments-clés de l’histoire d’Israël comme autant d’occasions de conclure ou de renouveler l’alliance avec Dieu :

  1. Au Sinaï: Dieu fait alliance avec son peuple (Exode 19);
  2. Israël arrive en Terre promise : il renouvelle l’alliance avec Dieu (Josué 24);
  3. Au retour d’exil : Israël réaffirme son engagement envers le Seigneur (Néhémie 8).

D’après les récits bibliques, ces moments-clés donnent lieu à des rassemblements de tout le peuple d’Israël:

  • la conclusion ou le renouvellement de l’alliance prend la forme d’une grande cérémonie;
  • le déroulement reflète le schéma des anciens traités de vassalité.

Contrat d’alliance et liturgie

Les sept étapes du traité de vassalité sont adaptées et ramenées à quatre, lesquelles formeront la structure de base de la liturgie israélite.

Étapes du schéma
d’alliance

Exode 19 - 24
 

Josué 24

Néhémie 8

Convocation
et identification

« Moïse fit sortir le peuple à la rencontre
de Dieu... » (19,17); « C’est moi le Seigneur ton Dieu... » (20,2)

« Josué réunit toutes les tribus d’Israël... » (v. 1)

« Tout le peuple, comme un seul
homme, se rassembla sur la place... » (v. 1-2)

Rappel historique
et code de loi

« Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi... » (ch. 20; 24,3.7).

« J’ai fait sortir vos pères d’Égypte
... » (v. 2-13).

« Les oreilles de tout le peuple étaient attentives au livre de la Loi» (v. 2-3.8)

Adhésion du peuple
et conséquences

« Tout le peuple répondit d’une seule voix... » (24,3.7)

« Le peuple répondit: " Loin de nous la pensée d’abandonner
le Seigneur... »

« ... et tout le peuple répondit: "Amen! Amen! " » (v. 6)

Rituel de conclusion

« Voici le sang de l’alliance que le
Seigneur a conclue... » (24,8)

« Josué (... ) prit une grande pierre qu’il fit dresser là... »
(v. 26-28)

« ... tout le peuple Si en alla pour manger et boire [... ] car ils
avaient compris les paroles... » (v. 12)

 
Ces quatre grandes étapes de la cérémonie d’alliance se retrouvent dans la liturgie chrétienne :

  1. convocation = rassemblement;
  2. rappel historique et code de loi = proclamation de la Parole;
  3. adhésion du peuple = profession de foi;
  4. rituel de conclusion = partage du pain et du vin.

Jean Grou

Source : La Bible pas à pas – Feuillet no 24

Retour au plan de la leçon