La parabole des deux fils envoyés à la vigne. Georg Pencz, 1534-1535.
Gravure, 3,9 x 5,9 cm. Metropolitan Museum of Art (Wikimedia).

Travailler à la vigne du Seigneur

Odette MainvilleOdette Mainville | 26e dimanche du temps ordinaire (A) – 27 septembre 2026

Parabole des deux fils : Matthieu 21, 28-32
Les lectures : Ézékiel 18, 25-28 ; Psaume 24 (25) ; Philippiens 2, 1-11
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Il importe, d’entrée de jeu, de rappeler l’importance du thème de la vigne dans la Bible, image symbolique du Royaume de Dieu. Dans le Nouveau Testament, cette vigne est en quelque sorte incarnée en la personne de Jésus dont le Père serait le Vigneron. Travailler à la vigne implique donc de participer à l’œuvre du Seigneur à la manière dont Jésus s’y est affairé ; plus concrètement, en cultivant toujours la volonté d’agir en toute circonstance à la façon dont Jésus le ferait lui-même. Matthieu est celui des quatre évangélistes qui recourt le plus souvent à l’image de la vigne [1].

Le contexte de la parabole

Pour bien comprendre le message que Jésus veut livrer, en Matthieu 21,28-32, où un père invite chacun de ses fils à aller travailler à sa vigne, il convient d’abord de situer cette parabole dans la foulée de la séance qui la précède, soit celle relatée en 21,23-27, où Jésus, en train de livrer un enseignement dans le Temple, est interpelé par les grands prêtres et les anciens. Se considérant les seuls autorisés à enseigner la Loi de Dieu, à titre de guides du peuple, ils s’approchent de Jésus et lui posent la question : « De quel droit fais-tu ces choses? Qui t’a donné autorité pour faire cela? » Au lieu de répondre explicitement à leurs questions, Jésus, à son tour, leur pose une question : « Moi aussi je vais vous poser une question, une seule ; si vous me répondez, alors je vous dirai de quelle autorité je fais cela. Le baptême de Jean, de quelle autorité venait-il ? De Dieu ou des hommes ? » Ils s’interrogent entre eux : « Si nous disons ‘des hommes’, nous aurons la foule contre nous, car tous tiennent Jean pour un prophète. »  Ils répondirent alors : « Nous ne savons pas. » Jésus leur dit : « Moi non plus, je ne vous dis pas de quelle autorité je fais cela. » C’est cependant par le biais de la parabole des deux fils invités à aller travailler à la vigne que Jésus livre une réponse implicite à leur interrogation. Voyons en quoi ladite parabole placera les grands prêtres et les anciens face à leur propre comportement.

Deux fils invités à travailler à la vigne de leur père

Les paroles introductives de la parabole montrent effectivement qu’elle se veut une réponse aux interlocuteurs de Jésus, qui cherchaient à lui tendre un piège :  Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : “Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne —‘Je ne veux pas”, dit-il. Mais plus tard, il se repent et s’acquitte de la tâche. Le père adresse alors le même ordre au deuxième fils. Ce dernier répond : “Oui, Seigneur”, mais il n’y va pas. De toute évidence, c’est le premier fils qui fait la volonté de son père.

La comparaison que Jésus compte alors établir en évoquant l’attitude de chacun des fils serait la suivante : ceux qui, de façon ostentatoire, prétendent suivre fidèlement la volonté de Dieu se retrouvent dans l’erreur, alors que ceux qui, d’abord récalcitrants, s’y soumettent après réflexion sont bel et bien ceux qui répondent à sa volonté.             

Jésus ne se laisse donc pas intimider par ceux qui se croient mandatés pour assumer la gouverne et l’instruction du peuple juif. Forts de leur rôle, souvent gonflés d’orgueil en raison des honneurs inhérents à leur fonction, ils livrent alors de stricts enseignements quant à la manière de mener une vie conforme aux préceptes de la Loi de Dieu. Certes, ils prétendent obéir à cette Loi, bien qu’ils ne s’adonnent trop souvent qu’à une pratique de façade, le cœur fermé face aux contraintes du quotidien auxquelles sont confrontés les gens ordinaires. Jésus dénonce cette attitude hypocrite.

En citant les publicains et les prostituées comment étant ceux et celles qui les précéderont dans le Royaume des Cieux, on pourrait croire alors que Jésus valorise le mode de vie des publicains, lesquels collectaient les impôts auprès de leurs concitoyens en faveur des occupants ennemis, et des prostituées, dont on ne saurait certes pas approuver le comportement. Ces deux groupes, auxquels est associé le premier fils, représentent plutôt ceux et celles qui, après avoir entendu l’enseignement de Jean le Baptiste, ont cru en cet enseignement et se sont convertis. Cela implique encore qu’en raison de sa miséricorde, Dieu ne tient pas rigueur d’un passé débauché, mais accueille en son sein les pécheurs repentis. Le premier fils se veut alors l’incarnation de ces gens qui ont d’abord dit non à l’appel du Seigneur, mais qu’après réflexion et repentir, acceptent de travailler à sa vigne ; tandis que le deuxième fils représente les chefs des prêtres et les anciens à qui Jésus formule le reproche : « Mais vous, même après avoir (entendu la prédication de Jean), vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole ».

Une parabole toujours d’actualité

Des engagements concrets qui s’actualisent au quotidien valent mieux que de belles paroles qui demeurent sans lendemain. Aujourd’hui encore, il arrive que les gens ordinaires soucieux de suivre les enseignements de Jésus soient sous la gouverne d’autorités religieuses orgueilleuses de leurs titres et de leurs fonctions d’autorité incarnant en quelque sorte les rôles des chefs religieux de l’époque. Vêtus d’habits d’apparats, vivant dans l’opulence, ils reproduisent un mode de vie qui se modèlerait, d’une certaine manière, à celui des prêtres et des anciens, trahissant à leur tour les enseignements de Jésus de Nazareth. Les gens du petit peuple, se sentant alors indignes de les côtoyer, se croient plutôt dans l’obligation de s’incliner devant eux. C’est à se demander si même Jésus de Nazareth serait considéré comme digne de les fréquenter.

Pourtant la volonté du Père, telle que préconisée dans l’enseignement de Jésus, demande un engagement quotidien qui privilégie la repentance sincère à l’autosuffisance religieuse. Jésus n’a donc pas besoin d’une pratique religieuse de façade. Il réclame plutôt de ceux et celles qui se disent ses disciples un engagement animé d’un amour, qui posent des gestes concrets en faveur de l’actualisation quotidienne de son enseignement. Dans la foulée de la parabole impliquant les deux fils, Jésus enseigne que la véritable obéissance au Père se concrétise effectivement par des actes plutôt que par de simples affirmations verbales, plutôt que par des promesses sans lendemain.

La parabole démontre encore qu’à l’instar des publicains et des prostituées, la personne humaine est toujours capable de croissance, indépendamment d’un passé teinté d’une débauche quelconque. Jésus nous dit, par le biais de la parabole, que chacun est capable de changer son agir pour un comportement meilleur. Cela implique une mure réflexion et une capacité de mettre à profit sa liberté personnelle face à l’enseignement de personnes en autorité, afin d’épouser un comportement conforme à la volonté de Dieu telle que transmise par Jésus.

Conclusion

Le choix de vivre en harmonie avec la volonté de Dieu, d’accepter de travailler à la vigne exige sans cesse réflexion et discernement. Chaque journée présente ses imprévus ; chaque journée nécessite que l’on choisisse de vivre conformément au message livré par Jésus au cours de sa mission terrestre. Si la pratique religieuse peut s’avérer un cadre propice à cet engagement quotidien, elle n’en est pourtant pas la condition sine qua non.  Méditer la parole de Dieu à travers l’enseignement de Jésus, en faire la base de son mode de vie, devient gage de croissance personnelle et spirituelle.

Odette Mainville est auteure et professeure honoraire de l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal.

[1] À titre d’exemples, ce thème est encore évoqué dans la parabole des ouvriers de la onzième heure (Mt 20,1-16), des vignerons homicides (Mt 21,33- 43), au moment de la Cène (Mt 26,29).

Source : Feuillet biblique 2944. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation écrite du site interBible.org.

Célébrer

Célébrer la Parole

Depuis l’automne 2017, le Feuillet biblique n’est disponible qu’en version électronique et est publié ici sous la rubrique Célébrer la Parole. Avant cette période, les archives donnent des extraits du feuillet publiés par le Centre biblique de Montréal.