(Fabrizio Conti / Unsplash)

Le Seigneur, juste juge — AT 22

Paul-André DurocherPaul-André Durocher | 23 décembre 2024

Référence biblique : Isaïe 33, 13-16
Liturgie des Heures : Mardi III – Laudes

13 Écoutez ce que j’ai fait, gens des lointains;
gens d’alentour, sachez quelle est ma force!

14 Dans Sion, les pécheurs sont terrifiés;
un tremblement saisit les pervers :
«Qui de nous résistera? c’est un feu dévorant!
Qui de nous résistera? c’est une fournaise sans fin!»

15 Celui qui va selon la justice et parle avec droiture,
qui méprise un gain frauduleux,
détourne sa main d’un profit malhonnête,
qui ferme son oreille aux propos sanguinaires
et baisse les yeux pour ne pas voir le mal,

16 celui-là habitera les hauteurs,
hors d’atteinte, à l’abri des rochers.
Le pain lui sera donné;
les eaux lui seront fidèles.

Sens original. Le chapitre 33 du livre d’Isaïe commence par l’annonce d’un jugement divin, imminent et terrifiant. Selon le prophète, Dieu se prépare à détruire le mal en purifiant le monde par un feu qui engloutira les nations, Israël et Jérusalem inclus. Le cantique AT 22 comprend les versets 13 à 16 de ce chapitre. Le verset 13 conclut l’annonce du châtiment avec un avertissement à l’intention du monde entier, « gens des lointains » et « gens d’alentour ». Dieu met les humains en garde, il s’apprête à déployer une force inimaginable contre les puissances du mal.

Le verset 14 présente la réaction des habitants de Jérusalem, qu’Isaïe appelle simplement « les pécheurs ». Ils tremblent de peur à l’annonce de ce châtiment. Comment pourront-ils survivre à ce feu purificateur ?

Au verset 15, le prophète leur explique comment. Ils n’ont qu’à vivre avec justice en pratiquant l’honnêteté dans leurs transactions économiques, en rejetant les complots et la violence et en refusant de se compromettre avec le mal. Cette invitation sous-entend que les habitants de Jérusalem ne vivaient pas ainsi, qu’ils avaient délaissé la Loi et l’Alliance pour se centrer sur leurs affaires et leurs profits. Dans leur obsession pour la richesse, ils croyaient que tout leur était permis : fraude, extorsion, collusions, tricheries et violence. Mais tout cela entraînait la ruine des pauvres et la dégradation de la communauté humaine. En se détournant de Dieu, ils étaient devenus des sources de souffrance et de mort pour leurs concitoyens.

Le prophète les invite à la conversion, à délaisser leur obsession et à embrasser un style de vie qui leur permettra de s’approcher du Temple, comme l’enseigne le psaume 14. Isaïe promet au dernier verset (16) que ceux et celles qui suivront son enseignement seront épargnés du châtiment divin. Ils trouveront, dans une vie fidèle et juste, ce qu’ils avaient voulu nier aux pauvres et aux miséreux : la sécurité d’une demeure bien à l’abri, du pain en abondance et une source d’eau qui ne tarit pas.

À la lumière de l’Évangile. Jésus voyait dans le Temple un symbole puissant de la présence de Dieu au milieu de son peuple. À la vue des nombreux marchands qui profitaient de la piété des simples gens pour se remplir les poches, il a posé un geste de prophète en renversant leurs tables de change, en relâchant les animaux et en chassant tous ces commerçants du Temple. Il expliqua son geste ainsi : ce qui devait être une maison de prière était devenu un repaire de brigands !

Pour Jésus, l’amour de Dieu passe nécessairement par l’amour du prochain. On ne peut prétendre vivre en harmonie avec Dieu si on cherche à exploiter son prochain pour quelque raison que ce soit. Comment s’abreuver à la source de la vie représentée par le Temple tout en semant la mort ? C’est pourquoi Jésus reprend à sa façon l’enseignement d’Isaïe : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît. » (Mt 6,33)

Dans ma vie. « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. » Avec mes frères et sœurs dans l’Église, j’affirme cette conviction à chaque messe dominicale. Mais quand j’étais enfant, cette croyance me faisait peur. Je m’imaginais un père sévère qui découvrait chaque petite faute de ses enfants et les punissait rondement pour leurs méfaits. La liturgie des funérailles de l’époque n’aidait pas, elle qui chantait le Libera : « Jour de courroux que ce jour-là, de calamité et de misère, jour grand et amer, terriblement. »

Depuis, j’ai compris que le jugement de Dieu consiste plutôt dans le rétablissement de la justice par tout l’univers. Il s’agit d’une œuvre de libération et de vie. Isaïe m’invite à ne pas attendre le jour de Dieu, mais à collaborer dès aujourd’hui dans la recréation du monde en pratiquant la justice. En autres mots, il me propose d’anticiper le jugement de Dieu en prenant sur moi la mission de Jésus : faire advenir le Royaume et sa justice.

Dans le plan de Dieu. La tradition catholique enseigne que le jugement ultime coïncidera avec la venue glorieuse du Christ à la fin des temps. Les textes bibliques qui évoquent ce jugement semblent se partager entre ceux qui soulignent la destruction des puissances du mal et de la mort et ceux qui mettent en valeur la restauration du bien, du beau et du vrai. Si nous nous arrêtons au premier versant, nous risquons de sombrer dans la peur et l’angoisse, comme les habitants de Jérusalem dans ce cantique. Mais si nous nous concentrons plutôt sur le second, le jugement divin devient source d’espérance et de joie. Le cantique AT 22 finit avec le verset 16, mais le verset 22 ferait un bel épilogue : « Oui, le Seigneur est notre juge, le Seigneur nous donne des lois, le Seigneur est notre roi : c’est lui qui nous sauve.»

Mgr Paul-André Durocher est archevêque de Gatineau (Québec).

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Trésors de la prière juive et chrétienne, les psaumes n'en demeurent pas moins des textes qui demandent parfois d'être apprivoisés. Cette chronique propose une initiation aux psaumes et à la prière avec les psaumes.