
Oeuvre
précédente
,
suivante
Photo
de l'oeuvre grand format
«
Le mont Tremblant abritait des Amérindiens
qui ne vieillissaient pas »

De
loin aux alentours, on apercevait cette montagne
qui abritait un jardin merveilleux au milieu des
grands bois. Sous les rayons du midi mûrissaient
du maïs, des fèves et des citrouilles.
Des rosiers de toutes couleurs s'étendaient
sous des arbres chargés de fruits.

Plusieurs
fois par jour, le manitou Ewitchi-Saga qui régnait
sur les lieux parlait aux ours, aux chevreuils et
aux autres animaux qui venaient boire dans un lac
d'où les nuages tiraient la rosée.
L'air y était si pur que les êtres
vivants qui fréquentaient ces bois n'avaient
pas d'âge.

Mais
un jour, un windigo qui passait par là pensa
qu'il était bien bête de ne pas monter
sur la montagne pour se charger de fruits et de
gibier.

Une
fois arrivé dans le jardin merveilleux, il
commença à remplir son panier d'herbes
de vie et à choisir les plus beaux pieds
d'ail des bois. Puis, comme le vent se fit entendre
et que le soleil disparut, il se dit qu'il fallait
faire vite et descendre avant que le mauvais temps
se lève.

Il
entrait dans le verger lorsque la grêle commença
à bondir sur les rochers; il glissa vitement
sur son dos un paquet de branches cassées
aux arbres fruitiers. Puis, il attrapa deux perdrix
grasses qui gardaient leur couvée.

Mais
le sol tremblait déjà sous ses pieds
et il se produisit alors une chose encore plus surprenante.
Une rafale de pluie chaude poussée par le
souffle du manitou coucha le windigo par terre.
Une barre de feu en zigzag s'enfonça dans
le roc et traça le lit d'une rivière
qui se mit aussitôt à dévaler
vers le bas de la montagne.

Le
windigo fut projeté dans ces eaux bouillonnantes
tandis que l'écho reprenait les bruits de
la montagne qui grondait.

Une
fois entraîné à toute allure
dans la prairie où l'eau se répandit,
le mauvais esprit fut transformé en une île
et condamné à admirer le mont Tremblant
pendant toute l'éternité.

Depuis,
il n'est pas rare d'entendre gronder le mont Tremblant.
Légende extraite
d'un recueil (tiré à part) intitulé
« Loups-garous, diables et fantômes
» aux éditions
GID et Jean-Claude Dupont, 2001, p. 14.
Références bibliographiques de cette légende:
- DUBÉ Dollard, Légendes indiennes
du Saint-Maurice, Trois-Rivières, Éditions
du Bien Public, 1933, pp 11-12.
- O'REAR John & Franckie, The Mont Tremblant
Story, N.Y., A.S. Barnes ans Company, 1954,
pp 17-19.