
(Miko Guziuk / Unsplash)
Lorsque l’on confond immigration et pillage
Martin Bellerose | 16 mars 2026
Il était une fois, un pays sans nom. À peu de chose près, il s’identifie comme « La Fédération Continentale », mais comme le continent, lui, a un nom, il est spécifié pour nommer cette union d’États. Parfois ses habitants, mais surtout ses dirigeants s’approprient le nom du continent comme s’il était leur. On peut comprendre puisque ce pays n’a pas de nom. Ses dirigeants traitent leur pays comme une superpuissance ayant droit de vie et de mort sur les autres. Beaucoup de personnes venant contribuer à édifier ce pays sont considérées comme « illégales », comme des envahisseurs. En revanche, les dirigeants de ce pays débarquent là où ils veulent comme si ces territoires leur appartenaient. En fait, ils déclarent qu’ils en prennent le contrôle et que les ressources qui s’y trouvent leur appartiennent.
Un passage biblique nous raconte un cas de figure qui ressemble étrangement au précédent récit. Voici le passage en question avec quelques notes de contextualisation.
Alors, vous qui dites : « Aujourd’hui – ou demain –, nous irons dans telle ville (Caracas au Venezuela, un exemple au hasard ; j’aurais très bien pu dire Nuuk au Groenland, un autre exemple au hasard) , nous y passerons un an (ou beaucoup plus), nous ferons du commerce (avec leur pétrole ou leurs métaux rares), nous gagnerons de l’argent », et qui ne savez même pas, le jour suivant, ce que sera votre vie, car vous êtes une vapeur, qui paraît un instant et puis disparaît! Au lieu de dire : « Si le Seigneur le veut bien, nous vivrons et ferons ceci ou cela », vous tirez fierté de vos fanfaronnades. Toute fierté de ce genre est mauvaise. Qui donc sait faire le bien et ne le fait pas se charge d’un péché. (Jacques 4,13-17)
Vous tirez fierté de vos fanfaronnades
Le christianisme porte une foi en Dieu qui amène à l’humilité, à reconnaitre ses incapacités, palliées par la confiance que le Seigneur prend contrôle de tout, que c’est lui le sauveur et non pas nous. C’est une foi du lâchez prise, du respect de l’autre. Mais lorsqu’on exhibe ses captures, « toute fierté de ce genre est mauvaise » comme le dit si bien Jacques. On bascule dans l’idolâtrie, le culte de la personnalité.
Des idoles qui ne promettent pas une terre nouvelle et des cieux nouveaux, mais plutôt de retrouver le paradis perdu. On se réfère aux gloires du passé, comme si l’apogée de l’histoire était un événement passé, typique des systèmes de croyances basés sur le mythe d’un passé fondateur. Cela place l’humanité dans une dynamique de conservation des choses et non une dynamique créatrice comme un projet eschatologique. La soumission de nombre de chrétiens à des divinités créées de toutes pièces est fondée sur cet instinct humain de conservation qui leur fait craindre le changement. Car le Royaume de Dieu, tel que proposé par Jésus, implique une nouveauté sans précédent.
Des dirigeants s’instaurent en divinités : c’était le modus operandi de l’impérialisme romain, et plus récemment des fascismes et impérialismes contemporains sous leurs diverses formes.
Vous êtes une vapeur
Ces idoles contemporaines sont des vapeurs, elles disparaitront. Cependant, le temps qu’elles agissent, aussi court soit-il, elles font dommages incalculables. On le voit être acclamé par les foules, l’idole du moment qui se proclame « prince de la paix » (2 Thessaloniciens 2,9-12), il débarque en « héros » et s’adonne au pillage. En échange, le prince qualifie de pilleurs ceux qui migrent chez lui. L’idolâtre est celui qui le vénère. Considérer simplement qu’il est crédible outrepasse déjà les limites de l’idolâtrie.
Martin Bellerose est professeur et directeur de l’Institut d'étude et de recherche théologique en interculturalité, migration et mission (IERTIMM) et directeur de la formation en français de l’Église Unie du Canada.
