Vitrail de l’église Saint-Jean à Lüneburg, en Allemagne (Wikipédia).

Miser sur Dieu seul : le Psaume 146 (145)

Jean GrouJean Grou | 24 novembre 2025

Lire le psaume (version liturgique)

Si les mots du Psaume 146 (145) vous sont familiers, c’est peut-être bien parce que vous fréquentez régulièrement la messe du dimanche. En effet, il ne figure pas moins de cinq fois dans le Lectionnaire dominical de l’Église catholique. Il faut dire qu’il comporte tout ce qu’il faut pour préparer les esprits et les cœurs à l’écoute de la lecture évangélique et à l’action de grâce.

Ce psaume est le premier d’un ensemble de cinq appelé « le grand Hallel » (Psaumes 146 à 150) parce que chacun commence ou se termine avec l’acclamation « Alléluia! », qui signifie « loué soit Dieu ». Ce groupe apporte donc une touche finale au psautier tout en louange et en allégresse.

« Chante, ô mon âme! »

Les deux premiers versets du Psaume 146 (145) consiste d’ailleurs en une invitation à la louange que le psalmiste s’adresse à lui-même : « Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur! » Puis il manifeste son désir de le faire sans interruption et même jusqu’à son dernier souffle : « Je veux louer le Seigneur tant que je vis, chanter mes hymnes pour mon Dieu tant que je dure. »

Les deux versets suivants (v. 3-4) adoptent un tout autre ton. Le psalmiste se tourne maintenant vers son auditoire pour lui adresser une mise en garde qu’on pourrait résumer ainsi : évitez toute confiance aveugle envers qui que ce soit. Cette recommandation trouve une résonnance bien concrète dans la réalité actuelle de l’Église. En effet, ces dernières années, des personnes admirées et presque canonisées ont fait l’objet de révélations concernant leurs agissements condamnables. Mais revenons au contexte du Psaume 146 (145). L’avertissement formulé ici prépare en fait la suite, qui va rappeler, en contraste, le seul vraiment digne d’une confiance totale.

Un bonheur ne vient jamais seul

Vous l’aurez deviné, il s’agit de Dieu. Pour le présenter, le psalmiste commence par une béatitude : « Heureux qui s’appuie sur le Dieu de Jacob! » (v. 5) Ce type de formule est très fréquente dans la Bible ; Jésus l’adoptera d’ailleurs lors de son plus célèbre discours (Matthieu 5,1-12 ; Luc 6,20-23). La suite du psaume (jusqu’au v. 9) énumère une série de motifs justifiant le bonheur de « qui met son espoir dans le Seigneur » (v. 5).

Premier motif : Dieu a créé tout ce qui existe, l’univers entier. C’est dire que son rayon d’action est illimité, qu’il est présent en tout temps et en tout lieu. Contrairement aux humains qui « retournent à la terre » (v. 4), il « garde à jamais sa fidélité » (v. 6). Cela dit, si le Seigneur règne ainsi sur le cosmos, sur toute la Création, il ne demeure pas enfermé dans sa tour d’ivoire. Il se fait proche de tous ceux et celles qui vivent ici-bas, avec une attention spéciale pour les plus humbles et vulnérables (v. 7-9). Il leur fait justice, comble leurs faims, les délivre de leurs chaînes, les libère de leur aveuglement, les relève et les soutient.

Jésus et Jean Baptiste

Dans les évangiles, Jean Baptiste envoie un jour quelques-uns de ses alliés demander à Jésus s’il est bien « celui qui doit venir » (Matthieu 11,3). La réponse de ce dernier rappelle les versets 7 à 9 du Psaume 146 (145) : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. » (Matthieu 11,4-5) En répondant ainsi, Jésus invite Jean Baptiste à constater que les œuvres du Seigneur chantées par le psalmiste sont en train de se réaliser sous ses yeux. Qu’il en tire les conclusions…

Les derniers mots du psaume (v. 10) viennent en quelque sorte boucler la boucle, reprenant le ton de la louange du premier verset. Il insiste sur l’éternité divine en contraste avec le caractère périssable de l’être humain évoquée au départ (v. 4).

Et pour ma prière?

Je peux certes chanter ou réciter ce psaume « en spectateur », dans une posture de louange et d’action de grâce pour tout ce que Dieu accomplit au cœur de notre monde, et c’est déjà très bien. Mais pourquoi ne pas y voir aussi une invitation à prendre part concrètement aux œuvres de libération, de justice et de bienveillance du Seigneur que proclame le psalmiste? L’efficacité d’une prière ne réside-t-elle pas dans les fruits qu’elle porte non seulement pour mon intériorité mais aussi en faveur du prochain, surtout celui qui a besoin de réconfort, de soutien, d’écoute ou d’un simple sourire? N’est-ce pas la plus belle des façons de rendre grâce au Dieu de la vie?

Jean Grou est bibliste et rédacteur en chef de Vie liturgique et Prions en Église.

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Trésors de la prière juive et chrétienne, les psaumes n'en demeurent pas moins des textes qui demandent parfois d'être apprivoisés. Cette chronique propose une initiation aux psaumes et à la prière avec les psaumes.