Le denier de César. Philippe de Champaigne, c. 1663-1665. Huile sur toile, 138,5 x 188 cm. Musée des beaux-arts de Montréal (Wikipédia).

Est pris qui voulait prendre!

Christiane Cloutier DupuisChristiane Cloutier Dupuis | 29e dimanche du temps ordinaire (A) – 18 octobre 2026

L’impôt dû à César : Matthieu 22, 15-21
Les lectures : Isaïe 45, 1.4-6a ; Psaume 95 (96) ; 1 Thessaloniciens 1, 1-5b
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Cette page d’évangile est comme une projection cinématographique de ce que Jésus a vécu de nombreuses fois : pharisiens, légistes, docteurs de la Loi et parfois des Hérodiens qui cherchent régulièrement à le piéger pour des motifs religieux ou politiques.

Motifs religieux des pharisiens dont beaucoup sont légistes et docteurs de la Loi

Pourquoi agissent-ils ainsi? Parce que sa proclamation de la Bonne Nouvelle de Dieu et de l’arrivée du Règne de Dieu jusqu’à chaque personne, si elle le désire, est extrêmement dérangeante pour eux et le pouvoir qu’ils ont sur le peuple. Pharisiens, légistes, docteurs de la Loi ainsi que les hommes de la caste sacerdotale des Sadducéens enseignent un Dieu très exigeant. Un Dieu qui est censé avoir dicté de nombreuses lois, prescriptions, et obligations envers lui sans compter les interdits de ceci ou de cela! Ces prescriptions et lois engendrent souvent l’obligation d’aller au Temple à Jérusalem pour offrir des sacrifices pour un tas de raisons touchant la vie quotidienne comme une naissance, un état de santé, un contact avec quelque chose ou quelqu’un d’impur pour se faire purifier etc. Il faut aussi payer la dîme au Temple! C’est tout cet ensemble de lois, règles et prescriptions qui fait vivre le Temple de Jérusalem ainsi que les personnes impliquées de près ou de loin aux activités du dit Temple. Et qui donne aussi aux pharisiens et docteurs de la Loi autorité et pouvoir immenses sur le peuple!

Or, Jésus essaie de faire comprendre à ses co-religionnaires que Dieu ne coûte rien et n’exige aucun sacrifice pour lui plaire (« Je hais l’Odeur de vos sacrifices » Osée 6,6 cité en Mt 9,13 et 12,7). Pour arriver à ce but, il se sert d’un outil pédagogique unique, les paraboles, qui sont de petites histoires à l’air innocent mais qui ne le sont pas du tout! Cet enseignement d’un Dieu qui ne coûte rien et n’exige rien est subversif et dévastateur pour la caste sacerdotale et les docteurs de la Loi car le Temple est LA « grosse usine » qui fait vivre la ville.

Motif politique

Beaucoup de personnes voient en Jésus le Messie. Hérode redoute comme la peste qu’on reconnaisse Jésus comme le « Roi Messie », ce qui lui enlèverait son autorité et sa légitimité sur le peuple. Voilà pourquoi les Hérodiens sont d’accord pour le piéger eux aussi, espérant le discréditer pour toujours ou même le faire condamner à mort. Mais les envoyés des pharisiens et les artisans d’Hérode ont en commun d’avoir largement sous-estimé Jésus en le jugeant d’une intelligence plus que moyenne. C’est ainsi qu’ils croient pouvoir l’appâter en utilisant la flatterie : « Tu es toujours vrai … tu enseignes le vrai chemin de Dieu … tu ne fais aucune différence entre les gens … ». Pensant le terrain bien préparé, ils lancent leur hameçon : « est-il permis ou non de payer l’impôt à l’empereur? »

Pour nous, Occidentaux du 21es la question peut paraître étrange ou bizarre. Tout le monde sait qu’on doit payer son impôt. Mais Jésus vit à une autre époque et son peuple attend ardemment le Roi-Messie. On est convaincu que ce temps messianique est arrivé. C’est pourquoi l’empereur de Rome et Hérode sont vus comme des imposteurs qui se sont emparés par la force de la Palestine. Et beaucoup répugnent à payer de l’impôt à l’empereur et au roitelet Hérode. Ils ont l’impression de trahir Yahvé dont ils sont le peuple et à qui ils appartiennent. Cela touche directement leur foi et leurs convictions religieuses. À leurs yeux, la Palestine est la terre de Yahvé et appartient à son peuple. D’où ce sentiment d’injustice et cette impression de trahison en payant l’impôt. Cela explique la sournoiserie de la question. Si Jésus répondait spontanément de payer l’impôt, il passerait pour un traitre et s’il disait de ne pas payer, c’est avec les autorités hérodiennes qu’il aurait des problèmes.

Contrairement à ce qu’ils pensaient, Jésus est un surdoué, doté d’une intelligence supérieure. Il les a vus venir et a compris très vite leur jeu. C’est pourquoi, il n’hésite pas une seconde à les traiter d’hypocrites et décide de les piéger à son tour avec une question qui semble tellement innocente : « Montrez-moi la monnaie de l’impôt ». Ne se doutant pas de ce que ce manège cache et ignorant où il veut en venir, ils lui présentèrent une pièce d’argent. Alors Jésus leur pose la question perfide « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles? « De César, répondirent-ils ». Alors il leur dit ceci « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Réponse géniale! Impossible de la remettre en question, de la contester. C’est une réponse de gros bon sens. Ils ne peuvent plus rien dire et sont probablement « sonnés » par cette réponse.

Cela nous rapporte quoi d’avoir entendu ce bout d’évangile? Différentes réflexions peuvent surgir…

Piéger les autres

Est-ce que je fais partie des personnes qui aiment bien piéger les autres. Et si oui, pourquoi j’agis ainsi? Par jalousie, vengeance, méchanceté, ambition ? C’est important de se connaître et de savoir où se situent nos faiblesses et nos défauts car c’est la seule façon que nous ayons de nous corriger ou de nous améliorer. Question importante car cette conduite existe souvent dans le monde du travail, tous milieux confondus. Cela permet de réfléchir sur notre conduite, sur qui nous sommes, notre idéal ou absence d’idéal, sur qui on voudrait être.

Mon attitude face à l’impôt

Qu’est-ce que je pense de cette obligation? Est-ce que j’essaie d’en cacher le plus possible en me foutant des conséquences sociales?  Est-ce que j’ai déjà pris le temps de réfléchir sur le pourquoi de cette pratique civile? Sur l’impact que peut avoir cette pratique sur la vie des personnes de notre société? Sans l’impôt ou les taxes foncières, qu’arriverait-il de nos écoles, hôpitaux, routes, systèmes d’égouts, structures telles que tunnels, entretien des bâtiments qui servent à la population selon les besoins, etc. ? Qu’arriverait-il aux malchanceux de la vie qui se retrouvent sans travail pour toutes sortes de raisons? Il n’y a pas que des « bougons [1] » dans notre société.  Il suffit d’être en lien avec des organismes communautaires pour prendre conscience des multiples visages de l’immense misère humaine. Alors si notre seule façon d’aider la société à mieux se porter, s’instruire, se soigner, essayons de voir l’impôt non comme une aberration, une injustice, un mal abominable mais peut-être la seule façon de contribuer concrètement au mieux-être de notre société. Cela ne nous fera pas sauter de joie mais ça facilitera le devoir de payer quand arrivera ce temps…

Et si vous avez absolument tout ce dont vous avez besoin dans la vie, réjouissez-vous et soyez dans l’action de grâce devant notre Dieu.

Formatrice spécialisée en études bibliques, Christiane Cloutier Dupuis détient un doctorat en Sciences religieuses (option Exégèse) de l’UQÀM.

[1] NDLR : Les Bougon, c’est aussi ça la vie! ou Les Bougon est une série télévisée québécoise en 50 épisodes de 23 minutes, créée par François Avard et diffusée du 7 janvier 2004 au 1ᵉʳ mai 2006 à la télévision de Radio-Canada. La série présente une caricature des bénéficiaires de l’aide sociale sans toutefois les dénigrer. Elle cherchait à montrer que la fraude et la manipulation sont généralisées en société.

Source : Feuillet biblique 2947. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation écrite du site interBible.org.

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