13.
Le diable s'aiguise les griffes
, Trois-Rivières,
Québec
Photo
de l'oeuvre grand format
«
La nuit, le diable vient s'aiguiser les griffes sur
une enclume dans une boutique de forge »

Par
un beau samedi soir, le maître des forges du
Saint-Maurice avait invité les travailleurs
à venir fêter l'arrivée de l'été.
On commença tôt à s'amener, même
à la brunante il arrivait encore des voitures
chargées de gens qui venaient se divertir et
se régaler, car on avait l'habitude, lors de
ces soirées, d'installer dehors de grandes
tables qu'on couvrait de victuailles et de bons vins
des Vieux Pays.

Mais
la soirée, comme cela s'étaient déjà
produit lorsqu'on se réunissait pour fêter,
n'allait pas se passer sans que les esprits s'échauffent.
Et parmi les sujets qui mirent le feu aux poudres
il y eut d'abord celui des "hommes qui avaient
des cornes", c'est-à-dire ceux qui étaient
trompés par leur femme, puis celui du diable.
Les uns déclarèrent que le diable venait
la nuit fouiner dans les bâtiments des Forges,
et d'autres s'esclaffaient en disant qu'il aurait
bien trop peur de "manger une volée",
comme cela était arrivée la nuit où,
sous forme d'un "homme pas de tête",
il s'était placé devant une voiture,
en plein milieu d'un chemin en forêt.

Puis,
la discussion s'envenima jusqu'à ce qu'un poing
partit et alla s'abattre sur la figure d'un opposant.
Ce fut le signal d'une bataille générale.

Soudain,
un bruit éclatant se mêla aux clameurs
de la foule; et par les fenêtres de la forge,
les flammèches s'échappant de fer battu
sur l'enclume projetaient des lueurs dans le bâtiment.
Pourtant, la porte était bien barée
du dehors et tous les forgerons se trouvaient à
la fête.

Deux
hommes parmi les plus hardis décidèrent
d'entrer pour arrêter le gros marteau qui, pensaient-ils,
avait dû se mettre en marche de lui-même.
Surprise! ils aperçurent un grand homme noir
au regard perçant qui se faisait battre les
griffes sous le gros marteau et des étincelles
de fer rouge en jaillissaient.

Lorsque
les deux curieux sortirent de la forge à la
fine épouvante et s'éloignèrent
des lieux, les fêtards effrayés les suivirent
en toute hâte, même ceux que le vin avait
éméchés.
Légende extraite du recueil no 13, p. 38, publié
aux éditions J.-C.
Dupont.
Références
bibliographiques de cette légende:
- CARON, Napoléon, Deux voyages sur le Saint-Maurice,
Trois-Rivières, Librairie du Sacré-Coeur,
1872, 322 p., pp 275-287.
- FRÉCHETTE, Louis, Le diable des forges,
L'Almanah du Peuple Beauchemin, 1904, pp 98-122.
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