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Le Psaume 121, comme une assurance-voyage

Jean GrouJean Grou | 22 septembre 2025

Lire le psaume (version liturgique)

Le Psaume 121 compte parmi ce qu’on appelle les Chants des montés (Psaumes 120-134), qui se caractérisent tous par leur brièveté : dix versets ou moins, sauf le Psaume 132 qui en compte dix-huit. La plupart des spécialistes s’entendent pour situer leur contexte d’origine dans les pèlerinages lors des grandes fêtes à Jérusalem. Certains pensent cependant qu’il pourrait s’agir de prières accompagnant les exilés partis de Babylone et en route vers la ville sainte. Pour le présent commentaire, nous retiendrons la première option, qui nous paraît plus vraisemblable.

Le Psaume 121 se trouve une seule fois dans le Lectionnaire dominical de l’Église catholique romaine, et une fois aussi dans le Lectionnaire de semaine. Étant donné sa brièveté (huit versets), il apparaît dans son intégralité, contrairement à la plupart des autres psaumes dont on ne retient que quelques strophes.

Deux voix

On peut reconnaître deux prises de parole distinctes dans le Psaume 121. La première (v. 1-2) semble être d’une personne qui se parle à elle-même, à la première personne du singulier. La deuxième (v. 3-8) est, en quelque sorte, une réponse ou un prolongement à ce qui vient d’être dit.

Si l’on tient pour acquis que nous avons affaire ici à un chant destiné à accompagner un pèlerinage, on peut imaginer une mise en scène. Un pèlerin s’apprête à partir pour le long voyage et s’interroge : « D’où le secours me viendra-t-il? » (v. 1) En effet, la route vers Jérusalem n’est pas de tout repos et les risques sont nombreux : chaleur extrême, voleurs, bêtes sauvages, etc. Pas étonnant que l’homme sur son départ se demande qui ou qu’est-ce qui pourrait le soutenir et le protéger. Immédiatement, il répond lui-même, comme pour se rassurer : « Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. » (v. 2) Il s’en remet au Créateur de l’univers, rien de moins!

Assurance tout risque

Pour l’appuyer, quelqu’un (un parent, un prêtre, la communauté?) enchaîne avec une série de souhaits pour attirer la protection divine et rassurer celui qui s’apprête à prendre la route. On pourrait presque y voir une assurance-voyage! Les mots ne manquent pas pour décrire comment le Seigneur agira pour prendre soin du pèlerin afin qu’il arrive à bon port. Signalons en particulier « gardien » qui apparaît trois fois (v. 3-5), et « gardera » mentionné deux fois (v. 7-8).

Tout concourt dans ces versets (3-8) pour souligner que le soutien divin sera continuel, sans la moindre interruption. En effet, celui qu’on appelle ici « le gardien d’Israël » ne doit pas s’endormir, même pas sommeiller (v. 3-4). Il se tiendra au côté du fidèle, comme si c’était son ombre (v. 5). Le jour, il le protégera des coups de soleil, et la nuit des effets néfastes des rayons de la lune, une croyance tenace à l’époque semble-t-il. Il veillera sur lui non seulement à l’aller mais aussi au retour (v. 8).

Soutien indéfectible

Le contexte présumé de ce psaume est, il faut l’admettre, plutôt limité. Certes, beaucoup d’entre nous iront un jour ou l’autre en pèlerinage, mais ce n’est pas non plus une expérience courante. Cela dit, la vie en général s’apparente à un pèlerinage. Nous sommes des êtres en marche, non pas toujours physiquement, mais dans le cours des jours. Nous avançons au fil du temps, avec tous les risques que cela représente : embûches, ennuis de santé, échecs, ruptures dans les relations, désillusions, etc. Tout cela peut nous apparaître comme une véritable montagne, à l’image de celles qui se dressent devant le pèlerin tout au début du psaume. Nous pouvons donc nous poser la même question que lui : « D’où le secours me viendra-t-il? » (v. 1) Il est bon alors de nous rappeler que nous pouvons toujours compter sur la présence du Seigneur pour nous soutenir. Il nous arrive, bien sûr, d’avoir l’impression qu’il dort, comme le Christ un jour dans une barque secouée par les flots déchaînés (Marc 4,35-41). Les disciples ont paniqué, mais bien vite, ils ont compris qu’en compagnie de Jésus, ils n’avaient rien à craindre.

Jean Grou est bibliste et rédacteur en chef de Vie liturgique et Prions en Église.

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Trésors de la prière juive et chrétienne, les psaumes n'en demeurent pas moins des textes qui demandent parfois d'être apprivoisés. Cette chronique propose une initiation aux psaumes et à la prière avec les psaumes.