
(Jeremy Wermeille / Unsplash)
Bienvenue chez Dieu : le Psaume 84 (83)
Jean Grou | 25 novembre 2024
Lire le psaume (version liturgique)
Le Psaume 84 nous convie à un voyage dans l’espace et dans le temps. En effet, il nous plonge au cœur de Jérusalem, à l’époque où un temple s’élevait à l’intérieur de ses murs. Il nous offre aussi une expérience : prendre part à un pèlerinage en compagnie de fidèles débordant d’enthousiasme, venus manifester leur joie et leur reconnaissance au Dieu très-haut.
À l’époque, tout juif qui se respecte est tenu d’effectuer annuellement un pèlerinage au Temple s’il habite la région, ou une fois dans sa vie s’il demeure à l’étranger (la diaspora). Quelle que soit la situation, le pèlerinage revêt un caractère exceptionnel, l’aboutissement d’un long parcours à la fois physique et spirituel. L’ensemble du Psaume 84 (83) baigne d’ailleurs dans un climat résolument festif, avec des appels à la louange et des invitations à se réjouir.
Les demeures du Seigneur
Les premiers versets (2-3) nous situent dans le contexte avec la mention des « demeures » et des « parvis » du Seigneur. Ces expressions réfèrent de toute évidence au Temple. Le psalmiste proclame son ardent désir de se retrouver dans ce lieu saint, destination de son pèlerinage. Toute la suite est portée par cette soif de se retrouver en ce lieu hautement symbolique du judaïsme.
Des oiseaux et des prêtres
Le psalmiste est à ce point habité par ce désir qu’il envie les oiseaux d’y faire leur nid (v. 4) S’agit-il d’une métaphore? Peut-être pas : de nos jours, des volatiles trouvent bien parfois refuge dans des entrepôts ou des magasins à grande surface, des quincailleries notamment. Alors, pourquoi pas dans le sanctuaire de Jérusalem? L’image du nid évoque d’ailleurs la protection, l’intimité et l’éclosion de nouvelles vies, tout ce qu’on pourrait souhaiter expérimenter en présence du Seigneur.
Les oiseaux ne sont pas les seuls à habiter le Temple ; il y a aussi les prêtres en résidence (v. 5). Tout comme pour les oiseaux, le psalmiste semble les envier lorsqu’il lance cette béatitude à leur endroit : « Heureux les habitants de ta maison! » Du même souffle, il les rappelle à leur devoir en tant que ministres du culte : « Ils pourront te chanter encore! » Leur fonction les place certes en position privilégiée, mais qu’ils n’oublient pas leur responsabilité première : faire monter vers Dieu la louange de tout le peuple!
Et les pèlerins?
Après les oiseaux et les prêtres, au tour des pèlerins d’être proclamés « heureux » (v. 6). Ils le sont parce qu’il se savent accompagnés du Seigneur tout au long de leur marche vers le sanctuaire. Plus encore, le parcours qui les mène à Jérusalem devient l’occasion d’une entrée en eux-mêmes, d’une expérience spirituelle profonde : « Des chemins s’ouvrent dans leur cœur! » (v. 6) Ils y puiseront la force et la détermination de poursuivre la route malgré les conditions difficiles (v. 7). Leur effort sera récompensé lorsqu’ils arriveront enfin « devant Dieu à Sion » (v. 8), autrement dit dans la ville sainte.
« Entends ma prière »
Aux versets suivants (8-10), le psalmiste se tourne résolument vers le Seigneur, comme pour rappeler qu’un pèlerinage n’est pas qu’une promenade sur des sentiers ou un simple exploit physique. C’est avant tout une démarche de prière, spirituelle. Le ton est celui d’une supplique : « Seigneur, Dieu de l'univers, entends ma prière ; écoute, Dieu de Jacob. » (v. 9) Le pèlerin reconnaît ainsi que la présence du Très-Haut lui est essentielle pour persévérer sur un chemin parfois parsemé d’embûches ou d’imprévus.
La supplication au verset 10 peut sembler un peu étrange avec la mention du « bouclier » et du « messie ». Il s’agit vraisemblablement d’une référence au roi, le mot « messie » désignant ici celui qui a reçu l’onction royale. Le roi, en effet, avait pour responsabilité première d’assurer la protection du peuple au nom de Dieu. L’image du bouclier revient d’ailleurs plus loin, appliquée cette fois au Seigneur.
Demeurer auprès de Dieu
Les derniers versets (11-13) laissent entendre que le pèlerin est arrivé à destination. Son enthousiasme déborde au point où il déclare qu’un seul jour passé sur les parvis du Temple « en vaut plus que mille » (v. 11). Il se félicite d’avoir choisi de manifester son respect envers le Seigneur en participant au pèlerinage « plutôt que d’habiter parmi les infidèles ». Mieux vaut pour lui, en effet, établir sa demeure auprès de Dieu plutôt que de fréquenter des milieux susceptibles de le conduire au mal.
Le Psaume 84 (83) n’apparaît qu’une seule fois dans le lectionnaire dominical, pour la célébration de la Sainte famille de Jésus, Marie et Joseph (année C), et ce n’est pas un hasard. En effet, la lecture évangélique de ce dimanche raconte que le jeune Jésus et ses parents se rendent en pèlerinage au Temple, à Jérusalem. On connaît la suite : l’enfant échappe à l’attention de Marie et de Joseph. Quand le couple le retrouve après trois jours, sa mère lui adresse un reproche auquel il répond : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père? » (Luc 2, 49)
Jean Grou est bibliste et rédacteur en chef de Vie liturgique et Prions en Église.
