(Dingzeyu Li / Unsplash)

Si vous m’aimez

Léo LabergeLéo Laberge | 6e dimanche du Pâques (A) – 10 mai 2026

Le Paraclet, Jésus et le Père viendront : Jean 14, 15-21
Les lectures : Actes 8, 5-8.14-17 ; Psaume 65 (66) ; 1 Pierre 3, 15-18
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

L’évangile et les lettres de Jean parlent abondamment de l’amour (agapê). Le texte que l’Église médite en ce dimanche précédant l’Ascension souligne le lien entre l’amour (l’agapê), la venue de l’Esprit, l’activité de l’amour divin. Avec des mots simples, sans avoir peur des répétitions, Jean sait faire passer un message qui conduit ceux et celles qui croient, qui aiment et qui vivent de l’espérance à la contemplation de la vie de Dieu, Père, Fils et Esprit.

Vous garderez mes commandements

On ne pourrait, bien sûr, aimer Dieu s’il ne nous avait aimés le premier. C’est lui qui nous donne de l’aimer et de vivre de son amour. Mais il veut et il attend notre réponse d’amour. Cela se prouve, de notre part, par la fidélité à ses commandements, en « gardant » ses commandements, comme le dit le texte grec de l’évangile. Le premier et le dernier verset de l’évangile d’aujourd’hui mettent en évidence le lien entre l’amour et l’observance des commandements : si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements ; celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle (en grec : qui les garde)... Par là, le Nouveau Testament rejoint (tout en la dépassant) une formule de l’Ancien Testament, où le Deutéronome, au ch. 6, explique comment aimer Dieu de toutes ses forces conduit le peuple choisi à observer fidèlement ce que Dieu demande.

Le Père et l’Esprit de vérité

En quittant ses disciples, Jésus leur promet la venue de l’Esprit. Il importe de remarquer ici comment Jésus relie l’amour des croyants (si vous m’aimez), la fidélité des disciples (vous resterez fidèles à mes commandements), la prière de Jésus (moi, je prierai le Père ...) et l’envoi de l’Esprit (il vous donnera un autre Défenseur...). Un autre Défenseur : c’est donc que Jésus exerçait cette fonction de défenseur! L’Esprit prend, pour ainsi dire, la relève : il continuera ce que Jésus faisait, alors qu’il vivait avec ses disciples et qu’il les préparait à son départ (pour passer de ce monde à son Père). Le « défenseur », c’est l’avocat qui défend son client, mais c’est aussi celui qui encourage, qui exhorte, soutient et intercède (défenseur traduit le grec paraklêtos, d’où vient le terme « Paraclet »). L’Esprit, qui sera pour toujours avec vous, sera bien le défenseur, celui qui vous appuiera lorsque vous comparaîtrez devant les tribunaux. Son action n’est pas cependant limitée à la cour de justice, car le Paraclet est aussi celui qui constamment fournira la paraklêsis, c’est-à-dire l’exhortation, l’encouragement, l’intercession. L’Esprit est dit Esprit de vérité : mention unique dans cette lecture, mais qui se trouve fréquemment dans les lettres et dans l’évangile de Jean. C’est dire son importance pour les disciples, comme pour nous tous, les croyants.

Voir et connaitre l’Esprit et le Christ

Au centre de la lecture d’aujourd’hui les deux verbes « voir » et « connaître » soulignent l’opposition entre le monde et les disciples. Là encore, le jeu des répétitions et des oppositions démontre la maîtrise de Jean. Les trois mentions de ces deux verbes sont agencées de telle sorte que les négations et les affirmations nous font passer du monde (qui ne voit pas l’Esprit) aux disciples (qui connaissent et l’Esprit et le Christ). Note : deux fois « ne pas voir » et une fois « voir » contre une mention de « ne pas connaître » et deux mentions de l’expression affirmative « connaître ». — Il faut goûter la finesse de l’art littéraire de Jean même dans la disposition des mots qui sont soigneusement agencés.

Pour Jean, voir et connaître ne se limitent pas à une vue superficielle des choses ni à une connaissance primaire. Il emploie en effet un verbe grec qui exprime une vue profonde, une vision qui atteint l’important ou l’essentiel dans ce que l’on voit. Ce verbe (theorein), il l’emploie plus de vingt fois dans son évangile. Par la foi, on voit qui est le Christ et qui est l’Esprit. Le monde, quant à lui, ne peut pas recevoir l’Esprit, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ; d’ici peu de temps, le monde ne me verra plus. En revanche, vous, vous connaissez l’Esprit, parce qu’il demeure auprès de vous, et qu’il est en vous ; mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi.

En ce jour-là vous connaîtrez... et je me manifesterai

C’est là une connaissance qui conduit à la vie. Le Christ ressuscité, le Vivant, fait vivre ses disciples. Ce lien est nettement marqué ici même. Comme le disait le prologue de l’évangile de Jean : À ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jn 1,12). Mais les disciples (et les croyants que nous sommes) n’ont pas encore compris parfaitement tout ce que comporte cette union au Christ ressuscité : En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Y a-t-il possibilité d’une affirmation plus forte de l’unité entre le Christ, son Père et nous? L’on comprend alors l’importance du don fait par Dieu de son amour : Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui.

Seule une prière silencieuse, une contemplation ou une méditation de ces paroles de vie est indiquée ici, car il y va de la manifestation du mystère même de la vie de Dieu (Père, Fils et Esprit), à l’œuvre dans nos vies.

En ce dimanche qui prépare l’Ascension, il vaut la peine de souligner que l’absence de Jésus est pour les disciples et pour les chrétiens qui vivent dans le monde cause d’inquiétude, de tourment, de doute même. Seule la foi en Dieu et en Jésus leur permet de triompher de ce trouble. On se souvient que Moïse avait consolé Israël en nommant Josué, un successeur qui portait son esprit (Dt 34,9). De plus Élie avait réconforté la communauté des croyants par son remplaçant Élisée (2 Rois 2,9). La grande famille de l’Église n’est pas constituée d’orphelins. Ils reçoivent l’Esprit Saint qui les unit aux personnes divines dans une alliance neuve.

La Samarie reçoit la bonne nouvelle

Le texte des Actes des Apôtres (8,5-8.14-17) paraît tout empreint de joie et de succès. De fait, c’est un résumé et, en même temps, un programme concernant la propagation de l’Évangile, comme on en voit souvent dans le livre des Actes. Cette joie vient toutefois après la souffrance. Les obstacles et les persécutions rencontrés à Jérusalem ont poussé les missionnaires de l’Évangile à quitter la Judée pour se lancer à la conquête du monde, en commençant par la Samarie. Toute la suite des Actes montrera cette progression de l’Évangile dans l’empire, jusqu’à ce qu’il atteigne Rome avec Paul. Quel renversement de situation! Saul était du groupe des persécuteurs, au moment où le Christ commençait à être proclamé en Samarie (voir le ch. 7 des Actes des Apôtres et le premier verset du ch. 8).

L’opposition entre Samaritains et Juifs était déjà une vieille histoire, mais, tout comme les Juifs, les Samaritains acceptaient la Loi de Moïse et ils attendaient un messie. Lorsque Philippe s’en va proclamer le Christ (le messie), Luc souligne le plein succès de cette mission, qui continue la mission du Christ lui-même, qui avait parcouru la Galilée et la Judée en prêchant le royaume de Dieu, en expulsant les esprits mauvais et en guérissant paralysés et infirmes : ce sont les mêmes signes qui confirment maintenant la prédication de Philippe. Dans son résumé, Luc ne laisse pas de place aux exceptions : Les foules, d’un seul cœur, s’attachaient à ce que disait Philippe, car tous entendaient parler des signes qu’il accomplissait, ou même ils les voyaient. Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits mauvais... Beaucoup de paralysés et d’infirmes furent guéris.

La joie est un point souligné par Luc : et il y eut dans cette ville une grande joie. Qu’on se rappelle la joie de l’annonce à Marie, la joie des bergers à Bethléem, la joie des soixante-douze disciples au retour de leur mission en Galilée. Il y a même de la joie pour les Apôtres persécutés par le Sanhédrin (Ac 5,41).

Les apôtres et l’Esprit

Avec Philippe, l’un des sept (voir Ac 6,5), on en arrive à la deuxième génération parmi les prédicateurs de l’Évangile, la génération de ceux qui continuent l’œuvre amorcée par Jésus et poursuivie par les Apôtres. Une nouvelle communauté chrétienne prend naissance en Samarie, mais elle est liée à celle de Jérusalem. Restés là-bas, les Apôtres entendent parler du succès qu’a rencontré la proclamation de la parole par Philippe. Ils envoient donc Pierre et Jean en Samarie. Ceux-ci, par la prière et l’imposition des mains, feront descendre l’Esprit sur les personnes baptisées par Philippe. Là aussi, il est facile de voir comment Luc nous donne un programme à remplir : proclamation (kérygme) du Christ, baptême au nom du Seigneur Jésus, imposition des mains par les apôtres (les envoyés) Pierre et Jean. La mission de Philippe, comme la Traduction œcuménique de la Bible le souligne, reçoit ainsi « son caractère pleinement apostolique ». Aux générations suivantes, ce seront les successeurs des apôtres (les episkopoi) qui veilleront à la vie de la communauté chrétienne et s’entoureront de collaborateurs et de missionnaires, assurant ainsi la progression de l’Évangile et la vie dans la communion au Père, par le Christ et dans l’Esprit.

1 Pierre 3,15-18

Les exhortations de la première lettre de Pierre sont adressées à des chrétiens d’Asie mineure. Issus du paganisme ambiant, ils doivent raviver leur foi et montrer leur attachement au Christ, au milieu même de la persécution.

On peut compter trois conseils donnés dans la lecture retenue pour ce dimanche, mais ces avis prennent tous leur force dans le Christ lui-même auquel on se réfère trois fois (c’est dire le caractère « christologique » de tous ces avis donnés par l’apôtre). Le début, le milieu et la fin de cette brève exhortation renvoient à la personne même du Christ.

Le Seigneur, le Christ : il est Saint

Le début souligne la divinité de Jésus, lui qui est non seulement le Messie (le Christ), mais tout aussi bien le Seigneur (ce nom par lequel la Bible grecque désignait le nom divin dans l’Ancien Testament). C’est l’objet de la première recommandation de Pierre : vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint, le Seigneur, le Christ. De cette exhortation vont découler les deux autres.

Il vous faut vivre de telle sorte que vous soyez toujours prêts à expliquer (à défendre ou à justifier) l’espérance qui est en vous. Il faut être en mesure de rendre compte de cette espérance, comme d’une chose qui nous est confiée, mais aussi et surtout comme d’une espérance dont nous vivons et qui se montre éminemment raisonnable pour ceux qui nous verront vivre.

Ne pas oublier la fin de cette deuxième recommandation : avec douceur et respect, en d’autres termes : avec mansuétude et crainte (de Dieu). Il y est bien question de cette douceur enseignée par le Christ et donnée par lui à ceux qui le suivent, douceur des forts, conviction de qui vit de Dieu et qui entraîne les autres à sa suite. Respect qui est crainte de Dieu, selon les termes que l’on trouve fréquemment dans les livres de sagesse de l’Ancien Testament et, dans le Nouveau Testament, pour exprimer l’attitude de soumission à Dieu de la personne conquise par Dieu.

Conscience droite et vie droite

Ayez une conscience droite... Peu importe ce que les autres pensent, ce que les autres vous feront endurer. La conscience droite, la rectitude d’intention, de jugement et de conduite feront en sorte que, même dans leur calomnie, les opposants ne pourront trouver aucun motif valable pour vous tenir tête. C’est ainsi que la vie droite que vous menez dans le Christ sera manifestée et l’emportera sur les adversaires. Pour mieux faire passer ce message, on pousse l’argument à ses dernières conséquences : il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal.

Le Christ vivant

Bien que juste, le Christ est mort pour les péchéspour les coupables (pour les injustes). C’est pour nous introduire devant Dieu que, dans sa chair, il a été mis à mort. Dans l’Esprit il a été rendu à la vie. L’opposition entre chair et esprit souligne bien que la mort n’avait prise que sur la chair : ressuscité, le Christ est vivant de la vie divine. Ou encore : par l’Esprit, il a été rendu à la vie (marquant ainsi le rôle de l’Esprit Saint).

Léo Laberge était professeur d’exégèse à la Faculté de théologie de l’Université Saint-Paul. Ordonné prêtre en 1957, il est membre des Oblats de Marie immaculée (OMI).

Source : Le Feuillet biblique, no 2933. Première parution : 27 mai 1984. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation écrite du site interBible.org.

Célébrer

Célébrer la Parole

Depuis l’automne 2017, le Feuillet biblique n’est disponible qu’en version électronique et est publié ici sous la rubrique Célébrer la Parole. Avant cette période, les archives donnent des extraits du feuillet publiés par le Centre biblique de Montréal.