(photo © Eliyahu Yanai, Cité de David)

Un fragment de lettre assyrienne trouvé à Jérusalem

Sylvain CampeauSylvain Campeau | 15 juin 2026

Pendant l’automne 2025, lors de fouilles au parc archéologique de Jérusalem, un fragment de tablette en argile a été découvert. La nouvelle est importante car c’est la première inscription assyrienne de la période du premier Temple trouvée dans l’ancienne capitale du royaume de Juda.

Le petit fragment est recouvert de signes cunéiformes. Il s’agit vraisemblablement, selon les chercheurs, d’une bulle (un morceau d’argile) donnant un résumé du contenu d’une lettre plus développée. Cette bulle aurait servi à sceller une lettre écrite sur un support périssable comme le papyrus.

Un écho de l’Empire assyrien

D’après les premières analyses prétrographiques, l’argile utilisé ne provient pas des environs de Jérusalem mais bien des terres en bordure du Tigre. C’est donc au cœur de l’Empire assyrien que le message aurait été composé. L’analyse linguistique va dans le même sens car le fragment est écrit dans la langue akkadienne. L’analyse paléographique permet de dater l’inscription du 8e ou du 7e siècle avant notre ère.

À notre connaissance, l’inscription n’a pas encore fait l’objet d’un article scientifique et aucune traduction du texte n’était disponible au moment de la rédaction de cet article. Mais nous savons que l’inscription précise un délai — le premier jour du mois d’Av — et mentionne un officier de char, selon les experts. Au sein de l’Empire assyrien, les officiers de chars étaient souvent désignés pour livrer des messages au nom de la maison royale. On peut en conclure que l’inscription est une preuve de la correspondance entre la cour du roi d’Assyrie et celle du roi de Juda.

« Bien que le fragment n’inclut pas le nom du roi de Juda auquel le message a été adressé, son contexte chronologique et son texte partiel suggèrent qu’il a été envoyé à la cour de l’un des rois de Juda – Ézéchias, Manassé ou Josias au début de son règne –  lorsque Juda était un royaume vassal de l’Assyrie », a souligné un expert de l’Autorité israélienne des antiquités.

Un essai d’interprétation

L’objet de la lettre, qui comporte une date d’échéance, concernait probablement un retard de paiement. Les assyriologues qui ont étudié le fragment émettent l’hypothèse que le message pourrait être daté de l’époque de la révolte fiscale du roi Ézéchias. La Bible mentionne les frictions entre ce roi du royaume du Sud et Sennachérib, le roi assyrien : « Il se révolta contre le roi d’Assyrie et ne lui fut plus assujetti. » (2 Rois 18,7)

L’hypothèse est intéressante et fait de ce fragment de lettre un témoin de la détérioration des relations entre l’Empire et le royaume de Juda. En 701 avant notre ère, ces relations tendues ont provoqué la campagne de Sennachérib contre Juda et Jérusalem. Cette campagne est relatée dans la Bible (2 Rois 18-19 ; Isaïe 36–37 ; 2 Chroniques 32) et dans les Annales royales assyriennes. Mais, fidèle à la tradition de la propagande royale, les textes assyriens ont omis de mentionner l’échec de cette campagne alors que la Bible et l’historien grec Hérodote rapportent que l’armée impériale a levé le siège sur Jérusalem et s’est retirée.

Diplômé en études bibliques (Université de Montréal), Sylvain Campeau est responsable de la rédaction.

Archéologie

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Initiée par Guy Couturier (1929-2017), professeur émérite à l'Université de Montréal, cette chronique démontre l'apport de l'archéologie à une meilleure compréhension de la Bible. Au rythme d'un article par mois, nos collaborateurs nous initient à la culture et à l'histoire bibliques par le biais des découvertes archéologiques les plus significatives.

prise de Taylor

Prisme de Taylor

Le prisme de Sennachérib (souvent appelé prisme de Taylor) est un artefact en argile cuite à six faces datant du 7e siècle avant notre ère. Il relate les huit premières campagnes militaires du roi assyrien Sennachérib, notamment le siège de Jérusalem sous le règne du roi Ézéchias. Dans le passage qui nous intéresse ici, le roi assyrien se vante d’avoir conquis 46 cités du royaume de Juda et d’avoir piégé Ézéchias à Jérusalem « comme un oiseau en cage », sans toutefois mentionner la chute de la capitale.

(image © The Trustees of the British Museum)