(Joel Muniz / Unsplash)

La faim a plusieurs visages

René LapriseRené Laprise | Saint-Sacrement (A) – 7 juin 2026

Discours sur le pain de vie : Jean 6, 51-58
Les lectures : Deutéronome 8, 2-3.14b-16a ; Psaume 147 (148) ; 1 Corinthiens 10, 16-17
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

De semaine en semaine, les soupes populaires et la Saint-Vincent-de-Paul de nos quartiers ouvrent leurs portes pour accueillir les personnes qui ont de la difficulté à rencontrer les coûts de l’épicerie. L’aide alimentaire leur est alors d’un grand secours pour se nourrir. Ce soutient leur permettra de combler les autres besoins de base comme payer le loyer, le transport pour aller travailler, les dépenses pour les enfants.

Dans l’accompagnement de ces bénéficiaires, les bénévoles responsables de ces organismes pour vaincre la faim sont en mesure d’être à l’écoute des personnes dans le besoin. Ils peuvent possiblement y entendre les autres faims qui se cachent derrière le besoin de manger pour vivre.  

En ce dimanche de la fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, les lectures nous rappellent la « présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. Elle commémore l’institution du sacrement où le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang du Christ, nourriture de vie éternelle. » Par ses Paroles et le don de sa vie, Jésus offre une nourriture qui peut combler les faims de l’humanité. De fait, la faim et les besoins de chacune et chacun prennent divers visages.

Une nourriture nouvelle

Le livre du Deutéronome présente une « morale adulte, équilibrée et vivante ». Après avoir vécu une période remplie de difficultés et de défis dans le désert, pendant 40 ans, le peuple d’Israël a pu grandir à travers les épreuves en découvrant certes une nourriture nouvelle, la manne, mais également que la faim ne se limite pas à la nourriture physique. En effet, la dimension spirituelle, la Parole du Seigneur, a pu combler le sens de leur marche vers une vie meilleure.

Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim,
et il t’a donné à manger la manne
– cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue –
pour que tu saches que l’homme
ne vit pas seulement de pain,
mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.
(Dt 8,3)

Comme l’eau qui a jailli de la roche dure, Dieu a su étancher la soif de son peuple en recherche d’un nouveau départ, même des cœurs les plus endurcis à croire que Dieu allait les conduire vers une terre nouvelle.

C’est lui qui t’a fait traverser ce désert,
vaste et terrifiant,
pays des serpents brûlants et des scorpions,
pays de la sécheresse et de la soif.
(Dt 8,15)

Le Christ nous unit

Corinthe était une ville portuaire avec une grande diversité ethnique, culturelle et religieuse. Il y avait des personnes riches ou pauvres, esclaves ou méprisées. C’est donc dans ce contexte que Paul met l’accent sur l’importance de faire corps, de s’unir au Christ. Il cherche à enraciner le message chrétien dans la culture du temps en lien avec les défis de la mission de l’Église dans cette réalité.

Puisqu’il y a un seul pain,
la multitude que nous sommes est un seul corps,
car nous avons tous part à un seul pain
. (1 Co 10,17)

Un tel portrait peut rejoindre le vécu de notre société d’aujourd’hui. L’accueil et l’enrichissement mutuel entre les cultures, entre la société d’accueil et les personnes qui choisissent de venir s’établir ici au pays, sont autant de façon de faire corps, de s’unir dans le respect et la découverte de l’autre.

Une nourriture éternelle

Au début du chapitre six de l’Évangile de Jean, il y a le récit de la multiplication des pains et des poissons. Jésus nourri la foule et elle est rassasiée. L’image de l’abondance de la nourriture malgré les maigres provisions qu’ils avaient fait écho au pain de vie qu’offre Jésus par sa vie et son enseignement.

Moi, je suis le pain vivant,
qui est descendu du ciel :
si quelqu’un mange de ce pain,
il vivra éternellement.
Le pain que je donnerai, c’est ma chair,
donnée pour la vie du monde.  
(Jn 6,51)

Le pain pour la vie du monde, c’est le signe de la communion profonde du Christ pour l’humanité par le don de sa vie jusque dans sa chair. Il a pris sur ses épaules, par la souffrance de sa passion, la croix de toute l’humanité. En accueillant cette nourriture comme disciples du Christ, notre Église rend visible et accessible ce pain de vie qui donne sens à la vie, qui vient combler les soifs des personnes en recherche et qui rassasie les faims les plus profondes de nos frères et sœurs que nous rencontrons sur les parvis de nos soupes populaires, cuisines collectives, ou banques alimentaires de nos communautés.   

René Laprise est diacre permanent de l’archidiocèse de Gatineau (Québec).

Source : Le Feuillet biblique, no 2937. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation écrite du site interBible.org.

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