
Grande initiale historiée. Enluminure du Psautier d’Eleanor d’Aquitaine, c. 1185.
Psaume 51, folio 074v.
Bibliothèque nationale des Pays-Bas, La Haie (Wikipédia).
Le Psaume 52 (51), une question de choix
Jean Grou | 24 mars 2025
Lire le psaume (version liturgique)
Le Psaume 52 (51) est un des plus courts du psautier, mais peut-être aussi un des plus lourds, en raison de son vocabulaire et de son ton plutôt dur. Faut-il s’étonner qu’il soit absent des lectionnaires dominical et sanctoral de l’Église catholique romaine? Et qu’il n’apparaisse qu’une seule fois dans le lectionnaire de semaine, et encore ses deux derniers versets seulement? Alors, vaut-il la peine de nous y attarder? Prenons le pari que oui.
Choisir le bien ou le mal
En fait, le Psaume 52 développe un thème récurrent dans les Écritures Saintes : le choix devant lequel toute personne se situe entre le bien et le mal. On en trouve un bel exemple dans le Psaume 1 : « Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants, qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux qui ricanent, mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit! » (v. 1-2) Le livre du Deutéronome nous place devant un dilemme semblable, et tout aussi fondamental : « Vois! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Ce que je te commande aujourd’hui, c’est d’aimer le Seigneur ton Dieu, de marcher dans ses chemins, de garder ses commandements, ses décrets et ses ordonnances. Alors, tu vivras et te multiplieras ; le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession. Mais si tu détournes ton cœur, si tu n’obéis pas, si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, je vous le déclare aujourd’hui : certainement vous périrez, vous ne vivrez pas de longs jours. » (30,15-17)
Jésus va dans le même sens avec la parabole de la maison construite sur le sable ou sur le roc (Matthieu 7,24-27). Il souligne l’importance de fonder sa vie sur du solide, autrement dit, de choisir des valeurs sûres, pour mettre toutes les chances de son côté pour éviter que tout s’écroule autour de soi. En bien d’autres endroits dans les évangiles, il revient sur cette idée de prendre des décisions éclairées, susceptibles de conduire au bien.
La justice divine
Bref, le Psaume 52, comme de nombreux autres passages bibliques, lance une invitation à assumer les conséquences de nos choix de vie et de nos décisions. Mais contrairement à Jésus qui enseigne en paraboles, il le fait de façon directe, s’adressant explicitement au lecteur ou à l’auditeur, sur un ton accusateur : « Tu aimes le mal plus que le bien, et plus que la vérité, le mensonge ; tu aimes les paroles qui tuent, langue perverse. » (v. 5-6) Cela ne passera pas inaperçu aux yeux du Seigneur : « Mais Dieu va te ruiner pour toujours, t’écraser, t’arracher de ta demeure, t’extirper de la terre des vivants. » (v. 7)
On a affaire ici à un bel exemple de la théologie de la rétribution courante dans la Bible, selon laquelle Dieu comble les justes de ses bénédictions et punit les méchants. Certains passages des Écritures vont critiquer cette logique, au premier chef le livre de Job, puisqu’elle ne correspond pas à ce que l’expérience de tous les jours nous apprend. D’autres écrits bibliques encore montrent un tout autre visage de Dieu qui, dans sa miséricorde, est prêt à pardonner et à donner une seconde chance à celui ou celle qui s’écarte du droit chemin.
Le bon choix
Comme mentionné au départ, un seul extrait du Psaume 52 (51) a trouvé place dans l’ensemble du lectionnaire catholique romain, les deux derniers versets (v. 10-11). Ce passage, en effet, abandonne le ton accusateur et s’exprime de manière plus positive. En fait, le psalmiste se place alors en exemple de celui qui a choisi la fidélité au Seigneur et proclame tout le bien qu’il en tire. Il conclut en rendant grâce à Dieu sur qui il peut continuellement compter.
Jean Grou est bibliste et rédacteur en chef de Vie liturgique et Prions en Église.
