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Nativité de saint Jean-Baptiste (B) - 24 juin 2018

 

L’avenir de Dieu fait toujours du neuf !

nativité de saint Jean-Baptiste

La nativité de saint Jean-Baptiste. Giuliano Bugiardini. Sainte-Chapelle, Paris. (photo © WahooArt.com)

La naissance de Jean le Baptiste : Luc 1, 57-66.80
Les lectures : Isaïe 49, 1-6 ; Psaume 138 (139) ; Actes 13, 22-26
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Le jour de la fête nationale rappelle aux plus vieux d’entre nous les défilés de la Saint-Jean, clôturés par le char allégorique du ‘petit Jean-Baptiste’, un blondinet bouclé de 5-6 ans avec son petit mouton. Image charmante et pacifique, très différente du Jean des Évangiles : ce prédicateur dérangeait et interpellait vertement son auditoire en annonçant la venue prochaine du jugement de Dieu.

Le récit de sa naissance est plus proche de nos souvenirs de la fête, et rappelle aussi ces moments de joie qu’on vit habituellement à l’arrivée d’un enfant dans la famille. Luc ouvre ce récit sur la joie, lui qui souligne souvent ce thème dans son livre. La première étape du récit met en scène l’aspect communicatif et communautaire de la joie, qui déborde de la famille vers les voisins. Depuis le début du livre, les ‘cercles de joie’ s’élargissent : d’abord la joie que l’ange annonce à Zacharie, puis celle d’Élisabeth accueillant Marie, qui répond par un chant de joie au Seigneur (1,14 ; 1,44 ; 1,46-47). Viendra enfin la grande joie pour tout le peuple annoncée par l’ange de la nuit de Noël (2,10-11), déjà esquissée dans la finale de notre récit : l’événement familial irradie dans toute la région alentour.

On constate donc chez Luc une extension de la joie normale liée à une naissance : c’est le thème théologique de « la joie de l’Évangile », selon les mots du pape François. La joie qu’on éprouve devant les signes de l’amour de Dieu. La compassion divine est ici la première source de joie : les voisins se réjouissent d’abord en apprenant la grossesse d’Élisabeth. Ils y reconnaissent le signe que Dieu a fait éclater la grandeur de sa miséricorde pour elle, comme jadis pour la vieille Sara, devenue mère d’Israël (Gn 18,1-15). Car la stérilité du couple était un malheur pour la femme, et son mari pouvait la répudier après dix ans de mariage sans enfant. On comprend la louange d’Élisabeth pour ce Dieu source de vie : Voici ce que le Seigneur a fait pour moi, il a ôté ma honte publique (1,25). Ses proches partagent sa joie.

Pour Luc les événements qui manifestent le salut sont l’effet des entrailles de compassion de Dieu pour nous, comme Zacharie le chantera (littéralement 1,78). Luc insère ici ce beau cantique, qui donne au récit de la naissance de Jean sa portée théologique et catéchétique. Le salut pour Élisabeth et Zacharie déborde le couple et s’inscrit dans la grande histoire de l’Alliance et du salut de tous. Un poème à lire! (1,67-79) Car ce dimanche ne nous invite pas à nous réjouir d’une lointaine naissance, mais plutôt à nourrir notre joie devant les signes actuels de salut et l’intérêt que le Dieu de Vie nous porte encore aujourd’hui!

De surprise en surprise

La grossesse de cette femme âgée a étonné les gens. La suite les étonnera plus encore, au jour du nom et de la circoncision, qui fait du bébé un fils de l’Alliance. La situation traditionnelle, et le récit lui-même, évoquent bien le poids des coutumes et de l’ordre établi. Les gens appellent déjà l’enfant Zacharie, comme son père.

On doit remarquer l’audace d’Élisabeth, qui prend la parole et déclare, alors qu’elle devrait se taire, selon le rôle effacé des femmes. Les hommes réunis pour la cérémonie ne lui demandent pas son avis, même si le père est muet! On reconnaît ici l’importance du rôle des femmes dans l’œuvre du salut, chez Luc, dans son Évangile comme dans le livre des Actes.

Mais non, déclare-t-elle, il s’appellera Jean! Nouvel étonnement du groupe : Élisabeth décide et annonce un nom absent de la lignée familiale. On donnait plus souvent au premier fils le nom du grand-père. Mais parfois celui du père si celui-ci souffrait d’une infirmité. Or Zacharie est muet depuis qu’il a douté de la parole de l’ange lui annonçant un fils (1,20). Et peut-être sourd aussi, car les voisins lui parlent par signes.

Nous aussi préparons à l’avance le nom du bébé à venir. Le nom marque la naissance sociale, son insertion dans le groupe, le langage et la culture. On le choisit avec soin, conscients du lien avec l’identité personnelle : ce sera son « son nom propre », qui le situe comme individu dans ses relations. Il devient souvent notre premier acte de communication : je m’appelle... et toi? La personne sera unique. Et autant que possible, l’enfant ne sera pas la pure projection des parents. Mais la psychologie nous apprend combien il est fréquent de reporter sur l’enfant, plus ou moins consciemment, la tâche d’accomplir ce que le parent n’a pas réussi. Une sorte de transfert de destin. C’est ce que l’enfant de Zacharie et Élisabeth risque ici. Un enfant clone de son père, dont le destin est tracé d’avance par l’héritage familial. Surtout qu’en monde juif, le fils du prêtre Zacharie sera certainement prêtre aussi, engagé dans un rôle que tout le peuple honore, un rôle qui ne se refuse pas!

Ainsi, à tout ce poids de l’ordre établi Luc oppose, dans la déclaration d’Élisabeth, la nouveauté du salut qui vient, une nouveauté qui déborde le cadre de la naissance de Jean et prépare l’avènement de Jésus, qui proclamera bientôt le Règne de Dieu tout proche. Cette nouveauté étrange, le père muet la confirme en écrivant : son nom est Jean. Il obéit ainsi à la parole de l’ange (1,13), et du coup, il retrouve la parole.

On comprend l’étonnement des parents et voisins : malgré les traditions et les contraintes d’ordre social et familial, la nouveauté surgit! L’avenir de cet enfant n’est pas tracé d’avance mais ouvert sur de l’imprévu, du non planifié. C’est le surgissement de l’inattendu de Dieu.

L’enfant ouvre notre avenir

Nous portons plusieurs questions quand naît un enfant : que fera-t-il? qui deviendra-t-il? La présence d’un nouveau-né nous rend plus conscients que l’avenir n’est pas enfermé dans nos petites routines. Il nous déborde et reste indéterminé, en bonne part hors de notre contrôle. Source à la fois d’espérances et d’inquiétudes. Le récit de Luc intègre ces questions normales, mais encore ici il leur fait déborder le contexte limité du cadre familial. Car aux yeux des témoins, Dieu est associé aux événements qui viennent d’arriver : la grossesse tardive d’Élisabeth, le nom étranger de l’enfant, le mutisme soudain du père et sa guérison inattendue. De sorte que Luc élargit la portée des questions; elles concernent tout le monde. Tous ceux qui entendaient parler de ces événements les mirent dans leur cœur, en disant : « Que sera donc cet enfant? » Luc invite ses lecteurs à dépasser ici le récit de l’arrivée d’un bébé, pour y lire le signe de l’histoire du salut que Dieu met en œuvre. Apprendre à la lire dans les plus petits signes de sa Vie.

Certaines traces de Dieu dans les récits bibliques sont moins perceptibles pour les lecteurs modernes. Entre autres dans les jeux de mots et les noms des personnes. Dans ce récit de naissance où le nom joue un rôle si important, chaque personnage porte, inscrit dans son nom, la référence à la grande saga de l’histoire du salut :

  • Élisabeth (hébreu  Eliy - sheba) : ‘mon Dieu tient promesse’ (El : Dieu, le i marque le possessif)

  • Zacharie (Zakar - yah) : ‘le Seigneur se souvient’ (yah, yo, etc. : contractions du nom Yahvé )

  • Jean (Yo - hannan) : ‘le Seigneur fait grâce’.

Le Seigneur se souvient de son Alliance avec les enfants d’Abraham, comme le chantent Marie et Zacharie, et il accomplit ses promesses. Le fait que le nom de Jean arrive là où on ne l’attend pas annonce un dépassement de ce que signifient les noms de ses parents : il vivra au désert plutôt qu’au Temple, et il préparera le peuple pour la venue de Jésus, dont le rôle sera d’incarner et révéler la Parole de la grâce de Dieu (voir 1,17.77-78 et 4,18).

Francine Robert

Source : Le Feuillet biblique, no 2582. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation du Diocèse de Montréal.

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