Le bon pasteur. Henry Ossawa Tanner, 1917. Huile sur toile, 64,8 x 81,3 cm. Crystal Bridges Museum of American Art, Bentonville (Wikipédia).

Je suis le bon pasteur

Yves GuillemetteYves Guillemette | 4e dimanche de Pâques (B) – 21 avril 2024

Le pasteur véritable et le mercenaire : Jean 10, 11-18
Les lectures :  Actes 4, 8-12 ; Psaume 117 (118) ; 1 Jean 3, 1-2
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Les dimanches qui suivent la fête de Pâques développent chacun à sa manière les multiples facettes du mystère du Christ. Aujourd’hui nous sommes invités à tourner nos regards vers Jésus, le bon pasteur. La bonté de Jésus s’est exprimée dans la liberté avec laquelle il a fait le sacrifice de sa vie. En le ressuscitant, Dieu a manifesté que la mort, conséquence du péché des humains, ne pouvait l’empêcher de nous combler de son amour. Cet amour dont il continue de nous combler exerce encore pour nous sa puissance de salut.

Croire au Ressuscité

La première lecture de la messe rapporte un extrait d’un discours de Pierre devant le Conseil suprême. Il est forcé de justifier sa prédication de l’Évangile du Ressuscité ainsi que la guérison d’un homme infirme de naissance devant la Belle-Porte du temple (Actes 3,1-10). Pierre annonce la réalisation du mystère du salut en la personne de Jésus mort et ressuscité :

« Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. […] En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. » (Actes 4,9-10.12)

Cet événement dans la vie de la jeune église de Jérusalem se situe dans le droit fil de l’enseignement et de l’agir de Jésus qui n’a eu de cesse de montrer la miséricorde de Dieu en faveur notamment des plus faibles.

Dans le passage d’évangile de ce dimanche, Jésus se compare au bon pasteur qui est prêt à risquer sa vie pour défendre les brebis de son troupeau contre les prédateurs ou les voleurs. Cette comparaison évoque aisément le don que Jésus a fait de sa vie pour la communauté de ses disciples. D’ailleurs l’expression Donner sa vie pour les brebis revient comme un leitmotiv tout au long du discours et caractérise la qualité essentielle du pasteur : sa bonté.

La bonté du pasteur

Si Jésus est le bon pasteur, c’est parce que lui seul a la capacité de donner sa vie pour ses brebis. Les autres actions, comme le soin qu’il prend des brebis, ne servent qu’à amplifier celle-là. Passant de l’image à la réalité, Jésus évoque en clair le mystère de sa mort et de sa résurrection : Voici pourquoi le Père m’aime ; parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même (Jean 10,17-18a). Ces paroles expriment la libre volonté de Jésus dans sa mort et sa résurrection. Mais elles soulignent avec force, pour les premiers chrétiens comme pour nous, que celui qui a donné sa vie n’est pas demeuré dans la mort mais qu’il est toujours vivant et continue d’être le pasteur qui guide son troupeau. L’affirmation par Jésus du don libre et gratuit de sa vie revêt une importance capitale pour tous ses disciples : en effet, ils peuvent saisir jusqu’à quel point ils lui tiennent à cœur. C’est d’ailleurs la mission, ou le commandement, que le Père avait confiée à son Fils : manifester envers et contre tout l’amour que Dieu éprouve pour l’humanité. Un amour qui ne s’est pas démenti devant la mort, mais qui est demeuré fort et fidèle.

La bonté du pasteur Jésus est qualifiée également par le fait qu’il connaît ses brebis et que, en retour, ses brebis le connaissent. Il ne s’agit pas ici d’une connaissance intellectuelle, mais plutôt d’un dynamisme qui tend vers l’union d’amour. C’est un amour qui s’engage au service de l’autre pour son plus grand bonheur. Ici encore cette connaissance d’amour se rattache au sacrifice que Jésus a fait de sa vie. L’amour que Jésus éprouve pour ses disciples appelle la réponse d’amour de ces derniers. C’est un amour qui invite à la communion. C’est à cette réalité vécue que se reconnaîtront les disciples authentiques de Jésus.

Il y aura un seul troupeau

J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. (Jn 10,16)

Ces paroles de Jésus doivent encore être mises en relation avec sa mort et sa résurrection. Durant sa vie terrestre, Jésus a constitué un premier groupe de disciples qu’il a appelés à le suivre. Mais la constitution de sa communauté ne prend pas fin avec sa mort. Il continuera de rassembler autour de lui toutes les personnes qui, après sa résurrection, écouteront sa voix et viendront à lui dans la foi, grâce aux Apôtres dont la prédication fera retentir l’Évangile. Il y aura alors un seul troupeau, une seule Église, une seule communauté de croyants et de croyantes, parce que tous seront rassemblés autour d’un seul et unique pasteur. Selon la remarque de Jean, Jésus a offert sa vie pour réunir dans l’unité les enfants de Dieu qui sont dispersés (11,52). Il est le principe d’unité de sa communauté.

Aujourd’hui s’accomplit cette Parole

Nous sommes aujourd’hui la communauté rassemblée au nom de Jésus ressuscité. Dès le début de son discours, Jésus affirme qu’il conduit son troupeau hors de la bergerie et le guide sur les routes du monde. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix (Jn 10,4).

C’est au cœur du monde que la communauté des disciples est destinée à vivre et à croître, en mettant sa confiance en son Pasteur qui la guide et la protège. Jésus a besoin que sa communauté le suive et affronte avec lui les défis de la route, car il compte sur elle pour faire retentir la Bonne Nouvelle, et rassembler dans l’unité les hommes et les femmes qui entendront sa voix. 

Yves Guillemette est curé de la paroisse Saint-Léon de Westmount et directeur du site interBible.org.

Source : Le Feuillet biblique, no 2843. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation du Diocèse de Montréal.

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