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Trouver en Dieu un appui indéfectible : le Psaume 41 (40)

Jean GrouJean Grou | 28 avril 2025

Lire le psaume (version liturgique)

Le Psaume 41 (40) dépeint avec force détails des expériences humaines douloureuses : maladie, péché, médisance et trahison. Il est facile de s’y reconnaître, car toute vie connaît son lot d’épreuves et de chutes. Mais tout n’est pas sombre non plus dans ce psaume ; il résonne aussi de paroles d’espoir et d’appels à la solidarité.

Ce psaume commence avec une béatitude qui donne le ton : « Heureux qui pense au pauvre et au faible. » (v. 2) Tout ce qui va suivre s’y rattache à et y trouve son sens. Les premiers versets (v. 2-4) soulignent que le Seigneur veille sur la personne frappée par le malheur. Il ne l’abandonne pas aux mains de ses ennemis ou de la maladie.

Quand le malheur s’acharne

Les versets suivants (v. 5-10) donnent l’impression de revenir dans le temps, puisque l’auteur dépeint une situation personnelle où le secours du Seigneur serait plus que bienvenu. Il implore en effet Dieu de le guérir non seulement de la maladie mais aussi du péché. Rongé de l’intérieur, il subit en plus des assauts de l’extérieur : des « ennemis » (v. 6.8) souhaitent sa mort, rien de moins! Si quelqu’un vient le visiter, c’est pour l’abreuver de paroles insignifiantes. Pire, on profite de sa présence pour alimenter des pensées méchantes contre lui et les propager ensuite « dans la rue » (v. 7). Même son ami, en qui il avait confiance, s’est retourné contre lui (v. 10) ; une trahison insupportable. Bref, il s’enfonce dans le malheur et rien ne semble pouvoir l’en tirer.

« Mais toi, Seigneur… »

Mais voilà qu’au verset 11, il interpelle de nouveau le Seigneur, apparemment le seul qui l’écoutera avec bienveillance, sans mauvaise intention. Il demande que justice lui soit faite, en des termes qui ont un petit air de vengeance : « Relève-moi, je leur rendrai ce qu'ils méritent. » (v. 11) La suite (v. 12-13) va dans le même sens que les premiers versets : Dieu n’abandonne pas les plus vulnérable aux mains de leurs ennemis et les rétablit dans leur dignité.

En conclusion (v. 14), l’auteur bénit « le Seigneur, Dieu d’Israël », pour l’éternité. Ce dernier verset nous renvoie au premier, qui consiste, rappelons-le, en une béatitude : « Heureux qui pense au pauvre et au faible On peut ainsi comprendre que ce qui rendra quelqu’un « heureux », c’est le fait d’agir à la manière du Seigneur en portant assistance à la personne maltraitée, blessée par la vie. En bout de ligne, ce psaume consiste en un appel à la solidarité avec les plus faibles et les malheureux frappés par des épreuves.

Un avant-goût de la passion

Une lecture chrétienne du Psaume 41 (40) conduit inévitablement à y déceler les couleurs de la passion du Christ. Les rapprochements ne manquent pas. Pensons aux ennemis qui ont comploté contre le Nazaréen et souhaité sa mort, aux fausses accusations lors de son procès, à l’un de ses amis qui l’a trahi et a permis son arrestation. D’ailleurs, Jésus cite le verset 10 de ce psaume pour signaler que si Judas a agi comme il l’a fait, c’était pour que les Écritures s’accomplissent (Jean 13,18).

Comme l’auteur du Psaume 41 (40), Jésus n’a jamais perdu confiance en son Père, même au cœur de la plus grande souffrance. On pourrait presque mettre dans la bouche du Ressuscité sortant du tombeau les derniers mots de ce psaume : « Seigneur, prends pitié de moi ; relève-moi […]. Oui, je saurai que tu m’aimes si mes ennemis ne chantent pas victoire. Dans mon innocence tu m’as soutenu et rétabli pour toujours devant ta face. » (v. 11-13)

Cela dit, il faut noter une différence significative entre les propos de ce psaume et la passion du Christ. En effet, comme on l’a noté plus haut, lorsque le psalmiste se tourne vers le Seigneur au cœur de sa détresse pour l’implorer d’intervenir, il exprime un désir porteur d’un petit goût de vengeance : « Seigneur, […] relève-moi, je leur rendrai ce qu’ils méritent. » Jésus ira dans le sens contraire lorsque, du haut de la croix, il lancera cette supplication : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Luc 23, 34) C’est peut-être bien là un de ces moments où le Christ accomplit les Écritures, en révélant que Dieu n’est pas un juge implacable qui punit les méchants, mais un être plein de miséricorde, fou d’amour pour l’humanité. À la lumière de cette révélation, nous pouvons proclamer en toute vérité et justice le dernier verset du Psaume 40 (41) : « Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël, depuis toujours et pour toujours! Amen! Amen! »

Jean Grou est bibliste et rédacteur en chef de Vie liturgique et Prions en Église.

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Trésors de la prière juive et chrétienne, les psaumes n'en demeurent pas moins des textes qui demandent parfois d'être apprivoisés. Cette chronique propose une initiation aux psaumes et à la prière avec les psaumes.