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Épiphanie du Seigneur (année B) - 1er janvier 2018

 

Une belle histoire connue

Épiphanie

Adoration des mages
Enluminure de l’Évangéliaire d’Egbert
Codex Egberti (circa 980)
Bibliothèque municipale de Trèves en Allemagne (ms. 24)


La visite des mages : Matthieu 2, 1-12
Les lectures : Isaïe 60, 1-6; Psaume 71 (72) ; Éphésiens 3, 2-3a.5-6
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Parce qu’il revient annuellement [1], ce récit de la visite des mages à l’enfant Jésus a déjà été largement commenté dans le cadre même de cette chronique de sorte qu’il est difficile d’écrire quelque chose d’inédit sur ce texte. Vous tirerez grand profit à consulter les articles des années précédentes sur ce même évangile.

L’évangile en miniature

Habité par les Écritures et s’inspirant des croyances et modes d’expression de son temps [2], Matthieu compose, par le récit des mages, une ouverture remarquable à l’ensemble de son œuvre. Les expressions évangile « en miniature » ou « en condensé », ont souvent été utilisées pour décrire le rôle récapitulatif que joue le récit en préambule du premier évangile! En effet, l’épisode annonce ce qui suivra : l’hostilité des autorités juives envers Jésus, son rejet et l’annonce de l’Évangile à toutes les nations, exhortation du Ressuscité qui clôture d’ailleurs l’œuvre de Matthieu (Mt 28,19). Rejet de Jésus par une bonne partie du peuple juif et son accueil par le monde païen : ce que le récit des mages raconte en images, Jésus le prédira en paraboles (Mt 21,33-46 ; 22,1-14) et l’histoire lui donnera raison.

L’étoile de Jacob

Le caractère fabuleux du récit nous fera renoncer à voir la levée de cette étoile et cette visite des mages comme un épisode historique de la vie du Christ. Par contre, de vérités sur Jésus, ce récit en regorge. Cette étoile de l’épiphanie, Matthieu la fait apparaître pour décliner sans équivoque l’identité de l’enfant de Bethléem : messie d’Israël et roi de l’univers. Pour l’Oriental de l’Antiquité, en effet, la naissance d’un grand roi s’annonçait au ciel par l’apparition [3] d’une étoile. La levée de cette étoile, un autre curieux Mage du livre des Nombres appelé Balaam, l’avait aperçue et prédite bien à l’avance :

Balaam prononça encore ces paroles énigmatiques : « Oracle de Balaam, fils de Béor, oracle de l’homme au regard pénétrant :

Ce héros, je le vois – mais pas pour maintenant – je l’aperçois – mais pas de près : Un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël. Il brise les flancs de Moab, il décime tous les fils de Seth » (Nb 24,15.17)

Cet astre est bel et bien un enfant des hommes, plus précisément un roi, puisque l’oracle parle d’un sceptre. Cet oracle, la tradition juive le voyait réalisé avec l’arrivée du roi David, vainqueur des Moabites (2 S 8,2) mais, par extension, il devient prophétie de la venue du Messie, fruit de sa descendance selon d’autres textes bibliques. Matthieu ne l’ignore pas, aussi, dans leur quête, les Mages trouveront auprès des spécialistes des Écritures la confirmation de Bethléem, ville de David, comme lieu de naissance de ce Messie-Roi annoncé par le ciel.

Outre l’éloquence symbolique du lieu de naissance de Jésus, inscrivant ce dernier dans la lignée davidique, la suite du récit réalise aussi ce qu’on attendait de l’avènement de l’ère messianique, à savoir une convergence des rois des nations païennes et leurs trésors vers le Messie d’Israël. Voilà qui est symbolisé ici par l’adoration des mages et l’ouverture de leurs coffrets devant l’enfant. La première lecture et le psaume responsorial de ce dimanche témoignent de cette croyance. Impossible que Matthieu n’ait pas eu ces textes en tête en composant son récit pour affirmer haut et fort auprès de ses contemporains la messianité de Jésus.

Un nouveau Moïse

Une autre cible que l’évangéliste vise lorsqu’il écrit les chapitres de son évangile portant sur la naissance de Jésus est de présenter ce dernier comme un nouveau Moïse. Moïse, on le sait, est la figure magistrale la plus illustre et la plus honorée du judaïsme. Or, on soupçonne Matthieu d’avoir adressé son évangile à une communauté formée en majorité de chrétiens issus du judaïsme, tout comme lui. Pour affermir l’autorité et le prestige de Jésus auprès de ses coreligionnaires, il lui est donc important de présenter Jésus comme un nouveau Moïse. Mais c’est aussi par son souci constant de souligner que la venue de Jésus accomplit les Écritures que Matthieu établit ce parallèle « Jésus-Moïse ». Dieu n’avait-il pas promis à son serviteur Moïse de susciter, en son peuple, un prophète aussi grand que lui (Dt 18,15-18)? Le Prophète, le nouveau Moïse, Celui qui doit venir : voilà une autre façon de nommer cette attente du Messie à l’époque de Jésus.

Ce rapprochement entre Jésus et Moïse, Matthieu l’établit par une parenté de sort : les évènements de l’enfance de Jésus ressemblent à ceux entourant la naissance de Moïse. À celui qui est familier avec les textes de l’Exode et les croyances juives entourant la personne de Moïse, cette similitude sautera aux yeux. Pour la percevoir, c’est l’ensemble des tableaux narratifs constituant l’évangile de l’enfance selon Matthieu qu’il faut considérer (Mt 1,18-2,23). Les songes de Joseph (Mt 1,18-25) ressemblent à ceux qu’aurait eu le père de Moïse qui, selon une légende juive, aurait été averti divinement de la naissance de son extraordinaire fils. L’inquiétude du roi Hérode et sa décision de faire tuer les enfants de Bethléem (Mt 2,16) font écho à l’attitude de Pharaon qui, craignant de perdre le pouvoir, ordonna la mise à mort des garçons nouveaux nés des Hébreux (Ex 1,15-16.22). La fuite de Joseph et sa famille en Égypte (Mt 2,13-15) et leur retour en Galilée (Mt 2,19-23) permettent à Jésus d’effectuer le même itinéraire que Moïse, d’Égypte à la terre promise.

Pour Matthieu, il est clair que le Messie attendu – sous les traits d’un descendant de David ou d’un nouveau Moïse - c’est Jésus. En lui, les Écritures sont accomplies.

Un itinéraire de foi

Mais le récit des mages, au-delà de ce qu’il nous apprend de l’identité de Jésus, peut être aussi lu comme une métaphore de l’aventure croyante. Le parcours des mages, leur quête, leur recours aux Écritures pour trouver Jésus, leur retour à la maison par un autre chemin symbolise bien la démarche de toute l’humanité chrétienne comme celle de chaque croyant qui découvre le Christ et s’en trouve transformé.

[1] Contrairement à la plupart des évangiles des dimanches du Temps ordinaire qui ne reviennent qu’aux trois ans.

[2] Sur les influences culturelles ayant inspiré l’évangéliste, je vous réfère à un texte que j’ai déjà produit sur ce même évangile intitulé Chemins de foi. Épiphanie du Seigneur, 3 janvier 2010, in Le Feuillet biblique no 2211.

[3] En grec, le mot epiphania signifie « apparition ».

Patrice Bergeron

Source : Le Feuillet biblique, no 2558. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Diocèse de Montréal.

Chronique précédente :
Une visite au Temple et dans l’Ancien Testament